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Présidentielle américaine : "Pourquoi Trump ne devrait pas être réélu"

BLOG - 12 Octobre 2020

En 2016, Olivier Duhamel, notre conseiller sur les questions politiques, avait été une des très rares voix à affirmer, notamment dans son émission Mediapolis, le samedi matin sur Europe 1, que Trump gagnerait d’abord les primaires, puis serait élu. Aujourd’hui, à trois semaines du vote populaire aux États-Unis, Laurent Bigorgne a voulu lui demander qui, à ses yeux, avait le plus de chances de gagner l’élection.

Trois semaines nous séparent encore du scrutin. Une des raisons de l’élection surprise de Donald Trump en 2016 tient au nombre inhabituel d’électeurs qui se sont déterminés durant la dernière semaine, et particulièrement dans des États décisifs tels la Floride ou le Wisconsin. Le même phénomène ne risque-t-il pas de se reproduire ?

Cet indicateur m’a toujours paru assez fragile. La détermination du moment du vote ne peut reposer que sur des déclarations a posteriori par un échantillon représentatif d’électeurs. Mais qui sait à quel moment son vote s’est fixé ? Nombre de citoyens aiment croire avoir été longtemps indécis avant de voter comme ils l’ont toujours fait, cela auto-valorise inconsciemment la liberté de leur choix. D’autres s’imaginent cette décision tardive parce qu’elle fut transgressive, alors que le chemin vers un vote quelque peu extrême était déjà bien parcouru. Enfin, le vote tardif offre toujours aux instituts de sondage une explication, pour ne pas dire une excuse, lorsque leurs enquêtes n’ont pas été prédictives.

Trump ne dispose-t-il pas d’atouts sérieux ? Aux États-Unis, les présidents sortants sont plus souvent réélus que battus. Nous vivons des temps sécuritaires dans lesquels un discours "law and order" séduit plus les électeurs que les restrictions sur les ventes d’armes annoncées par les démocrates. Enfin, en opposant la préservation des jobs à la lutte contre le changement climatique, le candidat républicain joue sur une corde sensible.

Vous avez raison de souligner ces points. Feront-ils la décision ? Sur douze enjeux testés par le Pew Research Center, les quatre premiers sont l’économie (79 %), la santé (78 %), les nominations à la Cour suprême (68 %) et l’épidémie de coronavirus (64 %). Trump ne bénéficie plus du premier depuis la récession due à la crise sanitaire, pas du troisième sur lequel seule sa base ultra-conservatrice mais minoritaire souhaite la nomination d’Amy Barrett. En matière de santé, une majorité préfère préserver les réformes d’Obama. Quant à la gestion de l’épidémie, peu de gens pensent que Trump y a excellé.

S’agissant du privilège du sortant, il suppose que son bilan soit approuvé. Le "Job approval" de Trump se situe fort bas, à 42 % dans la dernière enquête de Gallup. Celui des récents sortants battus se trouvaient dans le même ordre de grandeur : 45 % pour Ford en 1976, 37 % pour Carter en 1980, 39 % pour George H. Bush en 1992. La popularité des réélus était sensiblement meilleure : 50 % pour Obama en 2012, 52 % pour George W. Bush en 2004.

D’autres indicateurs vous font-ils penser que Trump sera battu ?

La réélection d’un président sortant se joue certes largement sur son bilan, mais elle résulte aussi d’un comparatif d’images avec son concurrent. L’image de Biden l’emporte nettement sur celle de Trump.

En politique, tout relève d’une analyse multifactorielle. La réélection d’un président sortant se joue certes largement sur son bilan, mais elle résulte aussi d’un comparatif d’images avec son concurrent. L’image de Biden l’emporte nettement sur celle de Trump. Sur l’honnêteté : 53 % versus 46 % - en 2016, Trump était perçu comme plus honnête qu’Hillary Clinton. Sur le partage de ses valeurs : 52 % v. 39 %. Sur la capacité à bien gérer : 52 % v. 43 %. Et, last not least en ces temps populistes, sur la proximité ("s’intéresse aux gens comme vous") : 52 % v. 41 %.

J’en arrive au point qui me paraît central au point d’aller "vers mon risque" en soutenant que Trump devrait être battu. Désormais, les élections présidentielles se font plus par des votes contre que par des votes pour. Tel fut le cas en France, au bénéfice de François Hollande en 2012 et d’Emmanuel Macron en 2017, où les électeurs ont surtout sanctionné Sarkozy et écarté Le Pen. De même en 2016, la victoire (seulement grâce aux grands électeurs) de Trump fut avant tout la non-élection d’Hillary Clinton, celle-ci étant plus rejetée que celui-là. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Parce que Biden a beaucoup de handicaps, à commencer par celui de l’âge, mais il est tout sauf détestable. Mettez-vous un instant dans la peau d’un électeur indépendant, ni démocrate, ni républicain, soit dans celle de 40 % des États-uniens. Et demandez-vous qui vous rejetez le plus ? Vous répondriez comme, j’imagine, une majorité, Trump. Et vous voteriez Biden.

Et que diriez-vous le 4 novembre au petit matin si nous apprenions la réélection de Trump ?

Je ne jouerais pas sur l’ambiguïté du verbe "devoir", mais je regarderais si une fois encore, après le Brexit, après l’élection de Trump, trop de jeunes ont déserté les urnes au point que se produise l’inverse de ce qu’ils souhaitent. Et je conclurais qu’il est devenu impossible de faire des prévisions politiques en des temps de crétinisme médiapolitique "diptérien" tel qu’un débat entre candidats à la vice-présidence suscite sur les réseaux sociaux dix mille fois plus de commentaires à propos de la présence prolongée d’une mouche sur la tête de Mike Pence que la moindre des propositions sur le fond. Et que décidément nous vivons dans une sinistre époque. Mais si Trump est bien battu, nous apprécierons le rayon de soleil.

 

Copyright : Nicholas Kamm / AFP

 

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