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Primaire démocrate : quels enseignements à ce stade pour la relation transatlantique ?

BLOG - 22 Janvier 2020

Le septième débat de la primaire démocrate, tenu dans l’Iowa, s’ouvre sur une scène étrange. Interrogé sur ses qualités de futur "Commander in Chief", Bernie Sanders met en avant sans hésiter son vote contre la guerre en Irak en 2002. Joe Biden rétorque qu’il est davantage qualifié puisque, s’il a certes voté en faveur de l’intervention américaine, il a, lui, ramené 156 000 soldats à la maison.

Le débat du 15 janvier 2020, organisé à l’issue d’une semaine où l’Iran a occupé les médias, s’est, de manière inhabituelle, particulièrement intéressé à la politique étrangère. Si les déclarations des six candidats présents sur scène ne doivent pas être interprétées trop littéralement, elles fournissent néanmoins un bon thermomètre de l’état du débat. Or, malgré des divergences de vues bien réelles, de grandes tendances se dégagent.

Quatre points de convergence entre les candidats en matière de politique étrangère

Tout d’abord, tous s’accordent sur la nécessité de mettre fin aux "guerres sans fin", expression qui fait aujourd’hui partie du bruit de fond à Washington. Aucun ne promet une victoire contre le terrorisme ; pas question de protéger les Américains en frappant leurs ennemis ou de promouvoir la démocratie. La figure du "Commander in Chief", c’est celle qui fait preuve de "jugement", comme le disent Elizabeth Warren et Tom Steyer, c’est-à-dire de retenue, et ne s’aventure pas à être le "gendarme du monde" (J. Biden).

Après avoir longuement revisité les fantômes de 2003, le débat s’oriente vers une évaluation de la présence américaine au Moyen-Orient. Entre les partisans d’un retrait complet (B. Sanders, E. Warren) et ceux qui, mal à l’aise, plaident pour une empreinte aussi petite que possible (J. Biden, P. Buttigieg, A. Klobuchar, T. Steyer), la différence est davantage de degré que de nature.

Une présence militaire américaine réduite implique de confier un rôle plus important aux alliés et partenaires.

L’importance de travailler avec les partenaires des États-Unis fait aussi consensus, comme cela avait déjà été le cas lors du précédent débat. Joe Biden souligne ainsi son expérience de coordination des 68 États de la coalition contre Daech. Bernie Sanders et Pete Buttigieg expliquent que seul un effort concerté avec des alliés permettra d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Amy Klobuchar se félicite que les Européens maintiennent l’accord sur le nucléaire iranien, le JCPOA, en vie.

D’une certaine façon, c’est le corollaire de la première tendance. Une présence militaire américaine réduite implique de confier un rôle plus important aux alliés et partenaires.

La troisième tendance, conséquence également de la première, est une nouvelle appréhension de l’exercice de la puissance américaine. Tous s’accordent sur la nécessité de "démilitariser" la politique étrangère, de moins recourir à la force et de davantage s'appuyer sur des instruments politiques, diplomatiques et économiques. Pete Buttigieg souligne ainsi que les nouvelles menaces – cyber, changement climatique, désinformation – nécessitent d’autres instruments tandis qu’Elizabeth Warren, qui a proposé un plan pour "reconstruire" le département d’État, explique que les militaires ne peuvent régler tous les problèmes et critique l’influence exercée par les industriels de défense.

Enfin, tous les participants au débat s’accordent sur l'insuffisance des accords commerciaux existants, même s'ils divergent quant à l’opportunité de ratifier l’accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada négocié par l'administration Trump (USMCA). En particulier, ils plaident, d'une même voix, pour une prise en compte du changement climatique dans la politique commerciale américaine.

Des convergences qui traduisent l’état d’esprit d’une partie de la société américaine

Les candidats démocrates dépeignent ainsi une Amérique fatiguée par deux décennies de présence militaire au Moyen-Orient, perçue comme détournant les États-Unis de ses vraies priorités, qu'il s'agisse de reconstruire une société fragile ou de se préparer à la compétition géostratégique avec la Chine. Ils traduisent des interrogations profondes sur le rôle que les États-Unis – et en creux, leurs partenaires – sont appelés à jouer sur la scène mondiale.

Ce qu'expriment les candidats n'est pas nouveau. C’était déjà l’un des thèmes clefs de la campagne présidentielle de 2016. Ce n'est pas non plus propre à un électorat démocrate. Donald Trump s'est fait le champion de ce sentiment. C’est notamment ce qu’illustre la constance de son intention de retirer les troupes de Syrie, formulée en avril 2018 et réitérée en décembre de la même année puis à l’automne 2019. Dans le monde des think tanks washingtoniens, cela s’est récemment traduit par le lancement du Quincy Institute for Responsible Statecraft. Bipartisan – soutenu à la fois par George Soros et les frères Koch – sa mission est de s’attaquer au consensus de politique étrangère, responsable selon lui des "guerres sans fin" et de la militarisation de la société américaine.

Les candidats apportent des solutions (s'appuyer sur des partenaires, faire confiance à la diplomatie, se mobiliser face à l’urgence climatique) qui ne manqueront pas de plaire aux Européens.

Continuités et ruptures dans la relation transatlantique

À ces questions qui traversent l'Amérique, les candidats sur scène le 15 janvier apportent des solutions propres au camp démocrate (s'appuyer sur des partenaires, faire confiance à la diplomatie, se mobiliser face à l’urgence climatique) qui ne manqueront pas de plaire aux Européens.

La prise en compte du changement climatique dans les accords commerciaux ne pourra qu’être approuvé à Paris et devrait trouver une oreille réceptive au sein de la Commission von der Leyen. Tous les candidats plaident pour une réintégration dans l'accord de Paris. Effort diplomatique, entrepris conjointement avec des partenaires, aidant à stabiliser le Moyen-Orient et vilipendé par Donald Trump, le JCPOA a tout pour être plébiscité par les démocrates.

Toutefois, une éventuelle administration démocrate ne constituerait pas un retour à un état "normal" pré-Trump, largement fantasmé, des relations transatlantiques. L’un des enseignements du débat est que les États-Unis continueront à demander à leurs partenaires d'assurer davantage leur propre sécurité, et de s'impliquer davantage dans des crises, au Levant, en Afrique, qui les touchent plus immédiatement. Se dessine ainsi une forme de continuité, du "leading from behind" d’Obama aux demandes de Trump d’une contribution plus forte de l'OTAN au Moyen-Orient.

Si l'on peut se réjouir d'une Amérique moins unilatérale et qui se préoccupe davantage de ses alliés, les Européens devront veiller à ce que la contrepartie d'un plus grand effort de leur part soit aussi la reconnaissance de leur autonomie stratégique, et la prise en compte de leurs vues. Sinon, le burden sharing deviendra vite du burden shifting.

 

Copyright : Robyn Beck / AFP

 

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