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La Chine veut-elle être un modèle alternatif ?

BLOG - 23 mars 2018

Cette année, la session du Parlement chinois, exercice routinier et peu conséquent (notamment par rapport au congrès du Parti communiste qui se tient tous les cinq ans), avait été précédée d’une annonce explosive : les députés chinois voteraient la levée de la limite des deux mandats présidentiels dans la Constitution, permettant ainsi à Xi Jinping, secrétaire général du PCC, de se maintenir à la tête de l’État indéfiniment.

Depuis quelques jours, c’est chose faite. Le reste de la planète est en droit de se demander à quelle Chine il va désormais s’adresser. À un régime dictatorial qui cherche à imposer sa marque aux quatre coins du monde, et cache de moins en moins sa volonté d’en découdre avec l’Occident ? Ou à une Chine toujours ouverte sur le monde, prête à ouvrir son marché et à coopérer sur des marchés tiers, quitte à devenir l’investisseur principal ? Les réformes - économiques tout au moins - sont-elles toujours à l’ordre du jour ?

À cet égard, l’année 2017 a donné quelques indications claires. Les discours de Xi devant le forum de Davos, en janvier, puis devant le 19e congrès en octobre, ont révélé une détermination du régime à offrir son "modèle" de gouvernance à tous ceux qui le souhaitent : du Moyen-Orient à l’Asie, en passant par nombre de pays africains, voire du Pacifique.

Autoritarisme politique et capitalisme contrôlé

La Chine entend se placer au centre du jeu géopolitique. Et même si elle n’a pas encore la puissance militaire des États-Unis, "elle ne peut plus se contenter d’être seulement une puissance économique", déclarait, il y a quelques jours, Yan Xuetong, un universitaire chinois proche de la faction dirigeante. La nouvelle base militaire chinoise de Djibouti, inaugurée en août 2017, constitue un signal de poids. De même, sur le plan diplomatique, Pékin entend développer son influence dans les institutions internationales existantes (notamment le système onusien) et dans celles qu’elle est en train de mettre en place, telles la Banque asiatique pour les investissements dans les infrastructures (BAII) ou le label Belt and Road, qui s’affiche désormais dans la plupart des initiatives chinoises - économiques, scientifiques, culturelles ou éducatives.

Cinq ans après son lancement par Xi Jinping au Kazakhstan et en Indonésie, ce concept se veut la réponse à la domination occidentale depuis 1945. Une idée bien reçue dans de nombreux pays, malgré les incertitudes de financement à long terme.

À l’étranger, certains se sont fait les porte-parole officieux du système chinois. Dans les pays du Golfe, on ne tarit pas d’éloges sur le modèle de Pékin : autoritarisme politique, capitalisme (contrôlé). À écouter certains dirigeants d’Europe de l’Est notamment, on peut s’interroger sur leur zèle à défendre le régime de Pékin en dépit de ses aspirations non démocratiques. Est-ce le système chinois que veulent la Hongrie, la République Tchèque ou la Serbie pour les citoyens qui les ont élus ?

Les velléités chinoises dans le domaine économique, sous couvert d’une route de la soie parfois unilatérale, apportent aussi une indication quant au type de relation que la Chine pourrait imposer à ses partenaires s’ils restaient passifs, voire demandeurs. D’où l’impérieuse nécessité d’aboutir à une politique européenne commune afin de mettre en exergue les atouts de l’UE, à commencer par des valeurs qui - à l’heure de Donald Trump aux États-Unis, du Brexit et du basculement de plusieurs pays dans le camp du populisme - constituent autant de remparts face à la concurrence des régimes non démocratiques.

 

Avec l'aimable autorisation de Ouest France (paru le 15/03/2018).

 

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