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Le grand débat national : vers un début de réconciliation ?

Trois Questions à Olivier Duhamel

INTERVIEW - 17 Janvier 2019

Le président de la République a donné le coup d’envoi, ce mardi 15 janvier, du grand débat national. Lancée en réponse à la contestation du mouvement des Gilets jaunes, cette consultation regroupe quatre thèmes : la fiscalité et les dépenses publiques, l’organisation de l’Etat et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Que peut-on en attendre ? Olivier Duhamel, président de la FNSP (SciencesPo) et contributeur sur les questions politiques et institutionnelles à l'Institut Montaigne, nous livre son analyse. 

Le grand débat national est-il une initiative inédite ?

Chacun le sait, nos démocraties sont plus représentatives que participatives, indirectes que directes. Bernard Manin a certes démontré dans son maître ouvrage (Principes du gouvernement représentatif, 1995) que cette distinction binaire était pour part dépassée avec l’avènement de l’ainsi nommée "démocratie d’opinion". L’omniprésence des sondages dans l’espace public n’introduit-elle pas un élément de démocratie participative, fut-il approximatif ?

Appeler l’ensemble des citoyens à s’exprimer, délibérer et proposer des solutions en de multiples domaines, voilà qui est inédit, en France comme ailleurs.

Malgré cela, nos démocraties s’avèrent fort peu délibératives – en tout cas pour les citoyens. Ils attribuent le pouvoir, tous les cinq ans chez nous, plus souvent tous les quatre ans ailleurs. Ils répondent, pour certains d’entre eux, aux questions que leur posent les sondeurs. Ils ne discutent pas collectivement. Ils ne proposent pas de décisions publiques. Appeler l’ensemble des citoyens à s’exprimer, délibérer et proposer des solutions en de multiples domaines, voilà qui est inédit, en France comme ailleurs.

Les chapitres ouverts à cette discussion couvrent un champ très large : transition écologique, fiscalité, démocratie et citoyenneté, organisation de l’État et des services publics. Deux mois durant, les Français, voire tous les résidents sur notre territoire, sont invités à se réunir en mairie, sur un marché, au sein d’une institution, chez eux, ou de s’exprimer sur le site dédié.

Pourquoi a-t-il été décidé ?

Pour une raison politique conjoncturelle, et une autre structurelle.
 
La conjoncturelle provient du mouvement des gilets jaunes, inédit, inachevé, populaire. Face à cette révolte sans précédent, il fallait apporter une réponse sociale rapide. Ce fut l’annulation de l’augmentation de la taxe carbone sur le diesel et l’essence – revendication initiale des gilets jaunes, et les dix milliards sollicités pour augmenter (ou ne pas réduire) le pouvoir d’achat des retraités et salariés modestes.

La réponse sociale devait cependant se doubler d’une réponse politique. En mai 1968, le pouvoir put mettre un terme au mouvement par les immenses concessions de Grenelle et la dissolution de l’Assemblée. Cette réponse a été écartée car elle aurait conduit à la perte de sa majorité pour Emmanuel Macron, donc la perte du pouvoir réel. Il fallait donc inventer autre chose. C’est la fonction du grand débat national.

Face à cette révolte sans précédent des Gilets jaunes, il fallait apporter une réponse sociale rapide.

À cette nécessité du mouvement s’en ajoute une autre, plus profonde : apporter une réponse à la crise profonde et durable que traversent nos démocraties, la défiance à l’égard des politiques, la montée des populismes, réconcilier le pouvoir et le peuple, les élites et les citoyens.
 
Le grand débat national ne saurait évidemment y parvenir à lui seul. Il pourrait, s’il réussit, constituer les premières marches de ce grand escalier si difficile à construire.

Quels sont les critères qui permettront de parler d’un succès ou d’un échec ?

Il est délicat de répondre à cette question, précisément faute de précédents. Rappelons d’abord quelques conditions de la réussite :

  • que toutes les questions puissent être évoquées – tel est le cas, cela a été dit et répété ;
     
  • que toutes sortes de leaders d’opinion acceptent le grand débat, y participent et appellent à y participer. Tel semble le cas, seule La France Insoumise et nombre de gilets jaunes appellent plus ou moins ouvertement à le boycotter ;
     
  • que le pouvoir politique tienne compte du débat lorsqu’il s’achèvera. Cela a été compris dans ses presque sept heures de face-à-face avec six cents maires à Bourgtheroulde ce mercredi 16 janvier, le président de la République a envisagé que sautent demain les deux derniers verrous, le sien – l’ISF – et celui du Premier ministre, la limitation de vitesse à 80 km/h.

Le succès est donc possible. Quels en seront les critères ? D’abord, l’ampleur de la participation. Inférieure à celle des gilets jaunes – disons 400 000 personnes en prenant le pic du 17 novembre : ce serait un échec. Supérieure à un ou deux millions : on pourrait parler de succès.
 
Au critère quantitatif s’en ajoute un qualitatif : liberté des débats, absence d’instrumentalisation massive par un parti ou un lobby, ou autre.
 
Au-delà du débat lui-même, sa vraie, sa profonde réussite serait qu’il ait permis de répondre aux deux raisons qui l’ont créé : une sortie de la crise des gilets jaunes, une entrée vers un tout début de réconciliation entre les Français et leurs élites.

 

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