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Municipales 2020 : "une vague verte dans une mer morte"

Trois questions à Olivier Duhamel

INTERVIEW - 29 Juin 2020

Au terme d’une campagne bouleversée par le contexte sanitaire du Covid-19, les élections municipales se sont achevées dimanche 28 juin. Les grandes leçons sont connues : l'abstention a battu des records, les Verts ont raflé la mise dans les grandes villes, En Marche a échoué en grande partie dans sa conquête du local. Olivier Duhamel, notre conseiller sur les questions politiques, analyse les résultats.

La percée des écologistes est la plus commentée aujourd’hui, mais reflète-t-elle la réalité nationale ou celle des grandes villes ?

Le succès des Verts est incontestable, le plus souvent en alliance avec les diverses gauches, socialiste, communiste, "citoyenne", voire insoumise (Lyon, Marseille, Bordeaux, Montpellier, Besançon, Tours, Nancy …) et parfois contre des socialistes (Poitiers, Strasbourg). Il est donc légitime de parler d’une "vague verte".

Deux bémols s’imposent cependant. Le premier découle d’un examen de l’ensemble des résultats. La vague existe principalement dans les grandes villes, et plus la taille des communes se restreint, moins les Verts s’imposent. Cela dit, plus les communes sont grandes, plus le vote possède un sens politique national.

Nul doute que la faiblesse de la participation a contribué au succès des Verts, et nuit aux électorats plus populaires.

Le second bémol tient à l’abstention record : 58%. Trois points de plus qu’au premier tour, malgré le déconfinement. Vingt points de plus qu’en 2014. Du jamais vu. Nous n’avons pas encore de données précises sur le différentiel d’abstentionnisme selon les électorats ou selon l’âge. Nul doute cependant que la faiblesse de la participation a contribué au succès des Verts, et nuit aux électorats plus populaires, tel celui du Rassemblement National, ou plus âgés (LR, LREM).

En forçant le trait, nous pourrions parler d’une "vague verte dans une mer morte".

LREM et le RN sont en tête dans les intentions de vote à la présidentielle de 2022. Mais ces deux partis ont "échoué" au niveau local en 2020. Comment peut-on l'interpréter ?

Le contraste, pour ne pas dire la contradiction, entre les rapports de force politiques aux niveaux national et local saute aux yeux.

Dans ces élections municipales, le Rassemblement national est à la peine. Perpignan est l’arbre symbolique d’une victoire qui cache la forêt de la stagnation : offre électorale réduite, faute d’avoir pu trouver suffisamment de femmes pour constituer les listes paritaires, petits gains ici (Moissac, Bedaride, Mazan, Morières-les-Avignon, Bruay-la-Buissière), pertes plus lourdes là (Mantes-la-Ville, Le Luc, Marseille 13e-14e).

Quant à LREM, l’échec annoncé a tourné au fiasco. Aucune ville d’importance gagnée par un candidat LREM pur. Déroute parisienne au terme d’un film qui relève du pire navet ou de la mauvaise science-fiction. Échec à peu près général de la stratégie dite du "coucou", tant et si bien que les LR "macron-compatibles" qui pensaient gagner avec ce double soutien se sont retrouvés handicapés par la labellisation LREM.

Mais au plan national, Macron et Le Pen ont dominé la présidentielle de 2017, puis les Européennes de 2019, et maintenant les intentions de vote pour la présidentielle de 2022 (28 % chacun), tandis que le candidat LR plafonnerait vers 12 %, Yannick Jadot vers 8 %, Olivier Faure tomberait à 3 % (et Mélenchon 11 %).

Bref, rien n’est joué.

La France Insoumise et le Parti Socialiste sont en difficulté au niveau local, EELV devient-il le parti principal à gauche ?

LFI sort de ces élections marginalisée – au mieux petit allié de la nouvelle alliance EELV-PS. Jean-Luc Mélenchon en est tellement dépité qu’il insiste lourdement (mais non sans raison) sur la gravité de l’abstention et y voit (sans guère de raison) "une insurrection froide" - oxymore de consolation.

Nous voyons advenir le duopole vert-rose, ou écolos-gauches, voire l’arc-en-ciel vert-rose-rouge-citoyens.

Le PS n’est pas vraiment en difficulté. Grâce à l’alliance rose-verte, et souvent rose-verte-rouge, il a préservé nombre de ses fiefs et même conquis ou reconquis des villes : Nancy, Saint-Denis, Montpellier, Quimper, Morlaix…

Au lendemain de ces municipales, semble s’ouvrir ainsi le chapitre III de l’histoire des gauches dans la Ve République. Après l’époque de l’union de la gauche (PS et PC équilibrés dans les années 1965-1975), puis celle de l’hégémonie socialiste avec alliés communistes et Verts, nous voyons advenir le duopole vert-rose, ou écolos-gauches, voire l’arc-en-ciel vert-rose-rouge-citoyens.

S’agit-il d’un changement durable ou d’un feu de paille ? Tout dépendra de la capacité des forces concernées à transformer l’essai lors de la présidentielle, ce qui suppose de s’accorder derrière une figure incarnant cette nouvelle alliance arc-en-ciel. Peu probable. Pas impossible.

 

 

Copyright : PATRICK HERTZOG / AFP

 

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