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Caravanes de migrants : le ton monte entre le Mexique et les États-Unis

Trois questions à Veronica Ortiz Ortega

INTERVIEW - 2 Novembre 2018

Alors qu’une caravane de 7 000 migrants venus du Honduras traverse actuellement le Mexique en direction des États-Unis, et dans un contexte d’élections de mi-mandat qui se tiendront dans le pays le 6 novembre prochain, le Président Donald Trump durcit son discours envers les autorités mexicaines. Quelles conséquences pour le Mexique et sa relation bilatérale avec son voisin nord-américain ? Veronica Ortiz, analyste politique et membre du Conseil mexicain des affaires internationales (Comexi), répond à nos questions. 

A la suite de l'avancée de la caravane de migrants honduriens vers les Etats-Unis, Donald Trump a menacé de réduire l'aide allouée au Guatemala, au Honduras et au Salvador. Quelles conséquences pour le Mexique, lieu de passage entre ces pays d’Amérique centrale et les Etats-Unis ? 

Comme en 2016, Donald Trump a placé le sujet de la migration au cœur de son discours de campagne.

Les menaces prononcées par le Président Trump, notamment l’annonce de la réduction de l’aide allouée aux trois pays qui constituent le triangle du nord de l’Amérique centrale – Guatemala, Honduras, Salvador – qu’il juge incapables "d'empêcher les gens de quitter leur pays pour entrer illégalement aux Etats-Unis", s’inscrivent dans le contexte des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

Comme en 2016, Donald Trump a placé le sujet de la migration au cœur de son discours de campagne. Bien que locales, il s’agit d’élections majeures, au sein desquelles le Président américain s’est beaucoup investi. Elles regroupent de nombreux enjeux, dont celui de la migration. Il a fait, à ce sujet, deux autres annonces importantes : le déploiement de militaires à la frontière avec le Mexique afin de stopper l’avancement de la caravane, et l'intention d'annuler le droit du sol, qui est inscrit dans la Constitution des Etats-Unis, pays de migrants, annonce qui touche ainsi le cœur de l’Amérique.

L’aide qu’il évoque représente environ 700 millions de dollars pour cette région d’Amérique centrale très violente et défavorisée. La réduire de moitié – environ 350 millions de dollars – aurait des conséquences désastreuses sur ces trois pays, que la violence et la pauvreté pousse leurs populations à fuir. Cela aurait également des répercussions majeures à la fois politiques, diplomatiques, économiques et humanitaires sur le Mexique – qui est le lieu de passage et d'absorption de ces migrants – et en particulier sur la sur Sud avec l’Amérique centrale, région la moins développée du pays. 

Alors que plus de 500 000 personnes passent par le Mexique chaque année pour rallier les Etats-Unis, quelle place occupent les enjeux migratoires dans la relation bilatérale entre les deux voisins Nord-Américains ? 

Les enjeux migratoires occupent une place cruciale dans les relations bilatérales entre les États-Unis et le Mexique. S’ils ont toujours constitué un sujet de crispation, le niveau de tension entre les deux pays n’a jamais été aussi élevé depuis la crise des années 1980. Depuis la campagne présidentielle et à ce jour, l'administration de Donald Trump a en effet adopté une rhétorique très extrême et raciste, accusant les Démocrates de laxisme face à l’immigration mexicaine. Or, Barack Obama a appliqué la réglementation migratoire de manière très stricte lors de ses deux mandats, durant lesquels le nombre de mexicains déportés a atteint des records. Dans le même temps, il était parvenu à apaiser les relations diplomatiques avec le Mexique, un travail aujourd’hui compromis par les déclarations très violentes du président Trump envers son voisin mexicain. 
 
La migration mexicaine et sud-américaine vers les États-Unis a également pris un nouveau visage : celui des familles. La crise migratoire entre les États-Unis et ses voisins se cristallise désormais sur la séparation de ces familles à la frontière sud du pays. Si la Cour suprême des États-Unis a ordonnée leur réunification, des milliers d’enfants restent séparés de leurs parents, et certains d’entre eux n’ont pas été recensés par l’administration américaine. Le processus de réunification familiale prendra donc du temps. Cette situation influence la vision qu’ont les Mexicains de la caravane de migrants venus du Honduras, qui les renvoie souvent à leur propre expérience d’exil. 
 
L’administration du président Peñaa rapidement réagi
face à l’arrivée de migrants honduriens à la frontière sud du Mexique. Il a fait appel à l’Organisation des Nations Unies pour gérer au mieux le flux et les demandes d’asile, et a offert des visas temporaires aux arrivants. Ces visas leur permettent de travailler, de bénéficier des services de santé mexicains, et d'inscrire leurs enfants à l’école en attendant que leur demande d’asile soit traitée.  
 
La gestion de l’immigration par le Mexique doit être étudiée à la lumière de sa relation avec les États-Unis. En effet, le gouvernement mexicain filtre les flux migratoires vers l’Amérique. Ainsi, une minorité de migrants venus d’Amérique centrale, mais également d’autres régions, comme le Moyen-Orient, arrive jusqu’à la frontière américano-mexicaine. Cette situation implique que le Mexique absorbe un nombre important d’immigrés. C’est un défi de taille pour ce pays, dont 40 % de la population vit dans la pauvreté. 

D’après une étude du Pew Research Center conduite entre 2009 et 2014, le solde migratoire net entre le Mexique et les Etats-Unis serait négatif. Comment expliquer cette dynamique ?

Cette étude est en effet très intéressante car elle contribue à décrédibiliser le discours du Président Trump, qui associe le Mexique aux autres pays situés au sud des Etats-Unis. Quand on regarde précisément les chiffres, en effet, le nombre de Mexicains qui rentrent dans le pays est supérieur à celui de ceux qui quittent le Mexique pour migrer vers le Nord, tendance qui se réaffirme depuis une dizaine d’années déjà. 

Cette baisse du nombre de départs du Mexique pour les Etats-Unis, peut s'expliquer par trois facteurs :

Quand on regarde précisément les chiffres, le nombre de Mexicains qui rentrent dans le pays est supérieur à celui de ceux qui quittent le Mexique pour migrer vers le Nord.

  • La récession qu’a connu les Etats-Unis dans les années 2008-2009, qui a largement contribué à diminuer l’offre d’emplois ;
  • La régulation plus stricte en matière d’immigration et de déportations aux Etats-Unis pendant les mandats de Barack Obama ;
  • La croissance, modeste certes – 2 % – mais soutenue, au Mexique, qui n’a pas connu de crise économique domestique depuis les années 2000. Auparavant, chaque changement de gouvernement était accompagné de crises économiques, qui provoquaient une hausse de la migration vers le Nord, mais ce n’est plus le cas aujourd'hui. 

 
Cette dynamique trouve également son origine dans un phénomène de retour des émigrés mexicains. Trois facteurs permettent d’expliquer ce phénomène :

  • L’augmentation du nombre de déportations sous Obama ;
  • Le désir grandissant de réunification familiale, de personnes qui avaient migré aux Etats-Unis et envisagent désormais de revenir auprès de leur famille et de chercher des opportunités au Mexique qui n’existaient pas auparavant ;
  • L’effet Trump, qui a instauré une persécution des immigrés par les polices locales et même menacé de bloquer l’aide qu’ils envoient depuis les Etats-Unis à leurs familles restées au Mexique.
     

Crédit photo : Guillermo Arias / AFP

 

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