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Les 10 principaux enjeux des JO 2024

BLOG - 14 septembre 2017

 

C'est fait ! Paris accueillera les Jeux Olympiques en 2024, 100 ans après la dernière édition organisée dans la capitale. En compétition avec Los Angeles, Paris a su se démarquer grâce à un dossier prometteur, s'appuyant sur un grand nombre d'infrastructures déjà existantes, mais aussi grâce aux retraits successifs des autres candidats (Boston, Hambourg, Rome, Budapest). Pourtant, les inquiétudes autour de l'organisation de cet événement sont nombreuses, notamment concernant le respect du budget alloué à l'organisation. L'Euro 2016 de football, organisé en juin dernier, avait fait l'objet de critiques similaires. Outre la dimension économique, dont nous ne minimisons pas ici l'importance, de nombreux autres impacts sont attendus. Alors, quels sont les défis à relever dans l'organisation des JO de 2024 ? Réponse en 10 points.

1-L’attractivité de la France

Les chiffres positifs du tourisme 2017 viennent masquer des difficultés systémiques propres au tourisme français et identifiées dans le dernier rapport de l’Institut Montaigne sur le sujet. Paris pourrait profiter des Jeux Olympiques pour renforcer durablement son attractivité. Certes, un effet d’éviction est attendu (certains touristes ne viendront pas à Paris pour éviter l’agitation autour des Jeux), mais il devrait être moins significatif que la hausse de touristes venus supporter leur pays : près de 20 000 chambres d’hôtel seront créées d’ici 2020 pour répondre à la plus forte demande.

L’accueil des jeux olympiques permettrait à la France de renforcer son soft power, les Jeux Olympiques étant une opportunité de mettre en avant la culture, les valeurs et l’image d’un pays aux yeux du monde, comme l’a bien montré l’exemple chinois des JO de Pékin en 2008. Mais il faudra pour cela que l’événement soit une réussite.

2-L’écologie

Les objectifs annoncés sont ambitieux : 25 % de réduction des GES en 2020 par rapport à 2004 ; soutien à l’économie circulaire permettant une réduction des déchets ; promotion des mobilités actives et électriques : la ville de Paris a fait du volet écologique un atout de taille pour glaner l’organisation des Jeux, dans la lignée des accords de Paris sur le climat.

Par ailleurs, 95 % des sites accueillant athlètes et compétitions étant déjà construits (70 %) ou temporaires (25 %), l’impact environnemental des constructions nécessaires à la tenue de l’événement pourrait être grandement limité.

3-La mobilité

Comment garantir à tous les Parisiens - résidents comme touristes - une mobilité fluide, durable et accessible durant cette période ? C’est un casse-tête qui attend la ville de Paris, mais celui-ci doit être le catalyseur d’une réflexion en amont sur la mobilité urbaine de demain. Alors qu’un Parisien perd aujourd’hui 38 minutes par jour dans les embouteillages, et que neuf voitures sur dix ne contiennent qu’un occupant - le conducteur -, le récent rapport de l’Institut Montaigne Quelle place pour la voiture demain ? indique les voies à suivre pour répondre aux défis de l’automobile en centre-ville : étude du trafic en temps réel, meilleur appariement entre offre et demande de transport, encouragement à la conduite vertueuse, etc.

4-Les infrastructures

Contrairement aux Jeux Olympiques de Londres ou de Barcelone, qui ont initié le renouveau urbain de ces deux métropoles, les JO 2024 de Paris interviennent dans un contexte de mutation urbaine déjà entamée, à savoir le Grand Paris : ce projet lancé en 2008 vise à créer de nouveaux pôles économiques autour de Paris, ainsi qu’un réseau de transport public performant et plus inclusif - avec notamment un meilleur lien entre la capitale et ses aéroports.

Pharaonique, ce projet fait partie intégrante du dossier de candidature de Paris. Selon le Cabinet JLL, la capitale française devrait s’éviter des retards qui viendraient compromettre l’organisation de l’événement : le Grand Paris, dont les travaux devraient s’achever d’ici 2030, intègre ainsi une étape intermédiaire cruciale dans son développement.

5-Le budget

Avec un budget prévisionnel de 6,8 milliards d’euros, les JO de Paris s’annoncent dispendieux... sans compter les éventuels dépassements de budget souvent constatés dans des événements d’une telle envergure. En effet, selon deux chercheurs d’Oxford, les budgets des JO des villes organisatrices ont été dépassés en moyenne de 179 % ! À titre d’exemple, Londres, en 2012, a déboursé plus de 11 milliards d’euros, alors que son budget initial était fixé à 4,8 milliards.

Contrairement à ses prédécesseurs, la ville lumière a fait le choix de s'appuyer sur ses infrastructures existantes et devrait donc mieux maîtriser ses investissements en la matière. Mais certaines dépenses, comme la sécurité, sont difficiles à estimer. Dans un contexte marqué par la volonté de maîtriser et réduire la dépense publique, une grande attention sera portée aux retombées économiques de l’événement.

6-La création d’emplois

Selon l’étude d’impact réalisée par le CDES (Centre de droit et d’économie du sport), près de 250 000 emplois devraient être créés pour l’organisation de la compétition (répartis entre organisation, tourisme et construction). En observant le cas londonien, le CDES a estimé que la moitié de l’impact économique se concentrerait sur l’année 2024, contre 30 % en amont et 20 % en aval. Comme pour chaque événement sportif de cette envergure se tenant en France (comme le Tour de France), ces retombées économiques pourront bénéficier aux petites et moyennes entreprises françaises. Il faut pour cela une action volontariste des pouvoirs publics, qui devraient voir leurs carnets de commande se remplir pour l’occasion.

7-La cohésion sociale

En accueillant les Jeux Olympiques, Paris s’offre une opportunité majeure pour renforcer la cohésion sociale du pays, en proie à de nombreuses inégalités et discriminations (raciale, de genre, d’orientation sexuelle, de religion, etc.). Celles-ci, relevées en mai dernier par l’Observatoire des inégalités, persistent voire s’amplifient, notamment les inégalités économiques.

Par la transmission de valeurs de solidarité, d’engagement citoyen, mais aussi d’égalité entre hommes et femmes, une telle compétition peut générer un enthousiasme et une prise de conscience des pouvoirs publics comme de la population. Mais il faut pour cela s’assurer du soutien des citoyens, notamment des populations les moins favorisées, qui pourraient voir dans cet événement une utilisation maladroite des fonds publics.

8-La sécurité nationale

Comme l’indique le comité Paris2024 dans son dossier de candidature, le risque terroriste est perçu comme "élevé", du fait des récents attentats ayant frappé la capitale. La sécurité sera donc l’un des enjeux clés de cette compétition, et un travail supplémentaire attend les pouvoirs publics pour rassurer la population : mais la réussite de l’Euro 2016 démontre qu’il est possible d’organiser avec succès un événement international tout en garantissant la sécurité des participants. Rétablir une cohérence d’emploi des ressources sur l’ensemble du territoire constitue un prérequis à l’organisation de ces Jeux, comme le rappelle le rapport de l’Institut Montaigne Refonder la sécurité nationale, de septembre 2016.

9-Les zones les plus défavorisées

La tenue des Jeux Olympiques à Paris pourrait être une opportunité de transformation pour la capitale, mais aussi pour ses départements limitrophes, comme la Seine-Saint-Denis qui accueillera le village olympique en 2024. Dans une logique de "régénération urbaine", plus de 3 500 nouveaux logements éco-responsables vont être créés à cette occasion et bénéficieront, à terme, aux habitants du département.

Pour s’assurer que ces travaux bénéficient à la population locale, l’exemple de Stratford, réaménagé en vue des JO de Londres, doit être suivi : ce quartier de l’Est londonien, autrefois vétuste, bénéficie aujourd’hui d’infrastructures modernes et accessibles après avoir accueilli le village olympique en 2012.

10-La pratique sportive et le bien-être

Avec 17 millions de licences délivrées chaque année et 52 % des Français déclarant pratiquer un sport au moins une fois par semaine selon un sondage BVA, le sport et ses bienfaits font de plus en plus d’émules en France. L’envergure d’un tel événement donne généralement un élan immédiat à la pratique sportive, comme ce fut le cas en Chine ou au Royaume-Uni (+1,2 % de la population anglaise pratiquant du sport en octobre 2012 par rapport à octobre 2011, les JO s’étant tenus en août 2012). Néanmoins, ce sursaut est surtout visible à court terme. Tout l’enjeu réside dans l’impact à long terme sur la pratique sportive, qui doit être le fruit d’une stratégie globale de la part des pouvoirs publics.

Les Jeux Olympiques, un défi autant qu’une opportunité

En février 2017, "seulement" 63 % des Français apportaient leur soutien à la candidature française, (ils étaient 78 % à Los Angeles). Plus inquiétant encore, 23 % des Français interrogés se déclaraient opposés aux Jeux. Devant ce scepticisme, la meilleur des réponses réside dans l’organisation de Jeux Olympiques économiquement viables, éco-responsables, et moteur de cohésion sociale.

Le dossier de candidature présenté au CIO répond à ces exigences de façon prometteuse, mais l’Histoire nous montre que les Jeux Olympiques sont rarement à la hauteur des attentes pour le pays hôte. Il reste sept ans pour faire de l’édition parisienne l’exception qui confirme cette règle.
 

 

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