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Les tribulations du G7 de M. Trump

BLOG - 16 Juin 2020

Le sommet du G7 sous présidence française à Biarritz l’année dernière avait été un grand succès pour le président Macron – contrairement aux deux précédents qui avaient été marqués par l’humeur orageuse de Donald Trump.

Le sommet suivant devait avoir lieu au printemps 2020 en Amérique sous la présidence de M. Trump. Chacun s’interrogeait : comment cette administration hostile à la coopération internationale allait-elle piloter le long travail de préparation que suppose ce genre de rencontres ? Où le sommet se tiendrait-il ? Quel en serait le "format" puisque l’on savait l’actuel occupant de la Maison-Blanche partisan d’un retour de Vladimir Poutine dans le club (qui serait redevenu le "G8") ? Et finalement, quel en serait l’agenda, c’est-à-dire le ou les thèmes dominants ?

La réponse à la première question est venue assez vite : presqu’aucune réunion ou travail préparatoire n’a été proposé aux autres participants par la présidence américaine. Le lieu où pourrait se tenir le sommet a fait l’objet d’un feuilleton à rebondissements : M. Trump a d’abord envisagé l’un de ses clubs, le Dora Golf Club, mais se laissa convaincre que ce serait inopportun. Il finit par proposer Camp David. Sur ces entrefaites, la crise du Covid-19 s’abattit sur le monde et acheva de donner à la gestion trumpienne du G7 un tour surréaliste.

D’abord il fallut que M. Macron insiste pour qu’une réunion G7 virtuelle se tienne afin de coordonner les réponses des sept plus grands pays démocratiques industriels et l’UE à la pandémie. Trump accepta mais à condition de sous-traiter l’organisation de cette réunion à la France. Une rencontre virtuelle eut bien lieu, organisée par Paris, au niveau des Ministres des Affaires étrangères, mais avec un résultat décevant : aucun communiqué commun ne put être agréé, en raison de l’insistance du Secrétaire d’État Pompeo pour que le coronavirus soit désigné sous le nom de virus de Wuhan.

On pensait que le Président Trump avait renoncé à s’intéresser au sujet quand, au début du mois de juin, il jugea que la situation permettait finalement une rencontre en "présentiel" comme on dit maintenant. Il fit savoir que la rencontre aurait lieu à Washington et Camp David. On comprit à la façon dont il annonça la nouvelle qu’il s’agissait pour lui de fournir à son opinion intérieure une démonstration spectaculaire que la crise sanitaire était terminée, que l’heure était à la réouverture de l’économie.

C’est alors qu’intervint un premier rebondissement étonnant, presque sacrilège : la Chancelière allemande indiqua qu’elle déclinait l’invitation. Elle avança officiellement des raisons de précaution sanitaire mais laissa filtrer qu’elle ne voyait pas l’intérêt d’une rencontre improvisée et qu’elle n’avait pas l’intention de servir de faire valoir à Trump.

    C’est alors qu’intervint un premier rebondissement étonnant, presque sacrilège : la Chancelière allemande indiqua qu’elle déclinait l’invitation.

    Dans l’histoire de la relation transatlantique, il ne doit pas y avoir de rebuffade similaire de l’Allemagne à l’égard de l’Amérique. Furieux, le Président Trump – qui finalement tient à son sommet à la veille des élections présidentielles – annonça que la rencontre était reportée à septembre et qu’il inviterait la Russie ainsi que l’Australie, la Corée du Sud et l’Inde. L’invitation à des participants extérieurs au groupe - pour certaines séances – est un privilège du président du G7.

      Deuxième rebondissement aussi iconoclaste que le premier : les Premiers ministres britannique et canadien déclarèrent aussitôt qu’ils refusaient la présence de M. Poutine. Là aussi, il ne doit pas y avoir beaucoup de précédent d’une pareille rébellion dans les rangs atlantistes. Il faut dire que, sur le fond, le dessein transparent de M. Trump, consistant à monter une opération d’encerclement de la Chine, n’a pas de quoi séduire des partenaires qui ne souhaitent pas se laisser entraîner dans une guerre froide américano-chinoise, sous la houlette de surcroît d’un Président américain lame-duck et notoirement fantasque.

      Dans la confusion générale, les Britanniques – à la recherche une fois de plus d’un rôle sur la scène internationale, cette fois du fait du Brexit – avancèrent l’idée d’une transformation du G7 en D10 ("D" pour "démocraties") par l’adjonction permanente aux 7 de l’Inde, la Corée du Sud et l’Australie. L’idée a ses mérites – l’Inde avait été invitée à Biarritz par exemple - mais n’est pas sans faiblesses : s’il s’agit de constituer un club antichinois, il n’est pas sûr que la Corée du Sud ni même l’Australie soient de bons candidats, tandis que les Européens membres du G7 ne sont pas sur cette ligne. L’Inde par ailleurs, sous le joug de M. Modi, est en train malheureusement, de perdre ses lettres de crédit démocratiques. Il est à craindre que le D10, du moins sur ces bases, serait en fait un club dysfonctionnel.

      Notons que la Grande-Bretagne, trouvant peut-être pour la première fois un point d’application à la notion de "Global Britain" chère aux Brexiters, avait co-signé avec les États-Unis, le Canada et l’Australie un texte commun condamnant fermement la nouvelle législation sécuritaire adoptée par Pékin sur Hong-Kong. C’est la première fois, sur un grand sujet de politique internationale, qu’elle se démarque des positions continentales. Notons également que quelques jours après la rebuffade de Mme Merkel à l’égard de Trump, on apprenait la décision de Washington de retirer un tiers des effectifs des troupes américaines stationnées en Allemagne.

      Quel bilan, nécessairement provisoire, peut-on à ce stade tirer de cette séquence ?

      • La crise du Covid-19 marque une nouvelle dégradation de la relation transatlantique : l’affaire du G7 fait suite à d’autres épisodes où Trump avait marqué un mépris extraordinaire pour la vieille Europe (suspension des vols venant d’Europe sans préavis ni consultation, tentative d’acheter une société allemande susceptible de produire un vaccin anti Covid-19, décision sur les troupes américaines en Allemagne etc.).

      On peut certes penser que les épisodes que nous venons d’évoquer sont en grande partie liés à la personnalité de Donald Trump. Le fait est que celui-ci n’a pas perdu toute chance d’être réélu en novembre, beaucoup de choses pouvant encore se produire d’ici-là sur le plan de la politique interne américaine ;

      Le Président américain, dans son mécontentement à l’égard de ses alliés, a rappelé qu’il considère le format des 7 comme obsolète.


      • L’avenir du G7 est moins assuré que jamais, encore que là aussi la cacophonie actuelle n’est pas séparable du facteur Trump. Le Président américain, dans son mécontentement à l’égard de ses alliés, a rappelé qu’il considère le format des 7 comme obsolète ("outdated"). Il n’est pas le premier dans ce cas, en particulier depuis la création du G20 (qui réunit les mêmes pays que le G7 plus la Chine et d’autres puissances émergentes). En 2011 par exemple, sous présidence française à la fois du G7 et du G20, le Président Obama avait hésité à faire deux fois le voyage en Europe pour des rencontres dont la valeur ajoutée ne lui paraissait pas évidente.
        Il est probable, si le G7 a un avenir, que celui-ci passe sinon par un nouveau format (s’il s’élargit trop, il fera double emploi avec le G20), du moins par une exploitation créative de sa capacité à convier, au cas par cas et selon les dossiers, d’autres participants (États et acteurs non-étatiques), comme les Français l’ont fait à Biarritz et comme les Américains l’avaient fait en 2012 ;
         
      • Enfin la proposition britannique de D10 soulève une question intéressante, cruciale même : il est indispensable pour les "vieilles puissances" de trouver des modalités de concertation et de coopération renforcées avec les "contre-modèles asiatiques" (contre-modèles à l’égard de la Chine mais aussi des États anciennement industrialisés). Très concrètement, si elle ne veut pas se trouver provincialisée, l’Europe doit exister aux yeux d’une région – l’Asie du Sud et du Sud-Est – qui génère désormais les trois quarts de la plus-value du PIB mondial. Doit-elle pour ce faire se lier à un leadership des "pays de langue anglaise", comme l’imagine Londres pour des raisons évidentes ? On peut en douter. Quels sont les circuits à imaginer – économiques, politiques, voire militaire – pour atteindre l’objectif ?
        C’est l’un des défi à relever pour les diplomaties européennes dans le "jour d’après" le Covid-19.

       

       

      Copyright : SAUL LOEB / AFP

       

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