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Trump, l'homme qui risque de relancer la prolifération nucléaire

BLOG - 29 Octobre 2018

Depuis la fin de la guerre froide et la montée du terrorisme islamiste, la menace nucléaire est devenue abstraite. En menaçant de se retirer de l'accord de 1987 sur les missiles de courte et moyenne portée, Donald Trump lui redonne une sinistre réalité.


Dans son entreprise de détricotage systématique de l'ordre international Donald Trump vient de franchir un nouveau palier. En déclarant vouloir se retirer de l'accord signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev sur la réduction des armes nucléaires de portée intermédiaire (de 500 à 5.000 kilomètres) le président des Etats-Unis s'attaque à un "monument" de la fin de la guerre froide et, au-delà, au tabou du nucléaire.

Crise de Cuba

Il y a un peu plus de trente ans, animés par une volonté commune de limiter les risques que l'arme absolue faisait courir à la survie de la planète, les dirigeants américains et soviétiques avaient choisi l'auto limitation, l'élimination de certaines armes et plus encore la confiance. Ils savaient qu'à deux reprises, en octobre 1962 lors de la crise des missiles de Cuba et en octobre 1973 lors de la guerre du Kippour, le monde était passé près de l'apocalypse nucléaire.

Il n'est certes pas possible de fermer complètement la boîte de Pandore de l'atome et de "désinventer" l'arme nucléaire mais rien ne serait plus irresponsable que de la traiter comme un instrument de puissance comme les autres.

Régression totale

Au moment où l'humanité commence à prendre pleinement conscience des risques que le réchauffement climatique fait courir à la survie de l'homme sur terre, se pourrait-il que - régression totale - l'on traite avec légèreté le risque bien réel que constitue l'arme absolue ? En se retirant de l'Accord de Paris sur le climat, l'Amérique de Trump met en danger la planète à moyen et à long terme.

Le nombre des acteurs en possession de l'arme absolue a augmenté au cours des dernières années.

En se retirant comme elle semble vouloir le faire de l'accord INF de 1987 sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, elle fait fi du risque immédiat et total que celles-ci représentent. Au lendemain de la première utilisation de la "bombe" sur la ville de Hiroshima, Jean-Paul Sartre remarquait sobrement que "pour la première fois dans l'histoire de l'humanité l'homme s'était donné les moyens de son suicide collectif".

Menace absolue

Depuis la fin de la guerre froide et plus encore avec la montée du terrorisme islamiste, la menace nucléaire est devenue presque abstraite, sinon irréelle. Comment craindre le scénario de la "destruction totale" par l'arme absolue, quand la mort nous attend au coin de la rue sous la forme d'une arme blanche ou d'une voiture transformée en machine à tuer ?

Et pourtant il convient de le répéter avec force : l'arme atomique demeure, et de loin, la première menace pour la survie de notre planète. Au moment où l'on s'apprête à célébrer le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, comment ne pas être frappé de la coïncidence entre le calendrier de la fermeture des portes d'une tragédie sans commune mesure et celui de la réouverture des portes de la guerre froide ? "L'Histoire se répète toujours deux fois, écrivait Marx, la première comme tragédie, la seconde comme farce" Une formulation souvent reprise qui ne convient pas dans ce cas d'espèce à la gravité de la situation actuelle.

Le pire de nouveau possible

Nous avons évité le pire par un mélange de chance et de sens de responsabilités des dirigeants en place entre les années 1947 et 1989. Rien n'indique que ces deux conditions se retrouveront dans les années à venir. Il n'est pas bon de provoquer le destin. De plus les conditions de l'équilibre de la terreur se sont transformées.

Le nombre des acteurs en possession de l'arme absolue a augmenté au cours des dernières années (au moment où leur qualité de contrôle diminuait ?). Relancer, même indirectement, la course aux armements nucléaires de la façon la plus ouverte, n'est-ce pas encourager des pays comme la Corée du Nord et l'Iran, sans oublier la Chine (des pays non-signataires bien sûr de l'accord de 1987) et plus encore la Russie ? Certes cette dernière, a très probablement violé, la lettre tout autant que l'esprit de ces accords. Est-ce pourtant une raison pour donner à Poutine le feu vert dans la course aux armements nucléaires ?

Relancer, même indirectement, la course aux armements, c'est prendre le risque de la tragédie

Cadeau à la Russie

Décidément l'Amérique, d'Obama à Trump, semble tout faire pour encourager l'expansion internationale de la Russie depuis au moins cinq ans. En s'abstenant d'abord d'intervenir en Syrie après le franchissement d'une "ligne rouge" par le régime de Damas avec son utilisation de l'arme chimique contre ses citoyens à l'été 2013. Puis en menaçant désormais de se retirer d'un accord sur les armes nucléaires à l'automne 2018. Tout se passe comme si par un mélange d'absence de culture historique et stratégique, Washington faisait tout pour renforcer un Etat que Barack Obama avait défini comme une simple puissance régionale. Grâce à lui, et plus encore grâce à son successeur, tel n'est plus le cas. Donald Trump vient de faire un double cadeau à Poutine. Symboliquement il donne le sentiment que le monde est revenu à l'ordre bipolaire de la guerre froide. Il place aussi l'Europe stratégiquement et politiquement dans une situation toujours plus délicate. Comment, désormais, pour les Européens, distinguer clairement, le péril russe du péril américain ?

Poussé par des hommes tels que John Bolton, son conseiller national pour la Stratégie, Trump croit faire du Reagan, alors même que son approche du monde, basée sur la défiance et le pur rapport de force est rigoureusement à l'opposé de celle de l'ancien acteur devenu gouverneur de Californie. A sa manière Reagan croyait en l'homme et son nationalisme n'excluait pas un souci réel pour le bien commun.

Entre l'indifférence à la préservation de la planète et le retour de réflexes militaro-industriels irresponsables, le "cercle au pouvoir" à Washington est plus qu'inquiétant. Comme si en un siècle, de 1918 à 2018, on n'avait rien appris ou tout oublié.

 

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 26/10/18).

Crédit photo : AFP

 

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