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Bras de fer technologique : l’Europe dans la compétition ? Trois Questions à Gilles Babinet

BLOG - 2 Octobre 2018

Par Institut Montaigne

L’Europe semble être la grande retardataire d’une course technologique à laquelle se livrent les deux superpuissances que sont la Chine et les Etats-Unis. Les géants tels que Google, Amazon et Facebook outre-Atlantique, et Baidu, Alibaba, Tencent et Mi en Chine révolutionnent les usages en s’appropriant des utilisateurs bien au-delà de leurs frontières nationales. Cette compétition féroce remet en question la position de l’Europe dans l’échiquier technologique mondial. Gilles Babinet, contributeur sur les questions numériques à l’Institut Montaigne, nous livre son analyse.

Eric Schmidt, ancien président-directeur général d’Alphabet, prédit que l'Internet sera scindé entre un Internet chinois et un Internet américain. Qu'entend-il par là ?

Eric Schmidt dispose d’une capacité d’analyse hors du commun, ayant passé des décennies au sein du monde technologique et ayant accompagné Google dans ses phases de développement les plus importantes. Néanmoins, pour paraphraser Edgar Morin qui nous dit que la constante de l’histoire, c’est la rupture, j’aurais tendance à dire que cela est encore plus vrai dans la technologie. Pour l’instant, il est difficile de contester que la Chine et les USA disposent d’un avantage a priori difficile à rattraper. Il ne faut cependant pas exclure que des politiques publiques fortement orientées vers un rattrapage de l’Europe et de ses Etats membres se mettent en place dans les années à venir. Le fait que cet univers technologique soit composé de cycles en rupture forte avec les phases qui précèdent offre régulièrement l’opportunité de nouveaux points d’entrée. Par exemple, en ce qui concerne la blockchain, il paraît contestable d’affirmer que la Chine ou les USA ont un leadership aussi certain que dans les autres domaines. 

Quelle place prend le numérique dans le projet chinois des nouvelles routes de la soie ?

Il est difficile de définir précisément ce que contiennent les parties numériques des routes de la soie ; on peut cependant sans grand risque extrapoler les politiques menées par l’Etat chinois dans le domaine technologique pour envisager ce qui sera mis en place. Par le passé, le gouvernement chinois a montré une sensibilité particulière aux sujets de normalisation technologique. La Chine propose ainsi de créer une nouvelle instance aux côtés de l’autorité de régulation des transports à l’ONU pour ce qui est de la normalisation de la voiture autonome. Aucune ingénuité dans cette tentative : il s’agit en fait de créer un contexte qui soit plus favorable aux normes chinoises, qui pourraient ainsi être étendues à l’ensemble de la planète. On a observé le même type d’approche par le passé dans le domaine du Wifi, de la 5G ou encore dans celui des smartgrids dont la Chine souhaite devenir un leader

Il ne fait donc que peu de doutes que la Chine va également utiliser ces corridors pour pousser ces technologies. Pour l’instant, les différents axes développés ont systématiquement fait l’objet d’installation de puissants faisceaux de fibres. Datacenters, réseaux hertziens, voire écoles de formation devraient naturellement suivre. Des entreprises très proches du gouvernement chinois comme Huawei, Baidu, Tencent, ou ZTE ne devraient pas être en reste. 

L'Europe peut-elle maintenir une capacité d'influence forte dans un monde où les principaux acteurs technologiques et économiques sont étrangers ?

Partout, l’Europe reste considérée comme une zone de premier plan en matière de recherche fondamentale et appliquée. Elle reste d’ailleurs devant les Etats-Unis et la Chine aussi bien en nombre de prix Nobel qu’en nombre de publications scientifiques dans des revues à comité de lecture. Simplement, il n’y a pas de coordination de ces efforts et la déperdition d’énergie et de moyens y est importante. 

A maints égards, l’Europe est à nouveau à la croisée des chemins. Elle peut refuser l’Histoire et ne pas mettre en oeuvre son formidable capital humain, ce qui lui permettrait pourtant de s'ériger en un modèle différent par rapport à la Chine et aux Etats-Unis dans la façon dont elle utilise les technologies, notamment pour en faire un usage plus inclusif. Elle peut également continuer à avoir une approche court-termiste vis-à-vis de l’Afrique, des flux migratoires. Dans ce cas, elle va rapidement décroître démographiquement et à long terme rejoindre le Moyen Orient comme creuset historique d’une grande part de l’Histoire occidentale, mais où l’inscription dans la modernité est pour le moins difficile. C’est d’ailleurs pour cela que l’élection européenne qui vient est probablement d’une importance toute particulière. Au risque de se répéter, ce qui reste évident, c’est que le potentiel de l’Europe est incroyablement sous-exploité. 

 

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