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Coronavirus et Afrique - au Gabon, une réaction rapide et progressive

BLOG - 14 Avril 2020

Avec 57 cas déclarés au dimanche 12 avril, le Gabon est relativement épargné par le Covid-19. Cela n’a pas empêché les autorités de rapidement mettre en place des mesures de prévention, alors que le Président Ali Bongo déclarait l’état d’urgence sanitaire le 9 avril dernier. Comment la situation sanitaire peut-elle évoluer ? Quelle réponse du gouvernement ? Quelles conséquences économiques ? Michaël Cheylan, président de Corrèze & Zambèze et contributeur sur les questions africaines pour l’Institut Montaigne, répond à nos questions.

Quelle est la situation sanitaire actuelle au Gabon ? Comment pourrait-elle évoluer dans les prochaines semaines ?

Le premier cas diagnostiqué positif l’a été mi-mars. À la date du dimanche 12 avril, le pays a enregistré 57 cas testés positifs au Covid-19. La cinétique de l’épidémie est donc relativement contenue au Gabon. Certains modèles mathématiques, comme celui de l’Imperial College de Londres, évoquent la possibilité de 2 051 004 cas d’infection - sur une population totale de 2 225 728 habitants, soit 92 % -, 39 934 cas d’hospitalisation et 5 726 décès dus au virus. S’il est toujours difficile de prévoir l’avenir, ce scénario extrême semble toutefois peu probable au vu de l’évolution actuelle de l’épidémie, des mesures prises très tôt par les autorités et de la pyramide des âges au Gabon, comme d’ailleurs dans le reste de l’Afrique. En effet, plus de 60 % des habitants ont moins de 25 ans, contre 17 % en Europe, et le nombre de cas d’obésité est relativement faible.

En outre, le niveau moyen des infrastructures sanitaires gabonaises est relativement élevé, comparé au reste de l’Afrique. Dans le classement 2019 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui prend en compte les aspects de santé – mais aussi d’éducation, etc. –, le Gabon figure certes à la 115e place mondiale, mais occupe le 3e rang en Afrique subsaharienne continentale.

Quelles est la stratégie adoptée par le gouvernement pour combattre l'épidémie ?

La stratégie gabonaise peut se résumer en deux mots : réactivité et progressivité. Les autorités ont cherché à intervenir très tôt, le plus en amont possible, en multipliant les mesures préventives, qu’elles ont peu à peu durci au fur et à mesure de l’aggravation de la menace : filtrage à l’aéroport avec prise de température par thermoflash, mise en quarantaine des bateaux, fermeture des frontières terrestres dès l’apparition des premiers cas dans les pays voisins, puis aériennes et maritimes (hors marchandises), fermeture des établissements recevant du public, couvre-feu partiel (de 20h à 6h du matin). Ce jusqu’au confinement du Grand Libreville (la capitale et les communes limitrophes) annoncé le 10 avril dernier, car l’écrasante majorité des cas (95 % environ) y sont concentrés. Une telle mesure permet donc de limiter les risques de diffusion du virus dans les provinces. L’idée générale est de prévenir plutôt que de guérir, le niveau des infrastructures sanitaires étant bien moindre que dans les pays du Nord.

En outre, le Gabon a augmenté ses capacités de diagnostic - en faisant passer de 1 à 4 le nombre de centres de tests - et de soins, notamment hospitaliers. Un numéro vert, le 1410, a été mis en place pour les personnes qui ressentent des symptômes caractéristiques du Covid-19, afin d’éviter un afflux à l’hôpital, et le pays a déployé une stratégie d’identification de l’ensemble des cas contacts (personnes qui ont été en contact avec un cas positif). Une fois identifiées, ces personnes sont aussitôt placées en quatorzaine. Une stratégie qui rappelle celle de la France au tout début de l’épidémie avec la détection de clusters.

Un numéro vert, le 1410, a été mis en place pour les personnes qui ressentent des symptômes caractéristiques du Covid-19, afin d’éviter un afflux à l’hôpital, et le pays a déployé une stratégie d’identification de l’ensemble des cas contacts.

Enfin, les autorités gabonaises ont annoncé vouloir tester largement sa population, sans que l’on sache toutefois si et quand il en aura le moyens (sachant que 632 personnes ont été testées depuis la détection du premier cas mi-mars). Il a également pris le parti de fabriquer ses propres gels hydro-alcooliques dans une usine de la ZERP Nkok. Quant aux respirateurs, aux masques, surblouses, kits de test, etc., des commandes ont été passées en Chine par l’État gabonais. Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, a fait un don aux autorités gabonaises, mais celui-ci ne représente qu’une fraction par rapport aux commandes passées par l’État gabonais et livrées dans le courant du mois de mars. La Chine est par ailleurs très présente aux côtés des autorités gabonaises pour leur apporter son appui technique dans le cadre de la mise en œuvre de la riposte.

La population soutient-elle les mesures adoptées par le gouvernement ?

Dans l’ensemble, la population a bien compris qu’il s’agissait d’une menace grave. Afin de renforcer la confiance et lutter contre la désinformation, le Gabon a mis en place un point d’information quotidien sur l’évolution de l’épidémie réalisé par le secrétaire général du ministère de la Santé, le Dr Guy-Patrick Obiang Ndong. Cet effort de transparence est indispensable pour susciter l’adhésion des populations et éviter la psychose. Néanmoins, sur le terrain, le respect des mesures barrières n’a pas toujours été strictement observé, d’où la déclaration d’état d’urgence sanitaire faite le 9 avril par le Président Ali Bongo Ondimba et la décision d’instaurer à partir du 12 avril le confinement du Grand Libreville.

Le système de santé est-il assez résilient pour affronter l’épidémie ?

Par tête d’habitant, le Gabon est l’un des pays à disposer des infrastructures sanitaires les plus solides sur le continent africain. Le personnel médical y est bien formé. Pour preuve, le premier patient à avoir été infecté dans le pays est ressorti guéri de l’hôpital d’instruction des armées d’Akanda, et d’autres sont en voie de guérison. Le seul décès à déplorer à cette heure est celui d’un patient, de retour de France, qui souffrait par ailleurs de comorbidités importantes, notamment d’un diabète. À noter également que le Gabon compte quatre laboratoires d’analyse, dont un de niveau P4 (ce qui est peu courant en Afrique), le Centre international de recherches médicales de Franceville (le CIRMF) de réputation mondiale en matière de maladies infectieuses tropicales.

Quelles seront les répercussions économiques du coronavirus au Gabon ?

A priori, une diminution de la croissance attendue entre 0,3 et 2,7 % (contre + 4 % initialement prévus) et une baisse des recettes de l’État, que le gouvernement évalue entre 230 et 645 milliards de francs CFA, selon les scenarii. Les droits de douanes sont en effet en baisse du fait du ralentissement des échanges, tout comme les revenus tirés de l’exportation des matières premières. Le Gabon, membre de l’OPEP, qui produit 0,2 millions de barils par jour, est frappé par la crise pétrolière. Les exportations de bois souffrent également. En revanche, le manganèse, dont le pays est l’un des principaux producteurs mondiaux, est pour l’heure relativement épargné.

Toutefois, à l’instar de nombre de pays, le Gabon bénéficiera en compensation d’un surcroît d’aide multilatérale, de la part du FMI, de la Banque mondiale, etc., et bilatérale, de la part de l’Union européenne et de la Chine par exemple.

Un moratoire sur le remboursement de l’aide publique extérieure, tout comme un recours accru à l’endettement, semblent inévitables pour financer le plan d’aide massif de 250 milliards de francs CFA annoncé par le chef de l’État le 3 avril pour accompagner les populations et les entreprises. À noter que fin 2019, la dette gabonaise équivalait à 60 % du PIB.

Selon les économistes, les besoins nouveaux en financement pour surmonter la crise pourraient s’élever à 8 % du PIB. Comme en Europe et partout ailleurs dans le monde, la banque centrale a un rôle décisif à jouer.

Quelles sont les principales mesures attendues des autorités ?

Au-delà de l’aspect sanitaire, il y a une très forte attente en matière de prise en charge sur le plan social et économique, car les filets sociaux que l’on connaît en Europe sont quasi-inexistants en Afrique. Le Gabon est pourtant moins exposé que d’autres sur le continent, du fait de son système de protection sociale relativement plus développé qu’ailleurs et de sa structure de l’emploi qui fait une large place au secteur public : le pays compte 100 000 fonctionnaires en tout, soit un ratio de 55 pour 1 000 habitants, l’un des chiffres les plus élevés en Afrique. Or, les fonctionnaires ne sont pas soumis au risque de chômage et ils continuent de percevoir leur traitement à 100 %.

Le Président Ali Bongo a annoncé la prise en charge par l’État des factures d’eau et d’électricité, la gratuité des transports pour les plus fragiles, la suspension du paiement des loyers, la mise en place d’une banque alimentaire, etc.

Dans son allocution publique début avril, le Président Ali Bongo a annoncé la prise en charge par l’État des factures d’eau et d’électricité, la gratuité des transports pour les plus fragiles, la suspension du paiement des loyers, la mise en place d’une banque alimentaire, etc. En somme, tout ce qui relève des urgences du quotidien et qui permet aussi la prise en charge, dans une certaine mesure, de celles et ceux qui évoluent dans le secteur informel, qui représente entre 40 et 50 % du PIB du pays.

En parallèle, des mesures ont été annoncées pour les entreprises (report de charges, de remboursements de crédits, facilités de trésorerie, allègement d’impôts, etc.) et les emplois (mise en place d’une allocation de chômage technique permettant la prise en charge de 50 à 70 % du salaire brut mensuel hors primes, etc.).

Sur le papier, ce plan d’aide est ambitieux. Il faut maintenant que les mesures qu’il contient soient effectivement et le plus rapidement possible mises en œuvre.

Enfin, les entreprises, domestiques comme internationales, attendent de la part de l’État gabonais qu’il honore ses engagements. Il en va de sa crédibilité. Toute attitude autre à leur égard serait coûteuse sur le plan économique. Elle serait interprétée comme un défaut de paiement, ce qui priverait le pays, pendant et après la crise, de nouveaux financements. Mais également sur le plan politique, à un moment où les élites dirigeantes ont été récemment renouvelées aux principaux postes de décision.

 

Copyright : STEEVE JORDAN / AFP

 

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