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Présidentielle 2022 : (r)éveiller le débat

ARTICLES - 24 Février 2022

Dans moins de deux mois se tiendra le premier tour de l’élection présidentielle française. 

Comme lors de chaque grand rendez-vous électoral de notre pays, l’Institut Montaigne réalise une analyse détaillée des mesures clés des programmes des principaux candidats. Ce travail de fond, à destination des citoyens et des acteurs politiques et économiques, nous semble indispensable car il contribue à la crédibilité de la parole et de l’action politique, en incitant les candidats et les partis à davantage de responsabilité et de transparence dans leurs engagements électoraux. 

Il permet par ailleurs de donner à chacune et chacun des éléments factuels pour apprécier et comparer les programmes des candidats, tout en plaçant au cœur de la campagne les enjeux financiers, budgétaires et environnementaux, trop souvent parents pauvres de ces échéances électorales.

Un début de campagne animé, mais sans relief

Alors que la date fatidique approche, que retenir de ces dernières semaines ? 

Une première observation concerne le caractère paradoxal de ce début de campagne : si la plupart des candidats à la présidentielle ont révélé leur programme, ou a minima un grand nombre de propositions qu’ils souhaitent porter dans le débat public, peu de mesures ont jusqu’ici "marqué" l’opinion. En 2017, le revenu universel de Benoît Hamon ou la sortie de l’euro de Marine Le Pen avaient cristallisé l’attention et marqué les esprits. En 2022, la formule de Brice Teinturier, reprise par Dominique Seux, de "campagne Tefal" résume parfaitement la situation : pour les candidats, il est difficile, à ce stade de la campagne, d’attirer le regard des citoyens à travers des mesures concrètes.

Rarement une campagne présidentielle n’aura été aussi peu passionnée, alors même que les candidats ont avancé de nombreux pions pour conquérir leur électorat.

Comment expliquer ce phénomène ? Est-ce dû à la candidature retardée du chef de l’État, Emmanuel Macron, qui repousse de fait le débat à quelques semaines avant le premier tour ? Est-ce un contrecoup de la crise du Covid-19 et du "quoi qu’il en coûte" qui aura, quoi qu’on en dise, protégé les Français et leur pouvoir d’achat en mobilisant des moyens rarement atteints jusqu’ici, rendant toute mesure d’une moindre ampleur non digne d’intérêt ? Est-ce un manque de vision portée par les candidats ? Ou encore une conséquence du manque de clarté sur l’éventail des candidats qui seront finalement sur la ligne de départ le jour J ?

Les causes sont multiples, mais les conséquences facilement observables : rarement une campagne présidentielle n’aura été aussi peu passionnée, alors même que les candidats ont avancé de nombreux pions pour conquérir leur électorat.

Des propositions pourtant déjà sur la table

Quelles sont ainsi les principales thématiques qui ressortent, aujourd’hui, des programmes électoraux ?

Le pouvoir d’achat, problématique déjà centrale durant la crise du Covid-19 et préoccupation principale des Français, semble à nouveau avoir les faveurs des candidats. Revalorisations du SMIC, exonération d’impôt sur le revenu, baisse des charges salariales et cotisations patronales, baisse de la TVA : nombreuses sont les approches proposées pour augmenter le revenu réel des Français et leur capacité à consommer. Pour inciter à la dépense de l’épargne accumulée, la question des droits de succession - qui a fait l’objet d’un focus de l’Institut Montaigne - figure aussi parmi les thèmes phares de ce début de campagne, parce que celle-ci divise encore les candidats selon le spectre "gauche/droite".

Les enjeux énergétiques et environnementaux, au cœur des fractures idéologiques, ont aussi une place importante dans le débat actuel. Deux angles sont aujourd’hui priorisés par les candidats. Le premier, relativement consensuel, concerne la nécessité de répondre à l’augmentation importante des prix de l’électricité et du gaz et fait le lien entre pouvoir d’achat et énergie : comment rendre ces hausses de prix acceptables pour la population ? Le second, plus sujet à désaccord, concerne les technologies à privilégier : faut-il, ou non, lancer la construction de nouveaux EPR ou au contraire accélérer la sortie du nucléaire ? Quel investissement pour les énergies renouvelables comme l’éolien ?

Un troisième sujet qui figure à l’agenda de tous les candidats est celui de la santé : si 8 Français sur 10 estiment que le sujet de la santé n’est pas suffisamment bien traité par les candidats en campagne, il est néanmoins possible de relever quelques propositions mises dans le débat public. Il s’agit principalement de mesures de recrutement massif de soignants sur le prochain quinquennat, de revalorisation de salaires, ou encore d’une évolution du financement de notre système de soins à travers la fin de la tarification à l’acte : d’ampleurs différentes, les approches des candidats sont globalement alignées sur le sujet.

Au-delà de ces thématiques qui font l’objet de nombreuses propositions de la part des candidats, d’autres sujets trouvent aujourd’hui leur place : pêle-mêle, on retrouve la fiscalité de production, le contrôle de l’immigration (principalement à droite et à l’extrême droite), la réforme des retraites, la politique d’incitation à la natalité, les privatisations de certaines entreprises détenues par l’État, la politique du logement ou encore des mesures ayant trait aux conditions d’octroi du droit de vote… sans qu’aucune de ces thématiques n’ait pour l’instant trouvé un écho conséquent dans le débat.

Quels enjeux à venir ? Entre autres, politique internationale et dépenses publiques

À quoi s’attendre pour les semaines à venir ? Au-delà des sujets qui figurent déjà dans les programmes, parmi les thématiques qui pourraient, d’ici au premier tour, rejaillir et créer des lignes de séparation entre les différents candidats figurent les enjeux de politique internationale et de finances publiques.

L’actualité géopolitique prend, à juste titre, une place médiatique considérable depuis quelques semaines : les tensions entre la Russie et l’Ukraine ou les récents événements au Mali bouleversent ainsi l’agenda. Bien que les enjeux internationaux ne soient habituellement pas décisifs dans le choix des citoyens à l’élection présidentielle, il sera nécessaire, pour chaque candidat, d’affirmer une "carrure" internationale pour pouvoir prétendre à devenir le prochain chef de l’État, et ainsi de témoigner d’une certaine maîtrise de ces questions. 

Il sera nécessaire, pour chaque candidat, d’affirmer une "carrure" internationale pour pouvoir prétendre à devenir le prochain chef de l’État.

Se positionner sur le champ géopolitique est particulièrement important compte tenu du rôle prépondérant qu’est amené à jouer le président en la matière sous la Vème République, d’autant plus qu’Emmanuel Macron a multiplié les efforts dans le but de désamorcer la situation à la frontière ukrainienne et a bénéficié, de ce fait, d’une visibilité notable.

Un autre thème pourrait aussi s’immiscer dans le débat présidentiel : la situation des finances publiques françaises. S’il convient de saluer, dans la plupart des équipes de campagne, la présence d’experts ayant pour mission d’évaluer l’impact financier des programmes des candidats, peu d’entre eux se positionnent aujourd’hui sur des mesures d’économies, la part belle étant donnée à des mesures entraînant de nouvelles dépenses. Les promesses non financées fleurissent et le bouclage budgétaire des différents programmes est plus que jamais incertain.

Pourtant, les candidats à l’élection ne pourront passer outre ce sujet, certes moins gratifiant électoralement, mais pour autant essentiel. Comme le montraient Vianney Bourquard et François Ecalle dans une récente note pour l’Institut Montaigne, à politique inchangée, le déficit et la dette pourraient atteindre des niveaux inquiétants à horizon 2027 (5 % du PIB en 2027 pour le déficit, et 120 % du PIB pour la dette). Des niveaux préoccupants, alors que l’inflation et l’éventuelle remontée des taux d’intérêt pourraient encore complexifier la donne pour les États endettés.

En quelques mots - L’opération présidentielle, un marqueur de l’Institut Montaigne

Comment cette opération fonctionne-t-elle ? Une équipe de plus d’une vingtaine de personnes, composée d’experts des finances publiques et du droit administratif, est mobilisée pour effectuer le chiffrage et l’analyse des programmes des différents candidats. Cette équipe est pilotée par une "équipe cœur" de trois autres experts, qui interagit quotidiennement avec l’Institut Montaigne. Les procédures successives de validation et la collégialité des travaux garantissent la qualité des analyses et des chiffrages. Tous ceux qui contribuent à cette opération s’engagent à ne pas faire partie d’une équipe de campagne, et à travailler dans la plus complète objectivité, garantie par la transparence absolue des sources et des calculs.

Une fois ces analyses réalisées, l’un des atouts de cette opération réside dans la contradiction et l’interaction avec toutes les équipes de campagne, qui sont au cœur de notre démarche. Quelle utilité à cela ? Il est indispensable qu'un dialogue s'engage pour permettre aux candidats de préciser leurs propositions, les hypothèses sur lesquelles ils s’appuient, et l’intention poursuivie derrière telle ou telle mesure. La grande majorité des équipes a répondu présente pour des échanges de fond avec l’Institut Montaigne et les experts que ce dernier mobilise le temps de la campagne. Lorsqu’un désaccord persiste sur l’analyse d’une mesure, celui-ci est expliqué dans l’analyse, et l’estimation du candidat affichée à côté de celle de l’Institut Montaigne.
 

 

Copyright : Ludovic MARIN / AFP

 

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