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Elections en Italie : euroscepticisme, migrations, Berlusconi, etc. L'analyse de Marc Lazar

BLOG - 20 Février 2018

Le 4 mars prochain, les Italiens sont appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement. 315 nouveaux sénateurs et 630 nouveaux députés seront désignés pour définir la politique de la XVIIIe législature de la République italienne. Marc Lazar, professeur d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po et président de la School of government de la Luiss à Rome, décrypte pour l’Institut Montaigne les enjeux de ces élections dont l’issue est plus qu’incertaine. 

Le paysage politique italien est éclaté entre de nombreux partis. Comment expliquer cette dispersion du corps électoral ?

Deux éléments permettent d’expliquer ce phénomène. 

  • D’abord, une explication historique. L’Italie porte en son sein plusieurs cultures et familles politiques (la démocratie chrétienne, le parti communiste, le parti socialiste, etc.) qui ont toutes disparu mais ont laissé des traces ainsi qu’une forte diversité régionale. L’unité du pays est récente et des partis régionalistes demeurent très présents dans le Nord-Est de l’Italie par exemple. 
     
  • Ensuite, une explication mécanique. Le mode de scrutin, uninominal à un tour pour un peu plus d’un tiers des députés et sénateurs, mais surtout proportionnel pour les deux tiers parlementaires restants, favorise la dispersion des partis politiques. 

Cette grande fragmentation est présente à la fois dans le corps électoral et se traduira au sein du Parlement car, selon la tradition italienne, les députés peuvent changer de groupe après leur élection. 

Silvio Berlusconi sera-t-il selon vous le faiseur de roi de la prochaine élection ?

En tout cas, il fait tout pour ! Bien qu’il ne soit pas éligible en raison de sa condamnation, Silvio Berlusconi joue un rôle fondamental dans ces élections, en s’efforçant de se présenter comme le vieux sage responsable. Ce n’est plus le Berlusconi flamboyant de 1994 lorsqu’il a fondé son parti Forza Italia, ou de l’épisode du “bunga bunga”. 

Il a été le faiseur de lien au sein de la coalition de centre-droit - qui inclut notamment son parti Forza Italia, la Ligue du Nord de Matteo Salvini et Fratelli d’Italia - et il pourrait jouer un rôle clé dans la formation d’un gouvernement si celle-ci emportait la majorité absolue des sièges à la Chambre des députés et au Sénat. Dans le cas contraire, si aucune majorité parlementaire claire n’apparaissait, Silvio Berlusconi pourrait mettre fin à son alliance actuelle et occuper une place centrale dans la formation d’un gouvernement avec le Parti démocrate de centre-gauche de Matteo Renzi. 

L’ancien Président du Conseil des ministres présente toutefois des signes d’affaiblissement : il n’est plus le roi tout puissant qu’il a été. En effet, les sondages actuels attribuent à Forza Italia entre 16 et 18 % d’intentions de vote, ce qui constituerait le résultat électoral le plus faible de la formation depuis sa création. Tandis que la Ligue du Nord et Fratelli d’Italia semblent, eux, connaître une poussée importante. En outre, le centre-droit et l’opinion publique italienne sont marqués par une droitisation, accélérée par les évènements de Macerata, qui ont placé les migrants au premier rang des enjeux de la campagne - désormais devant l’emploi et les impôts. La question migratoire a provoqué une réaction de rejet, de crispation, voire de xénophobie, et est devenue une ressource politique fondamentale pour le centre-droit et le Mouvement 5 étoiles, qui pourrait devenir le premier parti italien. 

Quelle place les enjeux européens occupent-ils dans le débat électoral ? Quelles conséquences ces élections auront-elles sur l’avenir de l’Europe ?

Les enjeux européens occupent une place importante dans cette campagne car l’Italie est confrontée à un vent d’euroscepticisme très puissant depuis une vingtaine d’années. Une tendance qui s’amplifie considérablement du fait de la pauvreté grandissante et des politiques d’austérité, perçues comme émanant directement de Bruxelles. Par ailleurs, les Italiens s’estiment, à raison, abandonnés par l’Union européenne sur la question de l’afflux des migrants, et dénoncent le manque de démocratie en Europe. Ainsi, d’un des pays les plus europhiles du continent, l’Italie est devenue l’un des plus eurosceptiques : la plupart des formations politiques adressent une critique virulente à l’Union. 

Le seul parti à affirmer clairement son attachement à l’UE est le Parti démocrate de Matteo Renzi, lequel dans le passé avait parfois pris à partie Bruxelles pour essayer de prendre des électeurs aux partis eurosceptiques. Ce dernier s’inspire d’ailleurs de la campagne d’Emmanuel Macron pour manifester sa volonté de jouer un rôle important dans le processus de refondation de l’Europe voulu par le Président français. Le Parti démocrate est cependant isolé et les intentions de vote à son égard peinent à dépasser les 23-24 %. Il peut toutefois compter sur l’apport de la liste qui lui est alliée, dirigée par Emma Bonino, également pro-europénne et qui s’appelle d’ailleurs Più Europa (Plus d’Europe). 

La question des conséquences de ces élections sur l’Europe est délicate et dépend largement de l’issue du scrutin.

  • Dans le cas d’un gouvernement de centre-droit, il serait tiraillé entre les partisans d’un éloignement de l’Europe et ceux d’un maintien des positions italiennes traditionnelles vis à vis du continent. Cela se traduirait par une politique de court-terme, caractérisée par des compromis permanents. 
     
  • Le scénario, hautement improbable, qui consisterait en une alliance entre le Mouvement 5 étoiles, la Ligue du Nord, Fratelli d’Italia et une minorité de la coalition de gauche Libres et égaux, serait le signal très fort d’une Italie qui prend ses distances avec l’Union européenne à la manière du groupe de Visegrád.   
     
  • Si une alliance constituée du Parti démocrate et de Forza Italia formait un gouvernement - rompant ainsi les coalitions actuelles -, celui-ci serait pro-européen, ce qui aurait pour effet de rassurer les capitales et les milieux financiers européens. Un tel ralliement provoquerait cependant des réactions vives des électeurs des deux partis, avec un risque de crise politique majeure. 
     
  • Enfin, un gouvernement formé par le Président de la République ou un gouvernement “technique”, regroupant des personnalités de la société civile, contribuerait à rassurer l’Europe pendant quelques mois, avant de trouver un mode de scrutin adapté pour permettre à un second vote de dessiner une majorité claire.  

Les recommandations de Marc Lazar pour mieux comprendre les enjeux du scrutin :

 

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