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Game of Thrones : quand la fiction devient réalité

BLOG - 15 Avril 2019

Alors que s’apprête à être diffusée la 8ème et dernière saison de la série Game of Thrones, Dominique Moïsi, conseiller spécial géopolitique de l’Institut Montaigne, auteur du livre La géopolitique des séries (2016) revient sur le succès de cette production, et ce qu’elle incarne dans notre monde actuel.

Le succès phénoménal de la série tient d’abord à sa qualité : le talent du scénario, celui des acteurs, le caractère spectaculaire des scènes de guerre, grâce à des moyens financiers qui sont ceux des films à grand spectacle, sans oublier un mélange de violence et de sexe auquel les séries américaines ne nous avaient pas habitués. Plus que toute autre série, Game of Thrones crée un rapport particulier au temps qui fait que de spectateur, on deviendrait presque acteur. Le temps dans GOT est une suite d’évènements plus spectaculaires et brutaux les uns que les autres, qui exerce sur ses spectateurs un effet de sidération. Qui va vivre ? Qui va mourir ? Et dans la saison 8 qui s’ouvre cette semaine, qui va l’emporter, les morts ou les vivants et parmi les vivants, quelle "Reine" finira par imposer sa loi au royaume de Westeros ?

Mais au-delà de l’ampleur des moyens et de la qualité du suspense, il y a aussi la nature du message, qui semble correspondre à l’air du temps. Tout est permis à Westeros. Le cynisme le plus absolu est de rigueur et les questions que pose avec habileté la série sont bien des questions essentielles de géopolitique. Qu’est-ce que le pouvoir ? Qu’est-ce que la justice ? Peut-on suivre son instinct moral sur la question des réfugiés ? Quels sont les liens entre le commerce, la banque et la guerre ? Comment fait-on face au fanatisme religieux ? Comment recrute-t-on des mercenaires ? Dans un ouvrage publié en 2016 traitant de la "Géopolitique des séries", je mettais l’accent sur le thème du "triomphe de la peur".

Pour le spécialiste de géopolitique, GOT peut être vu comme une synthèse accélérée de l’histoire des relations internationales.

En 2019, on ne peut plus dire comme le fait GOT que l’hiver approche (Winter is coming). En fait, l’hiver est arrivé, il s’est comme installé dans nos esprits et nos consciences. Le Moyen-Âge, c’est nous, et plus seulement comme je l’écrivais alors au Moyen-Orient. Daesh est vaincu, mais le désordre, sinon le chaos s’étendent et gagnent du terrain. Le monde de GOT, barbare et envoûtant, ne serait-il pas une intuition de notre futur plutôt qu’une évocation romancée de notre passé ?

En mélangeant avec habileté Tolkien et Shakespeare, références bibliques et antiques, GOT nous parle d’autant plus qu’il semble parler de "nous", de la fureur du monde qui vient, un monde où l’on a l’impression de ne rien comprendre, ni à l’issue des combats, ni au déroulement des négociations.

Pour le spécialiste de géopolitique, GOT peut être vu comme une synthèse accélérée de l’histoire des relations internationales, si riche en clins d’œil, évocations et métaphores, qu’il a déjà été utilisé pour tout expliquer, de l’élection présidentielle américaine jusqu’au football anglais, sans oublier demain peut-être, les élections au parlement européen. 

Que la saison 8 commence ! Elle sera regardée avec déjà de la nostalgie par tous ceux - ils sont des millions à travers le monde - qui savent qu’une période de leur vie est en train de se clore. N’est-ce pas la dernière saison ? Ce n’est plus "Que la fête commence", mais "Que la série s’achève".

 

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