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L'antisémitisme, conséquence logique du populisme

BLOG - 19 Février 2019

Le retour de l'antisémitisme est la conséquence logique de la montée d'une culture de peur. Lutter contre ce fléau passe par le renforcement de l'Union européenne. Car celle-ci est à la fois la source du problème et sa solution.

Soixante-quatorze ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les actes antisémites commis en France sont en hausse de 74 %. La communauté juive elle-même savait depuis toujours que la protection toute relative offerte par la mémoire de la Shoah ne serait pas éternelle. Les effets de la vaccination se sont estompés. Le mal revient de manière irrésistible, porté par le vent mauvais du populisme, qui s'additionne désormais à celui du fondamentalisme islamique.

Le retour de l'antisémitisme sur le devant de la scène européenne et occidentale - il ne faut pas oublier l'attentat sanglant contre une synagogue de Pittsburgh aux Etats-Unis - est la conséquence logique, presque inéluctable de la montée d'une culture de peur. Peur identitaire, peur de ne pas être à la hauteur. Le rejet, la méfiance sinon la haine que le Juif inspire, ne sont pas basés sur le mépris à l'égard d'un être visiblement différent (par sa couleur de peau par exemple) et jugé comme inférieur. C'est de fait exactement l'inverse. Il n'est pas assez différent dans son apparence, et il est parfois perçu comme supérieur.

Soixante-quatorze ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les actes antisémites commis en France sont en hausse de 74 %.

La lutte contre le racisme et l'antisémitisme avait constitué au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l'un des moteurs de la construction européenne. Le "plus jamais ça" était illustré musicalement par l'hymne à la joie de Beethoven. Ce sursaut d'humanisme chrétien n'aurait-il été qu'une parenthèse ? L'attaque contre l'Europe et son modèle démocratique et libéral s'accompagne d'un retour de l'antisémitisme dans tous les pays d'Europe, même ceux où il n'existe plus, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, de communautés juives qu'en nombre homéopathique, comme la Pologne. 

En Grande-Bretagne - qui n'a pas été occupée de 1940 à 1945 - l'antisémitisme peut s'exprimer en quelque sorte librement, sans être freiné par le poids de la responsabilité ou du remords. Le leader du parti travailliste Jeremy Corbin, n'est pas antisémite. Mais, prisonnier d'un regard radical nostalgique du début des années soixante-dix, il est incapable de condamner avec la rigueur qui s'impose les dérives de certains de ses proches. Une dérive qui s'explique largement, bien sûr, par la question d'Israël. Pas assez "Blanc" pour l'extrême droite, le Juif/Israélien l'est trop pour l'extrême gauche, comme le rappelle le rabbin Delphine Horvilleur, dans son dernier livre Réflexions sur la question antisémite.

Campagne nauséabonde contre Soros

L'ambiguïté de Jérémy Corbin rejoint celle - d'une nature très différente - de Viktor Orbán en Hongrie. Antisémite, le Premier ministre de Hongrie ne l'est pas le moins du monde. Ce qui ne l'empêche pas de soutenir une campagne particulièrement nauséabonde contre le financier juif américain George Soros, qui a contre lui d'avoir des origines hongroises, et plus encore d'être l'ardent défenseur d'une société civile forte et ouverte des deux côtés de l'Atlantique.

C'est en France -où se trouve la plus importante communauté juive d'Europe et où se trouve aussi la plus importante communauté musulmane- que la montée des actes antisémites a été la plus spectaculaire. Il ne faut certes pas faire l'amalgame entre les Gilets jaunes et l'antisémitisme, mais la montée concomitante des populismes et de l'antisémitisme n'est pas une coïncidence.

Le juif, le parfait bouc émissaire

La difficulté avec laquelle les leaders des gilets jaunes en France condamnent la montée des actes racistes, antisémites et homophobes en est l'illustration. Elle n'est pas sans évoquer la difficulté avec laquelle les communautés musulmanes condamnent les attentats terroristes commis au nom du fondamentalisme islamique.

Dans les deux cas, on aurait aimé retrouver un grand sursaut unitaire et humaniste, derrière l'étendard du "Pas en mon Nom". On l'attend toujours. Et pour des raisons qui ne sont pas si fondamentalement différentes dans les deux cas : la peur des modérés de se couper de ceux qui le sont moins. 

La montée concomitante des populismes et de l'antisémitisme n'est pas une coïncidence.

Dans le cas des Gilets jaunes, la sincérité, la spontanéité initiale du mouvement ne sauraient être mise en doute. Mais l'humiliation réelle des uns a servi de levier à l'entreprise de manipulation des autres. Des autres dont l'objectif principal n'est pas la défense des plus faibles et la réduction des injustices, mais l'attaque délibérée contre les institutions de la République et ses différents piliers : la démocratie, le capitalisme libéral et l'esprit de tolérance. 

Et, dans cette attaque généralisée, les Juifs sont perçus comme un adversaire et deviennent des symboles bien utiles. N'étaient-ils pas globaux, avant que la globalisation n'existe, capitalistes avant le développement du capitalisme, proches des puissants quand ils n'étaient pas à la source des mouvements révolutionnaires ? Un parfait bouc émissaire et ainsi peut-être un terrain d'entente préparant la consolidation des liens existant entre l'extrême-droite et l'extrême gauche, entre la haine du cosmopolitisme des premiers et celle du capitalisme des seconds.

L'Europe, dernière digue 

"L'Union européenne est la chance et l'avenir des Européens" proclamait récemment dans la presse l'Association des Fils et des Filles des Déportés juifs de France. Pour Serge, Beate et Arno Klarsfeld, comme pour Simone Veil hier, "on ne peut faire obstacle à la haine anti juive qu'en renforçant l'Union européenne". L'Europe est tout à la fois à la source du problème et sa solution : la dernière digue en quelque sorte. Ne pas lutter avec la plus extrême clarté et fermeté contre le racisme et l'antisémitisme, c'est accepter comme une fatalité le retour d'un passé autodestructeur.

 

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 15/02/19).

Copyright : JACQUES DEMARTHON / AFP

 

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