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Israël-Palestine : un conflit d’un autre temps ?

BLOG - 7 Février 2020

Mardi 28 janvier, Donald Trump présentait à la Maison-Blanche aux côtés du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, le fameux "deal of the century" pour une paix israélo-palestinienne, en préparation depuis plus de deux ans. Un plan "gagnant-gagnant" selon le Président américain, qui accorde de nombreuses concessions à Israël, dont la reconnaissance de sa souveraineté sur les colonies israéliennes en Cisjordanie.

Le plan prévoit la création d’un État palestinien après quatre ans de négociations, avec "Jérusalem-Est" pour capitale - sans préciser sa position exacte. Sous le vocable d’une solution à deux États, il s’agit en réalité d’une solution à un État et demi, avec un État palestinien dénué de continuité territoriale, sans possibilité de contrôle de son espace aérien ou de ses accès et démilitarisé, afin de satisfaire les préoccupations sécuritaires israéliennes. On assiste ici à la négation de l’esprit d’Oslo. Plus qu’un plan de paix, la solution proposée par le Président Trump est un plan d’occupation. Les Palestiniens sont pieds et mains liés : le message qui leur est adressé est qu’ils ont intérêt à reconnaître le statu quo car il s’agit du deal le plus favorable qu’ils se verront offrir, avec en prime 50 milliards de dollars.

La légitimité comme maître-mot

Ce plan s’inscrit à la suite d’une succession d’actions unilatérales entreprises par Washington sur ce dossier ces derniers mois : la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, de l’annexion du plateau du Golan, puis l’affirmation de la légalité des colonies israéliennes en Cisjordanie. Preuve ultime de la vision hobbesienne du monde de Donald Trump, son plan "historique" renforce l’idée que la force est le droit.

Dénué de valeur juridique, il sert en réalité un objectif de légitimité. Légitimité de deux hommes en campagne électorale et menacés par la justice de leurs pays respectifs. Le deal of the century rappelle ainsi le traité de Rapallo, signé le 16 avril 1922 par l'Allemagne de Weimar et l'URSS, un certificat de légitimité mutuelle entre deux exclus de la société internationale.

Pour Donald Trump, les concessions généreuses accordées à Israël sont en réalité destinées à satisfaire son électoral évangélique.

Pour Donald Trump, qui a finalement été acquitté ce mercredi après avoir fait l’objet d’un procès en destitution alors que la campagne pour l’élection présidentielle américaine qui aura lieu en novembre de cette année bat son plein, les concessions généreuses accordées à Israël sont en réalité destinées à satisfaire son électoral évangélique, déjà à l’origine de sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu. Le Premier ministre israélien, qui est inculpé pour corruption, devra à nouveau affronter les urnes le 2 mars prochain, pour la troisième fois en moins d’un an.

Dans ce contexte peu favorable pour Bibi Netanyahou, il pourra faire valoir cette nouvelle "victoire" qu’il a décrochée pour Israël.

Une victoire à la Pyrrhus

Il pourrait néanmoins s’agir à terme d’un cadeau empoisonné pour l’État hébreu. Et pour cause : la question démographique, qui risque de se retourner contre lui. En effet, si la démographie se renverse en faveur des populations arabes, Israël sera dans l’obligation d’abandonner son aspect juif ou démocratique. S’il veut demeurer démocratique, il devra accepter le fait que sa population n’est plus majoritairement juive. S’il veut rester un État juif, il ne pourra pas traiter ses citoyens de manière égale, se rapprochant ainsi dangereusement du modèle de l’apartheid tel que l’a connu l’Afrique du Sud. L’attrait d’Israël pour le statu quo l’empêche d’intégrer une vision politique à long terme, cruciale pour assurer sa sécurité. Celle-ci est ainsi menacée car elle passe par sa légitimité, qui présuppose l’existence à ses côtés d’un véritable État palestinien viable et digne.

Un combat d’un autre temps

Cela étant, les Palestiniens semblent avoir définitivement perdu la bataille de l’image, cruciale dans ce conflit, comme le montre la timidité des réactions des acteurs internationaux. Outre les communiqués dénués de critique des Européens, dont les divisions internes les découragent à entrer en confrontation avec l'administration américaine, plus marquant est l’embarras gêné du monde arabe, là où l’on aurait pu s’attendre à voir émerger de grandes manifestations.

Les Palestiniens semblent avoir définitivement perdu la bataille de l’image, cruciale dans ce conflit, comme le montre la timidité des réactions des acteurs internationaux.

La cause palestinienne semble être un combat d’un autre temps. C’est en réalité le point culminant d’une dynamique à l’oeuvre depuis plusieurs années déjà : Israël n’est plus considéré par ses voisins comme une menace stratégique. Plus encore, les pays arabes sont prêts à s’accorder avec l’État hébreu sur des questions de sécurité respective face à la menace iranienne.

Les seuls à avoir véritablement dénoncé ce plan sont les deux États musulmans non arabes de la région, la Turquie et l’Iran. Quid du monde musulman asiatique ? Jakarta et Karachi entendent-ils reprendre le flambeau de la défense de la cause palestinienne ? Cela est loin d’être certain.

 

Copyright : ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

 

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