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Élections américaines : les leçons du premier grand débat

BLOG - 30 Septembre 2020

Il y a deux lectures possibles du pire grand débat présidentiel de l’histoire des États-Unis. La première, tactique, a été tirée par les téléspectateurs eux-mêmes. Parce qu’il n’a pas "gagné" Donald Trump a "perdu". C’est ce que pensent 48 % des Américains interrogés à chaud par la chaîne CBS. 41 % pensent à l’inverse que Donald Trump a emporté cette première manche. 10 % ne se prononcent pas. Ce qui est intéressant dans ces chiffres, c’est qu’ils correspondent de manière très fidèle au rapport des forces qui existait sur le terrain entre les deux candidats, à en croire les sondages, avant la foire d’empoigne indigne à laquelle nous avons assisté. Or rien n’a changé, les lignes de forces sont restées les mêmes. 

Donald Trump avait pour intention de détruire son opposant, d’exposer ses faiblesses, son "gâtisme précoce", ses contradictions. Le Président s’est surtout détruit lui-même. À tous ceux qui espéraient depuis près de quatre ans que l’exercice de la présidence le transformerait, qu’il gagnerait enfin en "gravitas", en dignité, en ce sérieux qui lui faisaient si cruellement défaut, Donald Trump a apporté le plus cruel des démentis. La "cuvée" Donald Trump 2020, est pire encore, que ne pouvait l’être la cuvée 2016.

Ce n’est pas que Joe Biden ait dissipé les doutes de ses partisans. Loin de là. Il fait plus vieux que son âge et pour résister aux attaques à boulets rouges de son adversaire, il a versé lui aussi dans la vulgarité, le simplisme et l’insulte. Mais il n’était pas possible face à Donald Trump d’élever le débat. Joe Biden a fait ce que ses partisans attendaient de lui. Il ne s’est pas écroulé.

Jamais depuis la guerre civile, l’Amérique n’a été à ce point divisée sur l’essentiel.

Il existe une deuxième lecture plus stratégique et nettement plus inquiétante du premier des grands débats (peut-il y en avoir encore d’autres après cette mascarade ?). Il y a eu un grand perdant hier soir : la démocratie américaine et au-delà l’image des États-Unis dans le monde, sinon le modèle démocratique tout court. Le spectacle que l’Amérique a donné d'elle-même et de ses divisions a été tout simplement catastrophique.

Jamais la comparaison, parfois faite entre le déclin des États-Unis et celui de l’Empire romain n’a semblé plus légitime. En refusant de condamner les suprématistes blancs, en les encourageant même à la résistance, le président des États-Unis en appelait déjà à la négation du résultat possible des élections.

Il semblait provoquer les Américains, leur disant droit dans les yeux : "une majorité d’entre vous peut vouloir voter contre moi, mais vous verrez je ne me laisserai pas faire, ne compter pas sur moi pour concéder ma défaite. Mon camp ne s’y résignera pas". Jamais depuis la guerre civile, l’Amérique n’a été à ce point divisée sur l’essentiel. Mais dans les années 1860, l’Amérique était loin d’être ce qu’elle est devenue et demeure encore (pour combien de temps ?) la première puissance mondiale.

Ses divisions internes importaient peu ou secondairement à l’équilibre du monde. En 2020, force est de constater qu’il n’y a qu’un vainqueur lors du premier grand débat : les régimes autoritaires, au premier rang desquels, bien sûr, la Chine. Xi Jinping est le seul à sortir victorieux de cette triste parodie de démocratie. Tout se passe comme si l’Amérique s’était fixée comme ambition de légitimer les critiques que ses principaux opposants font d’elle. Au moment où l’Amérique étale ainsi ses divisions et risque potentiellement de s’enfoncer dans la violence, sinon de sombrer dans la guerre civile, l’ombre de la Chine s’étend sur le monde. Les alliées démocratiques de l’Amérique doivent apprendre à vivre avec cette Amérique qui non seulement ne les protège plus, mais constitue par ses désordres et ses convulsions, un parfait anti-modèle, sinon une menace directe sur ses institutions démocratiques. Après l’Amérique, à qui le tour ?

 

 

Copyright : MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

 

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