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Intronisation d’Andrés Manuel López Obrador : une nouvelle ère pour le Mexique ?

Trois Questions à Laurence Pantin

INTERVIEW - 11 Décembre 2018

Le 2 décembre dernier à México, Andrés Manuel López Obrador a été officiellement intronisé président de la République, alors qu’il avait remporté une victoire historique pour la gauche mexicaine le 1er juillet. Candidat hors-norme aux propositions fracassantes, que peut-on attendre de la présidence de M. López Obrador ? Saura-t-il satisfaire la population, qui l’a majoritairement soutenu durant la campagne électorale, par des mesures concrètes ? Laurence Pantin, du think tank Mexico Evalua, nous éclaire sur les perspectives de ce mandat de 6 ans non-renouvelable.

Que peut-on attendre du "changement de régime" et de "l’abolition du régime néolibéral" annoncés par le nouveau président Andrés Manuel López Obrador durant sa cérémonie de prestation de serment ? 

Le "changement de régime" qu’Andrés Manuel López Obrador souhaite incarner part de sa volonté que sa présidence soit reconnue comme une rupture dans l’histoire du Mexique, ce qu’il appelle la "Quatrième Transformation", qui ferait suite à celles qu’ont représentées l’Indépendance, la Réforme et la Révolution. Et effectivement, il a annoncé sa volonté d’abolir le néolibéralisme, responsable, selon lui, de la corruption et des inégalités. Cependant, dès son triomphe électoral en juillet dernier, plusieurs mesures d’austérité figuraient parmi ses premières annonces.

M. López Obrador a annoncé sa volonté d’abolir le néolibéralisme, responsable, selon lui, de la corruption et des inégalités.

Il a également réaffirmé la semaine dernière que celles-ci étaient prioritaires, que son gouvernement n’augmenterait pas les impôts et qu’il n’aurait pas recours au déficit ni à la dette. Reste à voir comment il pourra mener à bien les projets sociaux et les investissements qu’il a promis, ce qui n’est pas très clair à ce stade puisqu’il n’a pas encore présenté son projet de budget pour 2019.

Et bien qu’il ait fait référence, lors de son investiture, au modèle de "développement stabilisateur" des années 50 à 70, fondé sur la limitation des importations et une forte intervention de l’Etat dans l’économie et la politique industrielle, son équipe de transition a activement participé, aux côtés de l’équipe du Président sortant, à la renégociation de l’ALENA, qu’il a lui-même qualifiée de succès "qui offre de la certitude à l’économie nationale".

Alors que le Mexique peine à sortir du cercle vicieux que représentent la corruption et l’insécurité croissantes, pensez-vous que le Plan National de Paix et Sécurité de M. López Obrador - qui contredit ce qui avait été annoncé durant sa campagne - pourra créer une dynamique positive pour le pays ?

Le Plan National de Paix et Sécurité de M. López Obrador, qui diffère effectivement de ses propositions de campagne, ne semble malheureusement pas aller dans le bon sens. En effet, ce plan institutionnalise la participation des forces armées à la protection de la sécurité publique au sein d’une Garde Nationale, alors que celles-ci ne sont pas formées pour ce genre d’activités, que leur contribution à ces tâches depuis 2006 n’a pas permis de réduire la violence et qu’elle a été accompagnée de nombreuses violations des Droits de l’Homme.

Ce plan omet surtout la nécessité de renforcer les capacités des corps de police et de procuration de la justice existantes, dont la faiblesse explique en partie la crise d’insécurité que vit le pays. 

Enfin, ce plan repose sur une approche très centralisée qui ne prend pas en compte les spécificités locales en matière de criminalité ni le besoin de construire des stratégies focalisées. 

Le Plan National de Paix et Sécurité de M. López Obrador, qui diffère effectivement de ses propositions de campagne, ne semble malheureusement pas aller dans le bon sens.

En ce qui concerne le combat contre la corruption, M. López Obrador a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne souhaitait pas remuer le passé, en poursuivant les responsables d’actes de corruption ayant marqué l’administration sortante, mais préférait se tourner vers l’avenir, promettant que lui-même, ses proches ou ses collaborateurs seraient jugés s’il existait des preuves qu’ils aient commis des délits de cette nature. Ces déclarations sont celles qui font le moins consensus, même au sein de ses partisans, qui ne souhaitent pas "pardonner" les corrompus. Par ailleurs, elles sont préoccupantes, car le Président ne devrait pas intervenir dans la procuration de la justice.

Avec l’intronisation d'Andrés Manuel López Obrador en tant que Président, comment pourraient évoluer les relations entre le Mexique et les Etats-Unis, notamment dans le contexte de l’arrivée de caravanes de migrants ? Selon vous, la politique "Mexico First" du président mexicain pourrait-elle trouver des points de convergence avec celle de Donald Trump ?

M. López Obrador a évoqué qu’il proposerait au Président Donald Trump une politique de soutien au développement des pays centraméricains

Jusqu’à présent, la relation entre MM. Trump et López Obrador semble être fluide et cordiale, peut-être parce que M. Trump semble penser qu’il partage des points communs avec son homologue Mexicain, qu’il a surnommé "Juan Trump" peu après l’annonce de son triomphe électoral. Certes, le "repli sur soi" sous-jacent dans les discours des deux Présidents semble les rapprocher, mais sa matérialisation en politiques concrètes pourrait être source de conflits, notamment dans le contexte difficile créé par les caravanes de migrants.

A ce sujet, à plusieurs reprises pendant sa campagne et la période de transition, M. López Obrador a évoqué qu’il proposerait au Président Donald Trump une politique de soutien au développement des pays centraméricains, d’où viennent la majorité des membres des caravanes de migrants, dans le but de contribuer à y améliorer les conditions de vie et ainsi réduire la pression migratoire. De fait, le jour de son investiture, M. López Obrador a signé une déclaration politique avec ses homologues du Salvador, du Guatemala et du Honduras, en vue de construire un Plan de Développement Intégral susceptible de "générer de la croissance et des opportunités au niveau local, ce qui contribuerait à la prévention de la migration illégale". Et M. López Obrador a déclaré vouloir convaincre M. Trump de financer ce plan. Reste à voir s’il y arrivera et sous quelles conditions. Car, en parallèle, des articles de presse ont signalé que le gouvernement américain aurait demandé au Mexique d’accepter de conserver sur son territoire les ressortissants centraméricains le temps de traiter leurs demandes d’asile. Bien que cette version ait été démentie, il semble peu probable que M. Trump accepte de financer un programme de développement centraméricain sans rien exiger en échange…

 

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