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Neutralité carbone : quel impact pour l’industrie ?

Trois questions à Olivier Scalabre

INTERVIEW - 13 Juin 2019

La lutte contre le réchauffement climatique demeure l’une des priorités de l’exécutif, qui a fixé à 2050 l’échéance pour atteindre la neutralité carbone. Cet objectif doit nécessairement être pris en compte par l’ensemble des parties prenantes, entreprises en particulier : l’industrie, qui représente environ 20 % des émissions de CO2, devra nécessairement être mise à contribution. Comment s’assurer de l’implication de l’industrie dans cet effort ? Quel impact pour les acteurs industriels ? Olivier Scalabre, Senior Partner & Managing Director du BCG, contributeur pour l’Institut Montaigne du rapport Industrie du futur, prêts, partez ! répond à nos questions.

De plus en plus d’entreprises semblent vouloir agir pour la décarbonation de l’économie. Pourquoi et quel en est l’impact sur les processus industriels ?

D’un point de vue macroéconomique, l’intérêt d’une transition vers une économie décarbonnée est clair. Notre modèle actuel nous mène droit à la catastrophe. D’après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), à l’horizon 2100, le PIB mondial pourrait être 30 % inférieur à ce qu’il serait sans réchauffement climatique si l’on poursuit nos activités sur le modèle actuel. Une limitation du réchauffement à +1.5°C engendrerait quant à elle un PIB inférieur de 8 % à ce que permettrait une économie dépourvue de réchauffement climatique.

Au-delà de ces prévisions qui invitent à une transition urgente, la mise en place de mesures et programmes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre se révélera bénéfique pour de nombreuses économies. Enjeux environnementaux et économiques n’étant pas antagonistes, les investissements permettant la transition stimuleront la croissance tout en réduisant les importations d’énergies fossiles qui impactent aujourd’hui négativement nos économies.

Le PIB mondial pourrait être 30 % inférieur à ce qu’il serait sans réchauffement climatique si l’on poursuit nos activités sur le modèle actuel.

D’un point de vue micro-économique, la trajectoire est plus complexe, notamment pour les plus grands émetteurs que sont les entreprises du secteur des énergies fossiles. Pour ces acteurs du gaz, du pétrole ou du charbon, investir dans la réduction de leurs émissions ne comporte aucun intérêt économique à l’heure actuelle. De fait, les investissements requis sont aujourd’hui colossaux alors même que le contexte réglementaire demeure peu contraignant. La transition reste donc limitée pour ces acteurs qui devront avoir l’audace de remettre en cause les avantages compétitifs construits depuis des décennies et leurs sources de profits actuelles.

Certaines parties prenantes externes, notamment les investisseurs, pourraient toutefois accélérer le cycle des réflexions menant à cette transition. La lettre de Larry Fink, PDG de Blackrock, l’explicite : "les questions environnementales, sociales et de gouvernance auront un impact sur l'évaluation des entreprises". Ces dernières sont donc invitées à revoir leur business model du fait de la pression exercée par des investisseurs de plus en plus intransigeants vis-à-vis des entreprises qui n’intègrent pas une vision respectant les objectifs de Paris. 

Une telle transformation verra naître à de nombreux gagnants tant les opportunités sont multiples. Le marché des solutions visant à réduire les émissions (énergies renouvelables, électrification, carburant propre…) atteindra plusieurs milliers de milliards de dollars dans la prochaine décennie. Les entreprises et les pays qui auront eu l’audace de se positionner prématurément dans ce secteur bénéficieront à terme d’un avantage compétitif.

L’objectif de neutralité carbone est-il tenable pour les entreprises, notamment pour l’industrie lourde ?

Techniquement, toutes les entreprises / pays peuvent s’approcher de la neutralité carbone. Dans le cadre d’une analyse centrée sur l’industrie allemande, BCG a mis en avant la capacité d’un pays développé tel que l’Allemagne à réduire son empreinte carbone de plus de 95 % d’ici 2050. Les 5 % restants correspondent à des émissions issues des activités agricoles et à quelques émissions émanant des processus industriels.
 
Pour parvenir à une telle réduction, les investissements doivent dès aujourd’hui être orientés vers l’efficacité énergétique. Ils doivent par ailleurs se déplacer des énergies fossiles vers les énergies renouvelables, par exemple issues de la biomasse ou l’électrothermie.

Du côté de l’industrie lourde, les nouvelles technologies doivent être intégrées aux processus actuels en dépit de leur coût ou de leur popularité limitée : biogaz, gaz synthétique, électrothermie, capture et stockage de carbone, notamment dans les usines de ciment et d’acier.

Le challenge le plus important de cette transformation réside désormais du côté commercial et non plus du côté technique.

Le challenge le plus important de cette transformation réside désormais du côté commercial et non plus du côté technique. Le contexte réglementaire sera en ce sens déterminant pour accélérer l’implémentation de ces mesures qui requièrent des investissements ne pouvant être justifiés économiquement.

Prenons l’exemple de la production de ciment pour illustrer ces propos. La production d’un ciment neutre en carbone provoquerait une multiplication de son coût par deux ! Du côté de l’acier, la capture et le stockage du carbone émis pendant la production pourraient entraîner une hausse des coûts de près de 50 %. De fait, les entreprises doivent être encouragées par un contexte réglementaire et accompagnées dans cette démarche d’investissement. Il apparaît également primordial de protéger les bons élèves vis-à-vis de concurrents qui n’appliqueraient pas de tels standards et les coûts liés.

L’utilisation de données et de la robotisation ont-elles un rôle à jouer dans l’allègement de l’empreinte carbone ?

Des marges d’efficacité considérables sont aujourd’hui observées, et ce dans tous les secteurs. Les exploiter pourraient permettre des réductions d’émissions de gaz à effet de serre à un coût faible voir négatif. Pour y parvenir, la digitalisation des processus industriels – notamment à travers la mise en place de capteurs – et le chemin vers l’industrie du futur constituent une excellente opportunité. Ils permettent d’une part d’identifier ces gaspillages ou sur-consommations et d’autre part d’y mettre terme dès que possible.
 
En dehors de l’industrie lourde, nous avons estimé que la plupart des entreprises devraient être en mesure de réduire leur demande en énergie d’au moins 5 % grâce à la digitalisation. Ce chiffre devrait être amené à augmenter substantiellement dans les années à venir étant donné les avancées rapides dans le domaine.

 

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