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Sommet UE-Chine : quand l’Europe se mobilise

BLOG - 24 Juin 2020

On n’attendait à peu près rien du sommet Europe-Chine virtuel du 22 juin 2020, soudainement avancé et prévu pour être expédié en quelques heures. Toute l’année, la spéculation était allée bon train sur  "l’autre" sommet, cette rencontre des 27 avec les dirigeants chinois qu’avait voulue Angela Merkel. Prévue les 14 et 15 septembre à Leipzig, elle risquait de voler la vedette au sommet régulier. À Bruxelles, on s’inquiétait même du risque d’une négociation au rabais, parce qu’Angela Merkel aurait souhaité marquer sa présidence de l’UE par un grand accord scellant une entente économique de l’Europe avec la Chine. Les critiques fusaient d’ailleurs en Allemagne même, reprochant à Mme Merkel d’être souvent prisonnière d’intérêts commerciaux de court terme. 

Or il n’en a rien été. L’Europe a fait volte-face, et la présidence allemande qui commence dans quelques jours a joué un rôle en ce sens. Bien sûr, le Covid n’y est pas pour rien, rendant difficile toutes les négociations et permettant le cas échéant aussi de les éviter. Depuis le sommet avec l’UE de juin 2019, la Chine n’a avancé dans aucune de celles-ci, hormis l’ébauche d’un maigre accord sur les Indications Géographiques Protégées, qui n’est même pas signé. Et ce malgré les protestations de bonne volonté. On peut spéculer sur les raisons – volonté de traiter avant tout avec les États-Unis, ou refus, derrière les faux-semblants, de toute réforme de structure de l’économie chinoise.

Pendant ce temps, les sujets de divergence avec la Chine se sont multipliés. L’Europe a d’abord paru hésiter, envoyant des signaux qui ont pu paraître contradictoires. 

Elle a adopté une approche défensive fondée sur les investissements, les technologies, les télécoms et la 5G, avec des ralliements inédits de pays de l’Europe du Nord à cette approche qu’ils récusaient auparavant, et même l’apparition d’une politique industrielle. 

Mais il restait la question des dialogues, de la coopération en matière de paix et de sécurité adoptée formellement en 2013 comme "pilier" des relations UE-Chine, de l’espoir de rallier concrètement la Chine à un multilatéralisme effectif – climat, développement durable et dette africaine, et aussi vaccins et coopération sanitaire.

L'Europe a adopté une approche défensive fondée sur les investissements, les technologies, les télécoms et la 5G. 

Alors les Européens, à commencer par de nombreux pays membres, ont souvent semblé indécis et mous : droits de l’Homme et notamment camps de rééducation du Xinjiang, poussée chinoise en mer de Chine et autour de Taiwan, menaces sur la cyber sécurité et désinformation, y compris une campagne hostile de certains ambassadeurs en poste en Europe. L’espoir fait vivre, et sans doute certains ont espéré qu’une attitude en demi-teinte sur les valeurs amènerait les Chinois au compromis sur les sujets qui sont au cœur de nos intérêts européens.

C’était une erreur. La Chine officielle de Xi Jinping voulait tout à la fois : la conformité des discours européens et le maintien de ses positions acquises en matière économique et commerciale. En mai, elle censurait dans la presse une déclaration des ambassadeurs des 27 en poste à Pékin. En juin, elle demande le report sine die de la rencontre de Leipzig – privant la présidence allemande de l’UE de ce qui devait être l’échéance la plus importante avec la Chine. 

Sans doute était-ce trop : il n’est jamais bon d’humilier son partenaire, surtout quand celui-ci, malgré une certaine lenteur dans la mobilisation et l’action collective, est le premier marché mondial pour la Chine. 

Soudain, l’Union européenne a mis en accord ses intérêts économiques et ses valeurs politiques. Le non-événement du sommet du 22 juin est devenu un tournant dans la politique chinoise de l’UE – après celui de mars 2019 qui avait qualifié la Chine de rival systémique, en même temps qu’un partenaire de coopération et un concurrent économique. Sans communiqué conjoint, sans conférence de presse commune ni apparition des dirigeants chinois, Ursula von der Leyen et Charles Michel ont égrené une litanie de critiques et de reproches qui ne laissait rien de côté. Surtout, ils ont expliqué en avoir fait part, parfois dans le détail, à Xi Jinping et au Premier ministre Li Keqiang. Tout y est passé : les promesses d’accord non tenues, et la possibilité de ne pas engager un nouvel agenda de coopération si cette situation persistait ; les violations des droits de l’Homme, avec l’évocation nominale des cas de citoyens suédois et canadiens détenus, la loi de sécurité nationale pour Hong Kong, violation d’un traité international ; les attaques de cyber sécurité, y compris contre des hôpitaux européens, attaques "intolérables" dont Ursula von der Leyen a dit que "nous en connaissons l’origine", et la désinformation, pour laquelle les dirigeants chinois se sont vu présenter "faits et chiffres" ; l’impraticable réforme de l’OMC, malgré les déclarations de principe chinoises ; enfin, l’écart entre les engagements de la Chine sur le climat et sa politique carbonée.

Le fil conducteur de cette tirade était en effet l’écart entre les paroles et les actes. On avait déjà vu l’Europe, en 2018 et 2019, insister pour fixer des dates butoirs à diverses négociations, dont l’accord bilatéral d’investissement pour la fin 2020. Mais jamais les critiques n’avaient été énoncées de façon aussi directe, franche et intense, sans tabou, selon les mots de la présidente de la Commission.

Le non-événement du sommet du 22 juin est devenu un tournant dans la politique chinoise de l’UE.

Rien ne garantit un succès rapide de cette approche. La Chine de Xi Jinping pratique à la fois l’esquive et l’affrontement, la dissimulation et la quête du rapport de force. Notre nouvelle note, Europe’s pushback on China évoque d’ailleurs la continuité des réformes et des efforts que l’Europe doit conduire par elle-même, indépendamment du cours des relations avec la Chine. Il s’agit de restaurer une égalité et une réciprocité qui font défaut, et de défendre les valeurs sur lesquelles l’Union européenne a été fondée.

À très court terme, il est probable que la Chine va avant tout continuer à suivre la saga présidentielle américaine. C’est une priorité que Bruxelles et la présidence allemande ont fini par percer à jour. D’où l’effort pour montrer à Pékin que l’Europe peut se montrer plus coriace que ne croient des dirigeants chinois fascinés par les crises de la démocratie. 

Et l’UE, elle aussi, sera mise au défi de traduire en actes ses jugements : car, tout experts en paroles qu’ils soient, les dirigeants ne croient aux actes que chez les autres. 

 

 

Copyright : Olivier HOSLET / EPA / AFP

 

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