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  • Une jeunesse plurielle
    Enquête auprès des 18-24 ans

    Rapport - Février 2022
Auteurs
Olivier Galland et Marc Lazar

Olivier Galland est directeur de recherche émérite au CNRS et sociologue spécialiste des questions de jeunesse. Marc Lazar est professeur d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po Paris et Senior Fellow à l’Institut Montaigne.

Quelles sont les caractéristiques qui permettent de définir la jeunesse française ? Les 18-24 ans, en 2022, sont-ils en rupture avec les précédentes générations ?

Cette enquête d’une ampleur inédite, réalisée au mois de septembre 2021 auprès de 8 000 jeunes Français, s’intéresse aux difficultés ressenties par la jeunesse française dans la vie quotidienne, à ses orientations sociétales et politiques ainsi qu’aux effets de la crise du Covid-19 sur la vie des jeunes.

Cette enquête a été réalisée par Harris Interactive, au mois de septembre 2021, auprès de trois échantillons :

  • Un échantillon principal de 8 000 personnes, représentatif de la génération des "jeunes", âgés de 18 à 24 ans au moment de l’enquête ;
  • Un échantillon miroir de 1 000 personnes, représentatif de la génération des "parents", âgés de 46 à 56 ans au moment de l’enquête ;
  • Un échantillon miroir de 1 000 personnes, représentatif de la génération des "Baby Boomers", âgés de 66 à 76 ans au moment de l’enquête.

La constitution des échantillons respectant les critères de représentativité a été établie sur la base de quatre critères : le sexe croisé avec l’âge, la région, la taille de l’unité urbaine, la profession et catégorie socioprofessionnelle (PCS).

Les contacts sélectionnés ont été sollicités par emailing et ont rempli le questionnaire en ligne. Celui-ci a été conçu pour que les enquêtés puissent y répondre dans un temps ne dépassant pas 25 minutes.

L’Institut Harris Interactive a fourni un coefficient de redressement (toujours inférieur à 4, même pour les profils les plus rares, afin de minimiser l’impact du redressement sur les données brutes) pour chacun des échantillons afin de corriger les distorsions, lorsqu’elles existent, entre les données brutes et la structure idéale (respectant strictement les quotas).

Des jeunes heureux

Des jeunes qui se disent heureux et passionnés…

82 % des jeunes Français se disent heureux, et 17 % d’entre eux se disent même très heureux.

Les jeunes se montrent de plus en plus désireux de vivre à l’étranger, et aspirent à plus de mobilité : plus d’un jeune sur cinq souhaite vivre dans un autre pays. Deux jeunesses se contrastent à l’échelle territoriale : une jeunesse rurale plus populaire, souvent active, attachée à cet ancrage local ; une jeunesse urbaine, souvent scolaire ou étudiante, de milieux sociaux plus favorisés et décidée à demeurer dans ce cadre urbain.

Les jeunes déclarent également vouloir choisir plutôt un travail par passion que pour des raisons pécuniaires : pour 42 % d’entre eux, leur choix prioritaire se porte sur un domaine qui les anime. Les jeunes ne sont pas frileux et souhaitent choisir une carrière qui leur permettra de se réaliser personnellement.

…tout en faisant face à des difficultés importantes

Les questions d’argent préoccupent beaucoup les jeunes : 59 % d’entre eux trouvent les questions d’argent difficiles. Ces difficultés matérielles sont par ailleurs clairement corrélées au niveau d’aisance financière de leurs parents.

41 % des jeunes disent également rencontrer des difficultés dans le cadre de leurs études et 28 % s’estiment insatisfaits de leur orientation scolaire. Cette situation a des effets psychologiques beaucoup plus délétères chez les jeunes de faible niveau d’études et est un facteur décisif de mal-être chez beaucoup d’entre eux. 55 % des jeunes de niveau d’étude inférieur au bac et ayant été mal orientés trouvent les études inutiles (vs 47 % < bac+2 ; 38 % bac+2 : 30 % > bac+2).

Une génération marquée par le Covid

Les jeunes Français ont beaucoup souffert du Covid-19, et la crise sanitaire a eu de lourdes conséquences sur ces jeunes générations. 51 % d’entre eux indiquent que la crise sanitaire a eu un impact négatif sur leur moral. L’impact négatif que cela a eu sur leur travail, le déroulement de leurs études ou encore leurs relations sociales ont causé chez 22 % des jeunes des troubles alimentaires.

Les jeunes dont la situation financière est la plus difficile sont 5 fois plus nombreux que les jeunes les plus à l’aise financièrement à avoir ressenti un grand nombre d’effets psychologiques ou somatiques dus au confinement.

Pas une jeunesse, mais des jeunesses

Des clivages qui contrastent la jeunesse

Les 18-24 ans se différencient selon trois lignes de clivage :

  • Le sexe et le genre : les jeunes femmes et les jeunes hommes sont très différents dans leur manière de se mobiliser politiquement, et ne se reconnaissent pas dans les mêmes formes de protestation.
  • Le capital culturel hérité : mesuré selon le nombre de livres présents dans le foyer de leurs parents, cette donnée impacte fortement la participation politique et sociale des jeunes.
  • L’origine nationale et la religion.

4 jeunesses françaises se dessinent

Face à ces clivages qui divisent la jeunesse en fonction de leurs orientations politiques et sociétales, et de leurs origines sociales et culturelles, 4 profils types de jeunes ont été dégagés.

Les démocrates protestataires, qui représentent 39 % de la jeunesse

Ces jeunes sont davantage intéressés que les autres par les questions sociétales, et s’ils ne se contentent plus de l’exercice du droit de vote pour peser sur la destinée de leur pays, ils rejettent pour autant la violence politique en restant attachés au modèle démocratique représentatif. 91 % de ces jeunes considèrent le vote "utile".

Les désengagés, qui représentent 26 % de la jeunesse

Ces jeunes sont en retrait sur toutes les questions sociétales et politiques. Ils représentent l’antithèse des "démocrates protestataires". Leur principale caractéristique est de ne pas exprimer d’opinion politique : 63 % d’entre eux n’indiquent aucune proximité avec un parti et 47 % ne se positionnent pas sur l’axe gauche-droite.

Les révoltés, qui représentent 22 % de la jeunesse

Ces jeunes sont davantage que les autres en détresse psychologique et en situation matérielle difficile. Ils sont favorables à un changement radical, de nature révolutionnaire, de la société, et prêts à justifier la violence politique pour y parvenir.

Les intégrés transgressifs, qui représentent 13 % de la jeunesse

Malgré de nombreux signes d’intégration économique et sociale, ils semblent gagnés par une culture transgressive en matière de respect des règles en montrant une plus grande tolérance à l’égard des comportements violents et déviants.

Face aux autres générations, des jeunes partagés entre engagement et désaffiliation politique

C’est sur les questions de désaffiliation politique que les jeunes se différencient le plus des autres générations, malgré que ce débat soit peu porté dans les discussions politiques et médiatiques. Il n’y a pas de fracture générationnelle sur les sujets de société au cœur des débats présidentiels.

Une jeunesse de plus en plus concernée par les questions de société…

64 % des jeunes considèrent que la société doit être améliorée progressivement par des réformes. Beaucoup de préoccupations sont d’ailleurs partagées avec leurs parents et les Baby Boomers comme les violences faites aux femmes, le terrorisme et l’écologie. En effet, 52 % trouvent également les questions environnementales très importantes contre 51 % de la génération des parents et 46 % des Baby Boomers.

Les jeunes sont également indéniablement plus sensibles que les générations précédentes à la thématique du racisme structurel : 46 % d’entre eux sont d’accord avec l’idée que la France est et demeurera une société raciste du fait de son passé colonial, contre respectivement 33 % et 30 % pour la génération des parents et des Baby Boomers.

Les jeunes Français ne sont par ailleurs pas massivement gagnés par le wokisme : certes, une partie des jeunes est sensibilisée à ces questions identitaires, mais les partisans convaincus de ce courant de pensée, c’est-à-dire ceux qui y adhèrent sans restriction, ne sont qu’une minorité comprise entre 1/10 et 1/3 selon les sujets que l’on considère. Les questions de genre et de droit des LGBT se situent loin derrière les violences faites aux femmes et la faim dans le monde dans les priorités des jeunes.

…mais dont la désaffiliation politique s’amplifie

Sur le plan politique, la principale divergence tient à la désaffiliation politique des jeunes qui s’est considérablement amplifiée : 64 % des jeunes montrent des signes de désaffiliation politique (en ne se situant pas sur l’échelle gauche-droite ou en ne se sentant de proximité avec aucun parti) contre 40 % de la génération des parents et 36 % des Baby Boomers. Seule une minorité de jeunes s’identifient de façon claire sur le plan politique (36 % contre 60 % des parents et 64 % des boomers). Seulement 51 % des jeunes se sentent très attachés à la démocratie, contre 59 % des parents et 71 % des baby-boomers.

Seule une minorité de jeunes parvient aujourd’hui à se situer politiquement, 43 % des jeunes n’ayant pas d'idées assez précises pour se positionner sur l’échelle gauche-droite (contre 25 % des parents et 20 % des Baby Boomers). Une partie importante des jeunes ne se reconnaît donc dans aucune tendance politique soit par méconnaissance, soit par désintérêt et peut-être aussi par rejet.

Les jeunes partagent avec leurs parents et les Baby Boomers la défiance à l’égard des dirigeants politiques : 70 % des jeunes, 67 % des parents et 57 % des Baby Boomers considèrent que ceux-ci sont corrompus.

Pour autant, cette désaffiliation s’accompagne tout de même d’une forte conviction démocratique, puisque 66 % des jeunes pensent qu’il est utile de voter, et que les élections peuvent faire avancer les choses (contre 68 % des parents et 76 % des Baby Boomers).

25 % d’entre eux se disent même "tout à fait prêts" à participer à une manifestation : cependant, dans cette volonté de protestation, la montée de la tolérance envers la violence politique inquiète. 49 % des jeunes trouvent "compréhensible" d’affronter des élus pour protester (contre 40 % de la génération des parents et 46 % des Baby Boomers) et la tolérance pour les comportements de dégradation est 2 à 3 fois plus élevée chez les jeunes. 1 jeune sur 5 trouve acceptable et compréhensible les actes de dégradation de l’espace public : cette proportion très importante tranche largement avec la perception des autres générations. En effet, moins d’une personne sur 10 parmi la génération des parents et environ une personne sur 20 dans la génération des Baby Boomers tolère la dégradation de l’espace public.

Les jeunes femmes impulsent aujourd’hui les évolutions sociétales et politiques

En 2022, les femmes sont à l’avant garde sur beaucoup de questions politiques et sociétales et sont par ailleurs très sensibles aux questions des violences sexuelles, dont 28 % d’entre elles affirment avoir été victimes. Elles sont donc notamment un moteur de l’évolution générale des attitudes socio-politiques à l’égard des questions relatives au genre : 60 % d’entre elles estiment que les différences de genre sont produites par la société et non naturelles, contre respectivement 37 % de la génération des parents et 36 % de la génération des Baby Boomers.

Surtout, 61 % des jeunes femmes sont en désaccord avec l’idée selon laquelle les hommes et les femmes auront toujours des points de vue et des façons d’être différents du fait de leur sexe, contre 36 % des femmes de la génération des parents et de celle des Baby Boomers. L’évolution des jeunes femmes au travers des générations est beaucoup plus forte que celle des hommes.

Elles ont un goût beaucoup plus prononcé que les autres générations pour la protestation, mais respectent vivement le cadre démocratique et répudient la violence politique. Face à ces formes de politique trop masculines, elles peinent à trouver leur place.

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