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Coronavirus et Afrique - en Afrique du Sud, une réponse rapide et décisive

BLOG - 3 Avril 2020

Avec plus de 1 400 cas confirmés, l’Afrique du Sud est le pays africain le plus touché par la pandémie. Le premier citoyen malade a été déclaré le 5 mars, près de trois mois après le déclenchement de l’épidémie en Chine, et les premières victimes ont été recensées le 27 mars dans les hôpitaux de la province méridionale du Cap-Occidental. La veille, le pays entier s’est retrouvé en état de confinement, à la suite du discours prononcé par le Président Ramaphosa le 23 mars. Les restrictions sont parmi les plus extrêmes au monde : les Sud-Africains ne sont autorisés à quitter leur domicile que pour des biens et services essentiels (n’incluant pas les cigarettes, l'alcool et l'exercice physique en plein air). Comment la situation peut-elle évoluer dans les semaines à venir ? Quelles sont les mesures imposées par le gouvernement ? Le système de santé du pays est-il à même de faire face à la crise ? À quelles conséquences économiques faut-il s'attendre ? Le docteur Shivani Ranchod, chercheuse au sein du programme de recherche sur l'assurance maladie nationale de l'Inclusive Society Institute, répond à nos questions.

Quelle est la situation sanitaire actuelle en Afrique du Sud ? Comment pourrait-elle évoluer dans les semaines à venir ?

Comme partout ailleurs dans le monde, la situation en Afrique du Sud évolue rapidement. Nous avons franchi le cap des 1 000 cas et comptabilisons cinq décès. Nous avons atteint le stade de la transmission locale mais peinons à déterminer si la transmission locale est toujours une transmission regroupée, ou si nous faisons désormais face à une transmission communautaire. Cependant, avec plus de 1 000 cas, la transmission communautaire semble plus probable.

Quelle est la stratégie adoptée par le pays pour lutter contre l'épidémie ?

Depuis le 27 mars, nous sommes dans une situation de confinement national. Cette mesure est nécessaire compte tenu de la vulnérabilité de la population sud-africaine en termes de maladies existantes, du niveau de pauvreté élevé, et de la densité importante de la population urbaine.

Depuis le 27 mars, nous sommes dans une situation de confinement national, avec un accès restreint aux services essentiels et une population, pour la plus grande partie, contrainte à rester à son domicile. Cette mesure est nécessaire compte tenu de la vulnérabilité de la population sud-africaine en termes de maladies existantes, du niveau de pauvreté élevé, et de la densité importante de la population urbaine. En effet, la forte prévalence du VIH, de la tuberculose, du diabète et de l'hypertension nous expose tous à des risques élevés. Le gouvernement sud-africain a agi de façon plus rapide et décisive que la plupart des gouvernements dans le monde : il a déclaré l’état d'urgence à peine neuf jours après la détection du premier cas de transmission locale.

Le système de santé est-il suffisamment résistant pour faire face à l'épidémie ?

En comparaison avec les pays développés, nous disposons d'un nombre relativement faible de professionnels de santé, d’appareils respiratoires et de lits d'hôpitaux, en particulier de lits d'unités de soins intensifs (USI) : 2,2 lits pour 1 000 et 0,09 lit d'USI pour 1 000. Notre système de santé privé dispose de ressources plus importantes que le système public, c'est pourquoi une stratégie évidente consiste à mettre en commun les ressources de façon temporaire, afin de maximiser la capacité d’accueil pour l'ensemble de la population. Nous avons pu développer des tests de dépistage dans les secteurs public comme privé, grâce à la mise en place de centres de dépistage accessibles depuis les voitures des patients ("drive-through") la semaine dernière, à l'augmentation du nombre de laboratoires publics, et à l'obtention de résultats de tests plus rapides. Cela permettra d'accroître le nombre de tests réalisés et d'améliorer la réponse à la crise. La semaine dernière a également été marquée par un certain assouplissement de la régulation en matière de télémédecine, ce qui contribuera à alléger les contraintes pesant sur le système.

Seul l'aplatissement de la courbe permettra d'éviter que le système de santé sud-africain ne soit débordé.

Quel sera l'impact économique du coronavirus en Afrique du Sud ?

L’instauration du confinement a eu pour effet de cristalliser les implications économiques de la pandémie. Les conséquences économiques sont désastreuses, car l'Afrique du Sud dispose d'une marge de manœuvre budgétaire limitée, et son économie est déjà en situation de récession, comme l’indique la contraction de 1,4 % au 4e trimestre 2019.

L'aide de l'État aux petites et moyennes entreprises est dérisoire par rapport à l'ampleur potentielle des retombées économiques. En ce qui concerne la pression économique sur les entreprises, une augmentation spectaculaire du chômage est à prévoir (sur une base déjà élevée : 38,7 % selon la définition élargie).Le Fonds d'assurance chômage versera une allocation de l’ordre du salaire minimum aux chômeurs en raison du confinement. Ainsi, 18 % des personnes employées pourront devenir chômeurs et toucher ces allocations, même s’il n'est pas certain que cette mesure soit suffisante (comme le signalent les premiers chiffres concernant le chômage aux États-Unis). On s'inquiète également de la capacité opérationnelle à permettre un traitement à grande échelle des prestations, ainsi que des implications à plus long terme pour la viabilité du Fonds. Bien que le Fonds dispose d'un excédent, la baisse de la valeur des investissements, la réduction du nombre de cotisants et la forte augmentation des demandes de remboursement risquent de l'éroder rapidement.

Le Fonds n'atteint que les personnes disposant d’un emploi formel. Heureusement, le système d'aide sociale existant permettra de maintenir un flux de fonds vers les ménages. Cependant, il sera bien plus difficile de venir en aide aux travailleurs sans papiers et à l’important secteur informel. De la même manière, les personnes qui ne relèvent d'aucun des systèmes de sécurité sociale existants seront les plus difficiles à atteindre.

Les implications à court terme pour l'emploi directement liées au confinement ne sont que la partie visible de l'iceberg : la faiblesse des devises, la fermeture des frontières, l'effondrement des marchés boursiers mondiaux et les répercussions économiques continueront à avoir un impact négatif sur l'emploi et les revenus des ménages au cours des prochains mois.

Aux conséquences économiques s'ajoute une série de préoccupations sociales, notamment l'impact potentiel de la fermeture des écoles sur les inégalités en matière d'éducation et de bien-être des enfants. À titre d’exemple, 80 % des enfants en Afrique du Sud fréquentent une école mettant à leur disposition de la nourriture.

La faiblesse des devises, la fermeture des frontières, l'effondrement des marchés boursiers mondiaux et les répercussions économiques continueront à avoir un impact négatif sur l'emploi et les revenus des ménages.

Quelles sont vos recommandations pour les organes décisionnels et la population sud-africaine ?

En ce qui concerne le virus, l'Afrique du Sud a agi à la fois de manière précoce et décisive. Nous devons agir rapidement pour négocier un meilleur accès aux soins avec les fournisseurs privés. Il convient également de prendre des mesures plus fermes pour autoriser la télémédecine, à la fois pour améliorer l'accès et pour protéger notre corps médical.

Notre réaction rapide a fortement affecté notre économie, avec des conséquences sociales considérables. Dans les semaines à venir, le gouvernement doit se concentrer sur l'extension du filet de sécurité sociale et la réduction de la pauvreté, notamment pour le grand nombre de travailleurs sans papiers dans le pays. La pauvreté est également source de mortalité.

 

 

Copyright: Phill Magakoe / AFP

 

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