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La France, l’Allemagne et le multilatéralisme

Sondage de l’Institut Montaigne et de Körber-Stiftung

INTERVIEW - 12 Juin 2019

Par ces temps de "politique identitaire", il est un élément que l’on perd souvent de vue : pour certains pays - c’est classiquement le cas des Etats-Unis et de la France – une vocation à l’universalisme fait partie de l’ADN national. Pour schématiser, être "national" en France, c’est souhaiter que la France ait un message universel. Notre pays est l’un des membres fondateurs de l’Union européenne. Il se perçoit aussi comme la fille aînée de l’ONU comme il était jadis la fille aînée de l’Église. Un certain discours de Dominique de Villepin au Conseil de Sécurité des Nations Unies en février 2003 fait partie des totems sacrés de l’imaginaire français, au même titre que la victoire de la Coupe du monde de football en 1998 – et désormais également en 2018.

Pour d’autres raisons, l’Allemagne est aussi un pilier de la coopération internationale. Elle joue un rôle décisif au sein de l’Union européenne et investit beaucoup dans les enceintes qui relèvent des Nations Unies. Elle aspire à devenir membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

L’un des grands intérêts du sondage auquel Kantar a procédé pour l’Institut Montaigne et la Körber-Stiftung est d’aller au-delà des attitudes des États pour offrir une photographie actuelle, tirée de données quantifiées, des sentiments des opinions allemande et française. Il s’en dégage plusieurs enseignements, d’abord s’agissant de l’opinion française, ensuite du parallèle entre attitudes française et allemande.
 

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La fibre "universaliste" française

L’opinion française a bien toujours une réelle fibre "universaliste", manifestée par un attachement maintenu à la coopération internationale à travers le multilatéralisme.

Cinq thèmes ont été retenus par les sondeurs pour tester l’opinion des sondés : les conflits armés, le changement climatique, le terrorisme, les cyber-menaces et les migrations. Sur ces cinq sujets, une action purement nationale n’est privilégiée que par une minorité en fait marginale des Français interrogés (de 6 % pour les confits armés à 17 % pour les migrations). En revanche, l’écrasante majorité des sondés -  92 % (soit plus de neuf Français sur dix) – considère que ces sujets doivent être traités dans un cadre international, soit onusien, soit européen, soit relevant d’une coalition ad hoc de pays partenaires.

Deux autres résultats, confirmant ce premier enseignement, méritent d’être signalés :

  • à la question de savoir s’il convient de coopérer avec d’autres pays même si cela implique pour la France, dans un premier temps, de sacrifier ses propres intérêts, une large majorité – 78 % – des partisans de la coopération internationale répondent favorablement ;
  • une majorité relative – 42 % – souhaite que la France s’engage davantage dans l’Union européenne et 37 % souhaitent qu’elle maintienne son niveau actuel d’engagement. Seuls 18 % préconisent un engagement moindre (dont 55 % de sympathisants du Rassemblement National).

Des Français mitigés face à la coopération internationale

Le soutien des Français à la coopération internationale n’est cependant pas aveugle. Leur perception des résultats de cette coopération est en fait nuancée. 

Seul un tiers des Français – 35 % – estime que l’appartenance de leur pays aux Nations Unies est bénéfique (dont 46 % de sympathisants La République En Marche). 53 % jugent que le rôle de la France aux Nations Unies comporte à la fois des avantages et des inconvénients. Il en résulte qu’une majorité relative des Français – 47 % – ne souhaite pas d’évolution dans le niveau d’engagement de leur pays à l’égard des Nations Unies. 36 % d’entre eux seulement préfèreraient un plus grand engagement.  

Les "attentes" des Français vis-à-vis de l’UE (42 % souhaitent un plus grand engagement de leur pays dans l’UE) sont donc nettement plus grandes que vis-à-vis de l’ONU. Cependant, seuls deux Français sur 10 considèrent que l’UE apporte à leur pays plus d’avantages que d’inconvénients, six sur 10 estimant que les deux s’équilibrent.

S’agissant des défis qui relèvent de la coopération internationale, le sondage permet de fixer une hiérarchie assez claire.

Le changement climatique – pour 87 % des Français – et, dans une moindre mesure, le terrorisme (78 %) relèvent de manière urgente d’une action internationale. Viennent ensuite les conflits armés (48 %), les migrations (43 %), et les cyber menaces ( 38 %).

La répartition des rôles entre l’ONU, l’UE et des partenariats ad hoc se présente de la manière suivante :

Un couple franco-allemand sur la même longueur d’ondes

Enfin, une large convergence apparaît entre les attitudes française et allemande.

  • Le choix en faveur de la coopération internationale est également massif dans les deux pays : plus de neuf personnes interrogées sur 10, dans l’un et l’autre pays, estiment nécessaire une démarche coopérative à l’échelon international. Les Allemands sont même encore davantage prêts que les Français à privilégier la coopération dans tous les cas, fût-ce au détriments des intérêts nationaux immédiats. Le refus de la coopération internationale n’est majoritaire en Allemagne que chez les sympathisants de l’AfD. Il atteint en France 27 % chez les sympathisants du parti Les Républicains et 22 % pour ceux du Rassemblement National.
     
  • On observe une similitude également sur un élément un peu contre-intuitif : les Allemands à 84 % des sondés et les Français à 77 % considèrent que la politique étrangère doit être fondée sur des valeurs, telles que le respect des Droits de l’Homme, plutôt que guidée par des intérêts  – économiques par exemple.
     
  • S’agissant des thèmes à privilégier pour une action internationale, même convergence sur la priorité donnée à l’environnement (plus de la majorité des sondés dans les deux pays) tandis que la cybersécurité et surtout l’immigration sont considérées comme des priorités secondes.
     
  • Au total, les différences de réaction au sein des sondés des deux pays apparaissent davantage comme des nuances que comme de vraies différences : en Allemagne, près de la moitié des sondés estime que l’adhésion à l’UE est plutôt un avantage tandis que ce chiffre n’est que d’un quart pour les sondés en France. Dans les deux cas, la plus grande partie des sondés considère qu’avantages et inconvénients s’équilibrent. Enfin, une majorité d’Allemands font davantage confiance à l’Union européenne tandis qu’une majorité de Français mettent leurs espoirs dans les Nations Unies.

L’image d’ensemble qui se dégage de ce sondage dans les deux pays est celle d’un soutien à la coopération internationale et au multilatéralisme, avec des cadres différents (ONU, UE, autres), de manière pragmatique, selon les sujets. Cela est particulièrement vrai s’agissant du changement climatique et de la lutte contre le terrorisme. La question des migrations est la seule pour laquelle le cadre européen est privilégié sur le cadre global (onusien). Par ailleurs, le bilan tiré par les sondés des résultats de la coopération internationale est quand même nuancé. Ce constat contraste avec le souhait de 42 % des Français d’un plus grand engagement au sein de l’UE (et 36 % pour un engagement supérieur dans l’ONU). Comment interpréter ce contraste ?

Peut-être faut-il y voir un a priori favorable en faveur de la coopération internationale, mais couplé à une attente de résultats concrets, et cela d’autant plus nette que sur des sujets comme le changement climatique et le terrorisme, les possibilités d’action purement nationales sont perçues comme limitées. Si cette conclusion est exacte, elle légitime par exemple l’initiative du Forum de Paris sur la Paix, dont l’Institut Montaigne et la Körber-Stiftung sont membres fondateurs aux côtés d’autres institutions : ce Forum vise à dégager des lignes d’actions fondées sur des projets opérationnels, soutenus par des Etats ou des organisations non gouvernementales. Par cette méthode, il entend promouvoir un multilatéralisme efficace qui correspond bien à l’état d’esprit des Français et des Allemands tel que révélé par ce sondage.

Consultez l'intégralité de l'étude

 

 

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