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L’école et les 4 "C" : créativité, coopération, communication et critiques constructives pour une confiance retrouvée

BLOG - 12 Mars 2015

Par Institut Montaigne



D?après l'étude menée par Yann Algan et Pierre Cahuc(1), la France est l'un des pays où les individus ont le moins confiance dans leurs institutions mais aussi envers leurs concitoyens. Cette "société de défiance" qui gangrène tous les secteurs de notre économie, nourrit également un échec scolaire endémique. Selon une enquête réalisée en mars 2013, un enfant sur quatre n'a pas confiance en lui et en sa capacité à réussir et près de 40 % des élèves envisagent leur avenir avec inquiétude.

Peut-on transformer le système scolaire de manière à pouvoir enfin sortir de cette spirale de défiance ? L’école peut-elle donner confiance aux générations futures ? Dans la lignée de notre ouvrage Et la confiance, bordel ? , nous nous sommes associés au Groupe SOS pour l’organisation de la dernière UP Conférence du 4 mars 2015, interrogeant ces problématiques.
Les intervenants, Catherine Billard (neuropédiatre), Yann Algan (économiste), Jacques-Antoine Malarevicz (médecin psychiatre) et François Taddéi (biologiste et directeur du Centre d’études interdisciplinaires), ont répondu aux questions de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne et modérateur des échanges à cette occasion.

Un constat partagé : un système scolaire qui peine à créer de la confiance

Pour Yann Algan, le mal-être français est un mal-être collectif lié à la difficulté de se projeter dans une société trop verticale. En milieu scolaire, cette verticalité s’exprime par la singularité des méthodes employées. Selon l’économiste, deux tiers des enfants de 13 ans déclarent n’avoir jamais connu d’autre format d’enseignement que celui d’un cours magistral. Les élèves se heurtent donc à une absence de réciprocité avec leurs enseignants mais aussi à un manque de coopération avec leurs camarades. La coopération et la confiance en soi ne sont donc pas seulement des héritages culturels ou familiaux, mais sont aussi abondamment façonnées par les parcours pédagogiques.

Pour François Taddéi, le système d’enseignement étant conçu comme une compétition des enfants les uns contre les autres, il crée de facto des gagnants et des perdants dans cette course à la note. Pour créer de la confiance, François Taddéi conseille de prendre exemple sur le système finlandais, qui offre un cadre de liberté et de coopération aux élèves. Selon lui, il est primordial de travailler sur les "4 C" : créativité, coopération, communication et critiques constructives afin de renforcer la confiance des élèves en eux et entre eux. En effet, pour Jacques-Antoine Malarevicz, la confiance en soi est aussi importante que la confiance en l’autre. Plus loin, ces confiances se nourrissent l’une de l’autre. Il est donc nécessaire de développer la coopération et la communication de manière plus horizontale, entre les élèves mais aussi entre les élèves et les professeurs.

Faire le pari de la confiance à l’école : quel rôle des enseignants ?

Les enseignants sont insuffisamment formés pour aider les élèves à développer leurs compétences sociales et relationnelles. Antoine Malarevicz pointe justement le fait que l’acquisition des savoirs être est aussi importante que celle des savoirs.

Pour François Taddéi, l’enseignant doit se poser en chercheur de solutions. Sa formation initiale doit lui fournir différentes méthodes pédagogiques afin qu’il puisse apporter une réponse satisfaisante aux problèmes rencontrés par les élèves. Le directeur du CRI a cité Edgar Morin, pour qui il est nécessaire d’avoir "une connaissance de la connaissance", c’est-à-dire de comprendre les schémas d’apprentissage des enfants, pour pouvoir délivrer un enseignement de qualité. À cet égard, la pratique des enseignants devrait se nourrir davantage des avancées de la recherche en sciences cognitives.

De même, pour Catherine Billard, l’enseignant doit savoir et pouvoir tenir compte de l’individualité de chaque enfant. La neuropédiatre note en effet de grandes différences entre les enfants, même à difficultés constantes. Il s’agit de leur porter un regard attentif et bienveillant afin d’être en mesure d’apporter une solution efficace à chaque problème. Plus loin, il est important que les enseignants ne se retrouvent pas seuls face aux enfants en difficulté. Des synergies doivent être trouvées, notamment avec le domaine de la santé pour répondre de manière efficace aux obstacles rencontrés par les enfants atteints de troubles "dys" (dysphasie, dyslexie, dysorthographie, dyspraxie).

Ainsi, tous les intervenants pointent la nécessité d’investir dans la capacité des enseignants à s’adapter au changement. Il faut "créer de la confiance dans le mouvement" : le système est statique car tous les acteurs pensent que les autres ont un intérêt à le conserver tel qu’il est. Yann Algan note ainsi que l’Éducation nationale ne consacre aucun budget à la gestion de ses ressources humaines. Il serait bon qu’ils puissent être plus mobiles professionnellement et qu’ils aient l’opportunité de développer de nouvelles compétences pour s’adapter au changement. Il y a en France un vrai problème de résistance à la nouveauté alors que, pour François Taddéi, le pays aurait intérêt à former des "rebelles compétents".

Il serait également judicieux d’impliquer les enfants dans un processus de refonte des méthodes pédagogiques : quel type d’école aimeraient-ils avoir ? Pour Yann Algan, il est important de développer l’autonomie décisionnelle des enfants et de laisser un vrai espace aux enseignants pour pouvoir innover dans la transmission du savoir.

(1) La société de défiance. Comment le modèle social français s'autodétruit, par Yann Algan, Pierre Cahuc, 2007, Coll. Cepremap, éditions rue d'Ulm

 

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