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China Trends #4 - Les politiques économiques chinoises : l’heure des choix

BLOG - 23 Décembre 2019

La dernière Central Economic Work Conference, un rendez-vous annuel pour fixer l’agenda économique du pays, vient de prendre fin à Pékin. Les observateurs en attendaient les conclusions avec une inquiétude inhabituelle. Comment répondre au ralentissement de la croissance ? Que faire d’une dette en augmentation ? Un nouveau plan de relance est-il une option ? Et quid de la politique monétaire et du taux de change du renminbi ? Les maîtres mots qui émergent de la conférence sont "stabilité" et "prudence". Il est désormais évident que la classe dirigeante chinoise se prépare à l’éventualité de nouvelles secousses commerciales en provenance des  États-Unis ; elle est peut-être réticente à l’idée d’y répondre par des réformes du marché. Cette édition de China Trends jette la lumière sur trois différents types de tendances qui caractérisent aujourd’hui l’économie chinoise.

La première analyse, celle d’Angela Stanzel, s’intéresse au modèle de croissance. Elle met en lumière de nouvelles évolutions : il s’agit principalement d’une stratégie visant à faire monter en gamme la technologie chinoise et de la volonté d’aboutir, par l’innovation, à un "développement de haute qualité". Pourtant, au-delà de l’optimisme officiellement affiché, de nombreuses sources d’inquiétudes font surface, comme la stagnation des revenus des classes moyennes et le ralentissement de la consommation intérieure. Deux relais de croissance sont favorisés. Le premier réside dans un soutien financier accru aux petites et moyennes entreprises (PME). Les auteurs n’en font pas mention mais, en pratique, on peut ici y voir un renouveau de ce qu’on avait pu entendre fin 2018 : des appels, éphémères, à un soutien du secteur privé. Le second vise une politique de dépenses sociales expansionniste, qui permettrait de réorienter des épargnes et des investissements forcés vers la consommation. Mais en harmonie avec cet air du temps, typique des tendances politiques actuelles, il n’est plus question ni du rôle du marché, ni de réformes libérales.

Les maîtres mots qui émergent de la conférence sont "stabilité" et "prudence". Il est désormais évident que la classe dirigeante chinoise se prépare à l’éventualité de nouvelles secousses commerciales en provenance des États-Unis.

Or, les défis persistent. Notre deuxième analyse, celle de Viviana Zhu, se penche sur le destin de la loi anti-monopole chinoise, promulguée en 2008. Avec sûrement un brin de nostalgie, un des analystes étudiés dans l’article se remémore le lancement de la réforme, les années Deng Xiaoping. Vingt années d’efforts ont été nécessaires pour que la loi soit adoptée - contre une ligne défendant l’idée qu’une Chine en voie de développement avait besoin de davantage (et non de moins) de monopoles, et malgré une forte propension à défendre les "monopoles administratifs", une notion qui va, en Chine, bien au-delà des simples monopoles naturels.

Cette dernière contradiction a survécu à la loi. Alors que le Unirule Institute, notoirement libéral (et depuis interdit d’exercer), plaidait en faveur de restrictions supplémentaires sur les monopoles administratifs, diverses autorités de l’ État se livraient à des batailles intestines ou à des luttes avec certaines entreprises d’ État, aux connexions souvent plus solides avec le cœur du pouvoir politique.

Les deux premières analyses de cette édition se font ainsi l’écho de deux courants de pensée des politiques économiques chinoises. Le premier est technocratique et compatible avec la notion d’autosuffisance : dans cette approche, monter en gamme et élargir la sphère sociale sont une manière de répondre aux turbulences venant de l’extérieur et aux enjeux d’une croissance ralentie. Le second courant est - implicitement seulement - un appel à la réforme en utilisant les pressions commerciales extérieures, ou gaiatsu, pour reprendre le terme utilisé au Japon lorsque l’archipel subissait une offensive de la part des États-Unis. Ce courant est aussi une réponse à l'insatisfaction croissante exprimée à l'étranger à l’égard d’une économie socialiste de marché et subventionnée, dans laquelle les acteurs privés perdent en influence, sauf lorsqu’ils deviennent eux-mêmes des champions nationaux soutenus par l’ État.

Ainsi, la pression étrangère pourrait en cela être un facteur déterminant, quand bien même Xi Jinping et le système d'État-parti semblent faire le choix clair d’une posture de résistance. Notre troisième analyse donne à voir une ligne dure de la posture chinoise tout au long du conflit commercial avec les États-Unis. Selon cette ligne, le découplage ne saurait avoir lieu, les réformes existantes sont suffisantes, et l’économie chinoise est résiliente. Notre auteur invité, Jiakun Jack Zhang, indique à juste titre que cet optimisme passe sous silence la réalité de la faiblesse de la consommation intérieure dans l’économie chinoise, et celle de l’augmentation de la dette, qui contraindra les dépenses futures. Ces réalités objectives expliquent pourquoi certains autres experts chinois invitent encore la Chine à accepter des concessions afin de mettre un terme au conflit commercial.

Là aussi, deux points de vue s’opposent, bien que l’un domine clairement l’opinion publique.

 

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