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Élections en Italie : Conte conforté, Salvini affaibli

Trois questions à Marc Lazar

INTERVIEW - 23 Septembre 2020

Les Italiens étaient appelés aux urnes les 20 et 21 septembre pour des élections regroupant trois scrutins : un référendum visant à réduire d’un tiers le nombre de parlementaires, des élections municipales partielles et des élections dans sept régions (Vénétie, Ligurie, Campanie, Toscane, dans les Marches, les Pouilles et le Val d’Aoste). Dans un contexte sanitaire et économique fragile, les Italiens ont-ils conforté ou désavoué le pouvoir en place ? Marc Lazar, spécialiste de la politique italienne, répond à nos questions.

Les élections régionales italiennes sont un premier test démocratique pour ce pays touché de plein fouet par la pandémie. Quels sont les résultats pour la coalition au pouvoir ? Pour l'opposition à droite ?

L’Italie a en effet organisé trois scrutins, un référendum, des élections dans sept régions et des élections municipales partielles alors que le Covid-19 est toujours là, même s’il ravage beaucoup moins le pays qu’au printemps dernier. Une grande interrogation était de savoir si les Italiens allaient se rendre aux urnes, surtout les personnes âgées qui sont très nombreuses en Italie. Toutes les mesures de sécurité sanitaire ont été prises. Près de 54 % des Italiens sont allés voter, malgré une inquiétude lors de l’ouverture des bureaux de vote puisque de nombreux présidents et assesseurs étaient absents et qu’il a fallu les remplacer presque au pied levé. Et ils ont été encore plus nombreux là où ils étaient appelés à choisir leurs présidents et leurs conseillers de régions. Cela peut être légitimement interprété comme la manifestation d’un vrai intérêt pour la politique.

Que retenir des élections régionales ? Le Parti démocrate (PD) de centre gauche s’affirme comme le premier parti lorsque l’on fait le total des suffrages exprimés dans l’ensemble des régions où les Italiens votaient. Il a perdu les Marches, que la gauche contrôlait depuis un quart de siècle, mais il a réussi à conserver la Campanie, les Pouilles et la Toscane. Le cas de la Toscane est intéressant. Il s’agit d’une région historiquement et traditionnellement de gauche mais qui change profondément. La Ligue y progresse de manière régulière (et d’ailleurs, avec un peu plus de 40 % des voix, sa candidate a cette fois-ci doublé le score du précédent candidat de son parti en 2015), des sondages fort encourageants pour elle avaient été publiés et elle avait proclamé haut et fort qu’il s’agissait là d’un "match crucial". Malgré l’effritement de la culture rouge traditionnelle et ses difficultés organisationnelles, le PD dispose encore de réseaux capables de mobiliser ses électeurs pour, comme il le disait, faire barrage à la Ligue. Par ailleurs, son candidat, Eugenio Giani, a su attirer les ex-électeurs du Mouvement 5 étoiles, voire des modérés du centre droit méfiants envers la Ligue. En Campanie et dans les Pouilles, le PD l’a emporté grâce aux présidents sortants, respectivement Vincenzo De Luca et Michele Emiliano.

Salvini n’est certainement pas menacé, du moins pour le moment, mais dans son parti des voix s’élèvent pour s’interroger sur son leadership voire critiquer son style et son orientation politique.

Il s’agit de fortes personnalités au style flamboyant dont les interventions et les discours prennent une tonalité parfois populiste. Leur gestion de leurs régions est manifestement appréciée, par exemple pour la manière dont ils ont fait face à l’épidémie, d’autant qu’ils n’hésitent pas à pratiquer une politique clientéliste. Quoi qu’il en soit, malgré la perte des Marches, le PD sort renforcé de ce scrutin. En revanche, le Mouvement 5 étoiles ne pèse pas dans ces élections régionales, ni d’ailleurs le petit parti de Matteo Renzi Italia Viva.

La droite peut revendiquer un bilan favorable mais moins bon qu’il ne l’espérait. C’est un homme de centre droit, président sortant là encore, qui conserve la Ligurie. La Ligue arrive en tête dans le Val d’Aoste, ce qui marque une notable progression. Luca Zaia, membre influent de la Ligue, est lui aussi réélu, avec un score impressionnant (77 % des voix). Dans les Marches, c’est un candidat du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia qui l’emporte. Matteo Salvini n’a donc pas raflé la Toscane comme il en avait l’ambition et il enregistre ainsi une nouvelle défaite après avoir échoué à ravir en janvier dernier l’Emilie-Romagne à la gauche. Le triomphe de Luca Zaia lui fait de l’ombre, même si le nouveau Doge de la Vénétie ne cesse de répéter qu’il n’entend pas briguer le poste de leader de la Ligue. Salvini n’est certainement pas menacé, du moins pour le moment, mais dans son parti des voix s’élèvent pour s’interroger sur son leadership voire critiquer son style et son orientation politique.

Quelles sont les principales conséquences politiques de ce vote aux régionales ?

Il y en a plusieurs. Au niveau des partis, le leader du Parti démocrate, Nicola Zingaretti, souvent contesté, se voit conforté dans sa position et dans sa politique d’alliance conflictuelle avec le Mouvement 5 étoiles qui avait suscité des oppositions internes. L’échec du Mouvement 5 étoiles est patent, même si ses dirigeants cherchent à l’occulter en revendiquant la paternité du succès du oui au référendum qu’il avait voulu. Ce parti est divisé entre ceux qui veulent continuer l’alliance gouvernementale avec le PD et ceux qui la refusent : des clarifications devront intervenir. Matteo Renzi qui, avec son petit parti Italia Viva, pensait pouvoir jouer un rôle charnière se retrouve en grande difficulté. Dans l’opposition, Forza Italia de Silvio Berlusconi poursuit son déclin. La Ligue s’interroge sur sa stratégie. Celle de Salvini vise depuis près de sept ans désormais à forger un parti vraiment national, donc présent dans le sud, or cela ne se concrétise pas : de ce fait, les partisans du traditionnel régionalisme septentrional, à commencer par Luca Zaia, veulent en quelque sorte retourner aux fondamentaux et obtenir encore plus d’autonomie pour leurs régions. Fratelli d’Italia, emmené par Giorgia Meloni, n’a pas réussi à s’emparer des Pouilles mais ce parti continue de progresser électoralement et entend plus que jamais faire entendre sa voix à ses alliés. L’ensemble de la coalition de droite doit enfin s’adapter à la nouvelle donne qui se profile à l’issue de ces élections.

En effet, ce scrutin régional montre la prégnance de l’antagonisme entre, d’un côté, la coalition de droite - Forza italia, Lega, Fratelli d’Italia - et, de l’autre, le PD. Si cela se confirme lors des prochains scrutins, cela obligera le Mouvement 5 étoiles à faire un choix définitif entre ces deux camps, au risque d’une scission quelle que soit la décision prise.

L’ensemble de la coalition de droite doit enfin s’adapter à la nouvelle donne qui se profile à l’issue de ces élections.

Last but not least, le gouvernement de Giuseppe Conte et la coalition M5S-PD sont normalement appelés à se maintenir au pouvoir jusqu’au moins 2022, date à laquelle il faudra élire le nouveau président de la République, un poste stratégique pour les institutions italiennes, voire carrément jusqu’à la fin de la législature en 2023. Ce qui rassurera les Européens et les marchés financiers. Néanmoins, il y aura des affrontements entre le PD et le Mouvement 5 étoiles sur le plan de relance par exemple, comme sur d’autres sujets, voire des changements de ministres. Toutefois, l’un des risques majeurs pour la stabilité de l’exécutif viendra des déchirements au sein du Mouvement 5 étoiles qui pourraient entraîner des défections au Sénat où la majorité ne tient qu’à un fil.

Le référendum peut-il renouveler la confiance des Italiens dans leurs institutions ?

Le référendum visait à réduire le nombre de parlementaires. Les principaux partis ont appelé à voter oui (avec plus ou moins d’enthousiasme et souvent des divisions internes), seules des petites formations ont milité pour le non. Or un vrai débat politique et citoyen s’est engagé. Des journaux comme La Repubblica et La Stampa ont pris position pour le non, de vives controverses ont opposé les constitutionnalistes, les politologues et les intellectuels. La victoire du oui à près de 70 % présente une double dimension. C’est une victoire de ceux et celles qui pensent que la classe politique est pléthorique et corrompue. Mais c’est aussi l’aspiration à une autre politique plus efficace. Aux responsables politiques désormais de donner une suite à ce référendum en adoptant une nouvelle loi électorale et en engageant d’autres réformes institutionnelles pour rendre la démocratie italienne plus performante et proche des Italiens.
 
 

 

Copyright : Tiziana FABI / AFP

 

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