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Portraits de Mohamed ben Salmane (MBS) et Mohamed ben Zayez (MBZ) - Prince héritier d’Arabie saoudite et Président du Conseil exécutif d’Abu Dhabi

BLOG - 26 Juillet 2018

Pourquoi brosser un double portrait des dirigeants d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, MBS et MBZ ? Parce que les destins des deux Mohamed sont étroitement liés, parce qu’ils incarnent aux yeux de beaucoup d’Arabes un "moment du Golfe", parce qu’ils avancent  l’un et l’autre, dans les ruines du nationalisme arabe et de l’islam politique, un projet "néo-autoritaire" spécifique. Nous avons demandé à un universitaire familier des monarchies du Golfe, sous un pseudonyme, son éclairage.

Michel Duclos, conseiller spécial géopolitique, rédacteur en chef de cette série de l'été.

 

Mohammed ben Salmane (MBS) le Saoudien et Mohammed ben Zayed (MBZ) l’Émirien, partagent un point commun : l’un et l’autre gouvernent leurs pays alors qu’ils ne sont que des dauphins. D’autre similarités justifient que l’on réunisse leurs portraits : la tendance à l’autocratisme, les rêves de puissance, et enfin une certaine conception du politique et de la société. Sur ce dernier point, il parait assuré que le plus ancien des deux Mohamed, MBZ, a influencé le plus jeune dans la carrière, MBS.

Mohammed ben Zayed, l’épée du Golfe

Les Émirats souffrent comme les autres pays arabes du Golfe de l’absence de règles de succession établies. Les luttes pour le pouvoir y sont donc structurelles. Elles mettent aux prises un nombre restreint de descendants de Cheikh Zayed, le fondateur de la Fédération, à l’inverse de la pléthore de prétendants saoudiens par exemple. Depuis la disparition en 2004 du "père de la nation", le cheikh Khalifa ben Zayed est l’émir d’Abu Dhabi et le président de la Fédération. Depuis l’accident cérébral dont a été victime le cheikh Khalifa en 2014, un autre fils de Zayed, Mohammed, gouverne le pays. Il n’occupe toutefois aucune fonction fédérale et n’est que le second personnage de son émirat, Abu Dhabi, dont il préside le Conseil exécutif (gouvernement). Il n’en parait pas moins animé d’une soif inextinguible de pouvoir et de reconnaissance. 

Sa conception de l’exercice du gouvernement est certainement marquée par un père archétype du patriarche, d’une dureté telle avec ses dix-neuf fils qu’il en jeta un en prison pour une affaire de drogue. La figure tutélaire du père de la nation se profile chaque nuit sur le curieux mémorial aménagé en avril dernier sur le rond-point qui donne accès au palais de Khalifa, tel un spectre lumineux planant sur la ville. Persuadé d’avoir été le fils favori de Zayed, MBZ a pour espoir suprême de l’égaler, si ce n’est de le dépasser. Il juge devoir respecter les volontés paternelles en matière de succession : c’est pourquoi il n’écarte pas Cheikh Khalifa des fonctions officielles, comme, à 57 ans, il pourrait le faire. 

"MBZ se voit comme un personnage d’épopée, à l’instar de son père aux pieds nus éliminant son frère Shakhbout pour accéder au pinacle d’un État forgé par sa volonté, puis devenir un sage écouté de ses pairs".

Une autre raison pour MBZ de ne pas toucher au cheikh Khalifa réside sans doute dans son souhait de réserver la fonction de prince héritier d’Abu Dhabi à son fils Khaled, au détriment de Sultan et Mohammed, les fils de l’émir Khalifa, mais aussi de ses cinq petits frères utérins, Hamdan, Hazza’, Tahnoun, Mansour et Abdallah, dont il neutralise ainsi les ambitions éventuelles. Il laisse le temps de s’affirmer à Khaled, dont la date de naissance n’a pas été rendue publique, mais qui aurait le même âge que le prince héritier d’Arabie saoudite (32 ans). Ce pourrait être là d’ailleurs une des raisons du coaching de celui-ci par MBZ. Nommé général en un temps record après ses études à Sandhurst, Khaled a débuté sa carrière dans la Sécurité d’État, dont il est devenu le chef en février 2016. On le compare déjà à son père.

MBZ se voit comme un personnage d’épopée, à l’instar de son père aux pieds nus éliminant son frère Shakhbout pour accéder au pinacle d’un État forgé par sa volonté, puis devenir un sage écouté de ses pairs. Il lui fallait, quant à lui, éliminer de la course au pouvoir ses deux demi-frères aînés Khalifa et Sultan. Comme dans les contes, le héros d’Abu Dhabi sort vainqueur d’épreuves successives grâce à ses qualités exceptionnelles et à un adjuvant de poids, en l’occurrence sa mère Fatima, l’ex-favorite, génitrice des "Fatimides" et seule épouse que Zayed n’ait pas répudiée. La cohésion des Fatimides semble assurée tant que Cheikha Fatima restera en vie. Objet d’une vénération publique orchestrée par son aîné adoré, la "mère de tous les Arabes" exerce en effet un fort ascendant sur ses fils, alors qu’elle n’apparaît jamais et que son visage est inconnu du public. 

Contrairement à son père, MBZ n’a pas limité le recrutement de ses proches collaborateurs aux grandes tribus, dont il a cherché à s’émanciper. Pour l’administration quotidienne de l’État, il a établi un faisceau de collaborateurs technocrates révocables à tout moment, qui lui doivent tout. Il les cloisonne et les met en concurrence pour éviter qu’ils ne tissent des solidarités horizontales. Nombre d’entre eux dirigent des entités rattachées à sa personne, qui rabaissent les ministères et leurs titulaires à des fonctions d’exécution. La longue histoire de règlements de comptes violents au sein des familles régnantes de la région explique la priorité donnée à la sécurisation de son entourage.

"Héritage paternel, son obsession pour la discipline le conduit à rêver d’un pays qui serait une vaste caserne, en contraste avec l’anarchie bédouine".

Est-ce son ambition qui a poussé MBZ vers la carrière militaire ?  Une composante de base de son pouvoir, peut-être la principale, est bien l’armée. Formé à Sandhurst, MBZ a une véritable fibre militaire, qui impressionne ses hommes et lui vaut un certain respect de ses pairs étrangers. Il a bâti au fil des ans une clientèle sans pareille : hypertrophiée, l’armée émirienne emploie au moins 6 % de la population active masculine. L’armée constitue de loin le premier canal de redistribution de la rente aux émirats dépourvus de pétrole du nord de la fédération (Sharjah, Ajman, Oum Al-Qaywaïn, Ras al-Khaïmah et Foujeïrah), qui comptent pour le gros de la troupe et se trouvent dès lors pieds et poings liés face à MBZ. Celui-ci a concentré les garnisons à Abu Dhabi et Dubaï, pour substituer l’allégeance à la nation aux attaches locales ou tribales. Bâtir une armée dans une fédération aussi lâche et aux localismes prononcés était un tour de force dont MBZ tire un prestige et une aura fédérale sans égal. C’est par ce biais qu’il peut se targuer de parachever l’œuvre de bâtisseur d’État de son père, en forgeant une nation enrégimentée. 

Héritage paternel, son obsession pour la discipline le conduit à rêver d’un pays qui serait une vaste caserne, en contraste avec l’anarchie bédouine. Prendre MBZ pour un bédouin car il est féru de fauconnerie serait un contresens, tant il aspire à un ordre citadin techniciste sur le modèle de Dubaï. Il veut rompre avec la saga bédouine de son père, anachronique dans l’un des pays les plus urbanisés du monde. Il est le premier dirigeant à avoir instauré un service militaire dans des sociétés du CCEAG (Conseil de Coopération des États du Golfe) rétives au type d’efforts qu’implique l’entraînement militaire. Amateur de manœuvres militaires spectaculaires, MBZ satisfait un désir d’étalage de puissance dont ses critiques disent qu’il frise la mégalomanie. La menace iranienne, apparue dès la naissance de la Fédération (occupation des trois îles émiriennes du Golfe en 1971) constitue paradoxalement son meilleur atout, car elle justifie la priorité donnée à l’équipement de l’armée. 

Or, MBZ a très longtemps eu pour obstacle majeur l’accaparement du secteur pétrolier et de son appendice financier par Khalifa et ses partisans, qui lui barraient l’accès au nerf de la guerre. Grâce au système de la compensation (offset en anglais, mubadala en arabe), MBZ a habilement instauré un canal financier géré par un organisme ad hoc sur lequel il a bâti une autonomie financière et grâce auquel il a composé une équipe d’hommes liges, les Mubadala boys. On voit combien la montée en puissance de MBZ a été ardue, ce qu’elle a exigé de persévérance et de batailles obscures dans les couloirs du pouvoir économique et financier autant que politique. 

"Il s’alimente en tout cas d’une vision prétorienne du pays et de la société, d’une paranoïa du danger extérieur et de la volonté d’étouffer toute opposition, notamment à base religieuse."

L’alliance avec les États-Unis représente enfin le socle essentiel de l’assise de MBZ. Les Émirats ont su faire de la difficulté à exister entre deux voisins prédateurs un atout pour s’attirer un fort investissement sécuritaire américain. Cette constance s’est muée en connivence sous la présidence Trump, notamment grâce aux liens personnels tissés par MBZ avec Jared Kushner. Les Émirats sont sans doute devenus les meilleurs alliés de l’Amérique dans le monde.

Une fois les attributs du pouvoir accaparés, que veut en faire MBZ ? Il ne s’est jamais exprimé sur le sujet. N’ayant pas encore pleinement atteint son objectif premier d’accéder aux plus hautes fonctions, à Abu Dhabi comme au sein de la Fédération, il ne se sent pas encore pleinement légitime à la tête du pays, ce qui le pousse à la surenchère autoritaire, si ce n’est autocratique. Si l’on se risquait à une interprétation freudienne, on pourrait avancer que ce processus résulte d’un surmoi tourmenté par la figure du père. Il s’alimente en tout cas d’une vision prétorienne du pays et de la société, d’une paranoïa du danger extérieur et de la volonté d’étouffer toute opposition, notamment à base religieuse. 

Si les Émirats apparaissent parfois comme une thalassocratie en devenir susceptible de prendre la relève du prédécesseur historique omanais dans l’Océan Indien, il ne faudrait pas y voir les prémices d’une stratégie sécuritaire régionale ou même d’un quelconque impérialisme politico-économique. Il s’agit plutôt pour MBZ, chef de guerre, d’étaler les attributs de la puissance dans un but de dissuasion, mais aussi pour mobiliser ses concitoyens. Dans cette optique, rien ne vaut l’expérience du feu. La rationalité profonde du déploiement extérieur émirien, extrêmement coûteux, réside dans la volonté de MBZ d’être craint pour être respecté. Il prend pour cela le risque de devenir impopulaire. Il faut mesurer l’ivresse de puissance que peut ressentir le prince héritier d’un émirat sous-peuplé quand il a pour interlocuteurs ou même parfois courtisans les dirigeants des principaux pays de la planète, des États-Unis à la Chine en passant par l’Inde et la Russie. 

Replacée dans cette optique, la fraternité d’armes saoudo-émirienne vise surtout, pour l’armée émirienne, à montrer ses capacités, si ce n’est sa supériorité aux Saoudiens. Ancré dans l’histoire, l’hégémonisme saoudien dans la péninsule représente une épée de Damoclès pour les autres pays du CCEAG, dont les Émirats sont le primus inter pares. MBZ a pour objectif stratégique de dissuader cette menace, y compris en s’en prenant aux trublions que sont le Yémen et le Qatar. Cette stratégie paraît pertinente quand on connaît la faiblesse de l’armée saoudienne. Elle met en évidence les limites du CCEAG. Derrière les effusions amicales, les faucons d’Abu Dhabi et de Riyad se tiennent mutuellement en respect, avec un avantage, peut-être temporaire, pour l’expérimenté MBZ, qui a su profiter jusqu’ici de l’inexpérience du néophyte MBS. 

Le parallélisme est saisissant entre MBZ et MBS, même si ce dernier pourrait être le fils du premier. MBS est lui aussi le favori de son père, confronté à des demi-frères plus légitimes, forcé de s’affirmer par des coups d’éclat, lui aussi autocrate en puissance. On ne peut comprendre l’engagement de MBS au Yémen ni sa dérive vers la monarchie absolue sans se référer au parcours de MBZ.

Mohammed ben Salmane ou le réveil du léopard

Les jeux de pouvoir à Riyad depuis la montée sur le trône de Salmane bin Abdelaziz en janvier 2015 révèlent un pays en plein bouleversement. La santé précaire du roi a précipité les choses et l’a conduit à régner tout en laissant gouverner son fils Mohammed. Celui-ci est parvenu à évincer coup sur coup deux princes héritiers issus de branches collatérales, et à rabattre les prétentions des autres princes, menant à bien en un temps record un processus de "désaoudisation" d’une Arabie dont on peut se demander si l’épithète officielle est encore pertinente. Le pays est passé de facto à une dynastie salmanite. Ce processus s’est déroulé au gré de manœuvres complexes et au détriment de ses demi-frères, pourtant plus âgés que lui et avec lesquels il entretient des relations difficiles. On attend, là aussi, une succession pleine et entière à l’issue d’une abdication d’un roi à la longévité démentant les cassandres. Salmane s’avère encore utile pour amortir les chocs causés au système par son fils, mais aussi pour différer le problème délicat posé par la nomination d’un nouveau prince héritier. Une fois monté sur le trône, MBS pourrait d’ailleurs différer toute décision en la matière.

"Intelligence et appétit de pouvoir forment des atouts importants pour MBS, desservi cependant par un caractère impulsif lié à son manque d’expérience." 

Le jeune maître du pays se voit en refondateur du royaume. Il a pour référence son grand-père Abdelaziz, qui s’est emparé de Riyad à 26 ans. Son ascension a commencé à l’âge de 24 ans, en 2009, date à laquelle son père, alors gouverneur de Riyad, l’a nommé conseiller spécial. Elle est liée à l’emprise exercée sur Salmane par sa troisième et dernière épouse Fahda (qui n’est pas une Al Saoud), connue pour sa force de caractère et dont il est le fils aîné et préféré. Intelligence et appétit de pouvoir forment des atouts importants pour MBS, desservi cependant par un caractère impulsif lié à son manque d’expérience. 

Au dynamitage du système de pouvoir, MBS a ajouté à la surprise générale un programme de déwahhabisation tout aussi radical et pour le moment réussi. Son habileté est de sortir du pacte fondateur d’Abdel Wahhab au nom même de la doctrine wahhabite, qui lui sied car elle commande au fidèle de laisser le politique à César. Il y ajoute la société, qu’il entend régenter elle aussi. Son hostilité de principe ne va pas au wahhabisme, mais à la vague de l’islam politique qui a submergé le monde arabe à la suite de la Révolution iranienne de 1979 et de ses conséquences sociales, notamment en ce qui concerne le rôle des femmes. Sa "vision 2030" pour l’avenir de l’Arabie parait dépourvue de toute idéologie autre qu’une foi implicite en l’économie de marché. Elle est marquée par une absence révélatrice du politique en tant que tel, comme si le bouleversement qu’elle assigne au pays pouvait survenir sans nul changement en la matière. Elle ne fixe aucun objectif d’ordres intellectuel, moral ou religieux. On peut se demander si la stratégie de puissance purement matérialiste qu’elle développe ne vaut pas abandon du flambeau wahhabite et de l’idéologie panislamique développée pendant des décennies par l’Arabie saoudite.

Que nous réserve MBS après avoir, sinon défait, distendu l’alliance de la Mosquée et de l’État ? L’Arabie saoudite passe de la monarchie débonnaire au pouvoir autoritaire. Abandonne-t-elle la tyrannie des clercs pour tomber dans l’autocratie ? Le système collégial a, en effet, laissé la place au pouvoir d’un seul. Il n’y a plus guère de contre-pouvoir, ni même de système politique. La méfiance de MBS est telle qu’il préfère souvent consulter des étrangers, au grand dam de ses concitoyens. Il souhaite étendre le pouvoir de l’État pour forger une nation et concrétiser son rêve prométhéen d’Arabie nouvelle. L’avenir dira si, une fois son pouvoir consolidé, il s’inscrira dans la litanie sinistre des dictatures arabes.

"Il entend conduire une modernisation autoritaire "à la chinoise" accompagnant la refondation du système autour de sa personne, et fait l’impasse sur toute ouverture éventuelle du système politique"

S’il a courageusement octroyé le droit de conduire aux femmes, il s’est bien gardé de concéder les autres clés du pays à une population dont il se méfie. MBS s’est arrogé en un temps record un champ de compétences sans précédent, et s’est lancé dans une réforme à marche forcée qui laisse pantois tout connaisseur de la sclérose administrative du pays. Il entend conduire une modernisation autoritaire "à la chinoise" accompagnant la refondation du système autour de sa personne, et fait l’impasse sur toute ouverture éventuelle du système politique. Le léopard de Riyad a compris qu’il fallait que tout change pour que rien ne change.

MBS mène cette révolution sans dissimuler un appétit de pouvoir absolu, à l’instar de MBZ qui paraît être son seul conseiller ou même modèle. Le despote n’est guère éclairé par les courtisans qui l’entourent. A l’instar de Mubadala aux Émirats, il a mis en place la fondation Misk, dédiée sur le papier à la promotion de la jeunesse, mais chargée en fait de drainer de jeunes technocrates entièrement dévoués, révocables à merci et concurrençant les structures en place en doublant les ministères. Il entend donc remplacer les soutiens princiers traditionnels par une clientèle roturière pouvant passer pour une méritocratie, sous couvert de lutte anti-corruption. 

Sur le plan international, MBS recherche une considération mondiale pour un pays jusqu’à présent intraverti et peu soucieux de son image, car imbu de sa centralité religieuse. Sa "vision" contraste avec la modération et le profil bas qui formaient la marque de l’Arabie saoudite depuis des décennies. Elle est inséparable de l’immense soif de respect du prince héritier. Promoteur d’une véritable révolution culturelle par le haut, MBS se fait le porte-parole des jeunes étouffés par la tradition. Il brise le tabou d’un conflit des générations aussi aigu que souterrain en Arabie, et qui constitue pourtant la clé de la compréhension des évolutions en cours. Il veut faire évoluer les mentalités d’une population souvent inconsciente de l’ampleur des problèmes auxquels le pays est confronté, et que lui-même au contraire n’hésite pas à mettre en exergue.

Une nouvelle vague d’autocrates arabes ?

Les deux Mohammed incarnent une nouvelle vague d’autocrates arabes, dont MBZ fournit l’archétype. À la différence des dictateurs qui les ont précédés, leur modèle autoritaire ne s’est nourri ni d’anti-impérialisme, ni de lutte contre une opposition interne. La fédération des Émirats Arabes Unis est, au contraire, un produit de l’impérialisme britannique, lequel a porté l’Arabie saoudite sur les fonts baptismaux.

Loin de tout populisme, ces autocrates ne s’embarrassent de nulle justification, qu’elle soit idéologique, théologique ou identitaire. Ils sont issus d’une caste princière monopolisant par définition le politique, et considèrent spontanément que la société n’a pas son mot à dire sur ce terrain. Ces nouveaux despotes sont notamment allergiques à l’émergence de la société civile et de la citoyenneté annoncée par le printemps arabe. Ils veillent par tous les moyens à entretenir la soumission d’une population formée de "nationaux" à qui ils concèdent des avantages et non des droits, et d’étrangers priés de se taire. Ils affrontent les problèmes, mais veulent leur apporter des solutions techniques et économiques, sans dimension culturelle et politique. Cédant à un culte de la puissance nationale qui vaut affirmation de soi, ils n’ont rien de spécifiquement oriental car, fascinés par la mondialisation, ils ressemblent davantage à Xi Jinping ou Poutine qu’à Nasser ou Saddam. Leur rêve de puissance ne va-t-il pas, à un moment donné, se heurter à la force d’inertie de populations à la fois hédonistes et en pleine mutation culturelle ?


Dessin : David MARTIN pour l’Institut Montaigne.

 

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