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Coronavirus - Faire face à la pandémie

BLOG - 29 Janvier 2020

La gestion des épidémies : un enjeu tant médical que sociétal

Origine, vitesse de diffusion (Ro), nombre réel de malades, taux de mortalité : beaucoup de choses restent inconnues ou imprécises concernant le coronavirus qui vient de dépasser en Chine l’ampleur officielle de l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en un tiers du temps (si la date de départ peut être confirmée, ce qui n’est pas le cas). Il existe des indices positifs : le taux de mortalité (bien supérieur à celui - 0,1 % - de la grippe) semble très en-dessous de celui du SRAS ; par contre la vitesse de contagion fait l’objet de chiffrages très contradictoires. Et les mutations éventuelles sont une donnée biologique incernable.

Il y a aux inconnues bien d’autres raisons, qui ne tiennent qu’en partie à la biologie et à la médecine. C’est pourquoi les épidémies sont des phénomènes qui ont une dimension publique et sociétale autant que médicale.

Il faut donc commencer par refuser l’idée que seuls les "sachant" peuvent parler, tout en reconnaissant que les autres ne doivent pas s’improviser virologues. Il faut ensuite veiller à ne pas contribuer au lancement d’une panique au sein de populations qui ne peuvent disposer de toutes les informations et ont besoin de critères de référence simples, mais fiables.

Origine, vitesse de diffusion (Ro), nombre réel de malades, taux de mortalité : beaucoup de choses restent inconnues ou imprécises concernant le coronavirus

Le meilleur moyen d’éviter les paniques n’est pas la dénégation ni la méthode Coué. C’est la leçon de l’épisode Tchernobyl en France il y a 34 ans : nier l’arrivée d’un nuage de particules radioactives en France était une absurdité (que les relevés dans les zones où avaient lieu des pluies de convection ont vite démontré). Évoquer un impact statistique assez limité aurait plus de sens.

En Chine, un manque de données épidémiologiques

Dans le cas du coronavirus, il y a eu une volte-face spectaculaire du pouvoir chinois le 20 janvier dernier. Avant même cette date, le séquençage du génome avait été effectué en Chine le 10 janvier. L’Académie des Sciences chinoise a publié un article concluant à la communication entre humains le 21 janvier (celle-ci avait été reconnue officiellement la veille). Une communication à The Lancet, signée par des médecins biologistes d’un hôpital de Wuhan, a été publiée le 24 janvier. Elle est importante, mais ne porte que sur 41 cas et sur celui d’une famille contaminée en totalité. D’énormes mesures préventives ont été prises depuis lors, qui ont un large écho international.

Mais c’est tout de même la non-communication qui frappe les esprits en ce qui concerne l’origine, l’essor, la vitesse de diffusion de l’épidémie. Sur le plan médiatique, une seule revue chinoise, a fait quelque peu exception, y compris sur son site en anglais, mais sans sources médicales particulières en Chine (elle a par contre publié un avis alarmant d’un virologue de Hong Kong). Hormis quelques reportages courageux sur place, elle répercute surtout les informations officielles, notamment en matière de chiffrage. À supposer que les autorités médicales internationales  – comme le prétend le directeur de l’OMS – croient ces chiffres – cela les met systématiquement en retard sur la réalité.

Pour une part, ces inconnues tiennent à une omerta qui n’est pas propre à la Chine quand une épidémie se déclare. Pour une autre part, elle tient à la surcharge du système hospitalier, à la pénurie en matière de tests, à la terrible coïncidence avec la plus grande migration mondiale lors du Nouvel An chinois. Jeter la pierre au système chinois ne sert à rien, car on peut se demander à quelle vitesse un autre système aurait pu faire face à une telle conjonction.

Jeter la pierre au système chinois ne sert à rien, car on peut se demander à quelle vitesse un autre système aurait pu faire face à une telle conjonction.

France : et le principe de précaution ?

Ceci pose des questions aussi en France. Celle-ci a vendu en 2004 un laboratoire P4 (soit le degré le plus sophistiqué en matière d’isolation de germes et de virus dangereux) inauguré en plusieurs étapes en 2016-2018, et situé précisément à Wuhan. L’INSERM et l’Institut Mérieux y ont contribué, y compris pour "des protocoles de sécurisation et de protection", comme le disait la précédente ministre de la Santé en février 2017. L’Institut Pasteur a créé un établissement en 2004, en partenariat avec l’Académie des Sciences de Chine qui supervise également l’Institut de virologie de Wuhan. Ces établissements devraient être extraordinairement bien placés pour obtenir une coopération médicale chinoise, au-delà des sources gouvernementales proprement dites. Qu’en est-il ?Dans la pratique, la France et d’autres pays européens ont pris avec retard des mesures de bon sens aux frontières – essentiellement les aéroports, et ce pendant la période critique précédant le Nouvel An chinois. Peut-être plus grave encore – car cela entache la crédibilité ultérieure d’autorités qui doivent inspirer confiance –, les explications les plus outrancières ont été données. Le contrôle aux aéroports ne servait à rien car les entrées se faisaient par toutes les frontières. Les scanners thermiques ne servaient à rien car ils ne détectent pas les porteurs de virus sans symptôme fiévreux – implicitement, le reste du monde a tort. Et surtout, les masques ne serviraient à rien : l’affirmation est énorme, car elle confond les masques chirurgicaux (limitant la contamination vers autrui) avec les masques plus élaborés (N95 et de norme minimale FFP-2) qui limitent la contamination vers leurs porteurs. Le seul conseil donné était de "se laver les mains" : vrai, mais le docteur Freud appréciera le double sens de l’expression. Et d’appeler le 15…

Toutes ces dénégations négligent un aspect des épidémies qu’il n’est pas besoin d’être médecin pour connaître : il n’existe pas de protection de masse sans faille (hors vaccin) ; les protections qui obtiennent des résultats statistiques sont toutes utiles.

Il n’existe pas de protection de masse sans faille (hors vaccin) ; les protections qui obtiennent des résultats statistiques sont toutes utiles.

En réalité, il aurait fallu reconnaître que la France – et la plupart des pays européens – possèdent très peu (ou pas du tout ?) de scanners thermiques. Préciser quels masques sont dans les stocks publics (d’autant que la pénurie sur le marché est mondiale depuis plusieurs semaines). Prendre des mesures spécifiques aux aéroports allant au-delà d’affichettes et par exemple connaître systématiquement le placement des passagers dans les avions. Il est invraisemblable de dire qu’on ne peut pas savoir par quels aéroports intermédiaires ont transité les passagers.

Aujourd’hui, alors que la pandémie en Chine est démontrée, interrompre ces vols. Ces mesures pourraient être brèves, et ne pas compromettre l’avenir de notre sacro-saint tourisme.

On relèvera que les autorités chinoises ont pris leurs responsabilités sur les départs de Chine : interrogatoires approfondis, scanners thermiques. Elles ne peuvent réécrire l’histoire des négligences et dissimulations avant le 20 janvier – mais ce type de comportement n’est pas si rare dans le cas d’épidémies mal identifiées. Que ce soit par souci du bien public ou de peur de compromettre la réputation du pays, les autorités chinoises agissent avec détermination pour enrayer la pandémie au-delà des frontières. Mais, on le sait, cet objectif ne peut être tenu à 100 %. Pour que les Français, et d’autres, croient aux assurances de leurs autorités médicales et administratives, il faut que des mesures équivalentes, allant jusqu’à l’arrêt des vols, soient prises, et qu’un traçage des passagers arrivés depuis début janvier soit effectué.

Il est ironique que ces recommandations doivent être adressées au pays qui a élevé le "principe de précaution" en vache sacrée dans de nombreux domaines, et qui a coopéré si audacieusement avec la Chine dans le domaine de la virologie.

 

Copyright : Noel Celis / AFP

 

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