
"Emmanuel Grégoire promet la création de 60 000 nouveaux logements publics, dont 30 000 sociaux et 30 000 abordables, jusqu’à 25 % moins chers que les prix du marché. Le candidat de gauche s’engage également à rénover 200 000 logements sociaux et privés sur la mandature, en particulier par l’isolation des toits et la pose de volets."
Source : Boursorama
Le programme logement d’Emmanuel Grégoire pour les élections municipales parisiennes 2026 combine deux volets : la création de 60 000 nouveaux logements publics (30 000 sociaux et 30 000 abordables) et la rénovation énergétique de 200 000 logements (sociaux et privés). Cette proposition s’inscrit dans un contexte de forte tension sur le marché parisien où près de 292 000 ménages sont demandeurs d’un logement social, tandis que la production annuelle est passée de 7 000 logements/an en 2016 à seulement 2 800-3 000 logements/an en 2024.
Selon les estimations, le coût total de cette mesure se situerait entre 3,50 Mds€ et 3,78 Mds€ sur la mandature 2026-2032. Cela correspond, en hypothèse médiane, à un coût de 606 M€ par an.
La faisabilité de cette mesure se heurte à plusieurs obstacles : la raréfaction du foncier disponible à Paris (d’où le recours massif à l’acquisition-amélioration), l’envolée des coûts de construction (prix de revient moyen de 3 940€/m² à Paris contre 2 060€/m² en moyenne nationale) et surtout l’effondrement de la production ces dernières années malgré l’augmentation du budget. Atteindre 10 000 logements publics nouveaux par an nécessiterait de tripler la production actuelle, un objectif jamais atteint même durant les meilleures années (pic à 7 500 en 2016).
Le coût total sur la mandature représente plus de deux fois le budget annuel d’investissement de la Ville (1,7 Md€ en 2025). Cette estimation correspond également à plus de deux tiers du budget actuellement consacré au logement sur six ans (800 M€ par an, soit 4,8 Mds€ sur une mandature). À titre de comparaison, ce montant équivaut en moyenne à 85 fois le budget annuel des écoles maternelles et élémentaires (43 M€).
L’équipe de campagne du candidat précise que le financement repose en pratique sur des montages multi-acteurs (bailleurs sociaux, prêts de long terme, loyers capitalisés) et sur une stratégie foncière permettant d’amortir les coûts dans le temps. Dans cette logique, l’effort budgétaire municipal serait, selon elle, proche de 4 Mds€ sur la mandature.
Le coût des éventuelles opérations de préemption n’est pas inclus dans ce chiffrage faute d’éléments suffisamment précis sur les périmètres d’intervention, les volumes fonciers concernés et les modalités de portage. Ces coûts peuvent varier fortement selon les localisations, l’état des biens acquis et les stratégies foncières retenues (acquisition directe, portage par un établissement public foncier, mobilisation du foncier public existant). Ils constituent donc une variable potentiellement significative du coût global de la politique de logement, mais ne peuvent être estimés de manière robuste à ce stade.
Coût
estimé
Institut Montaigne
606 M€
Répartition
Ville / État / Bailleurs sociaux
Temporalité
Par an
Hypothèse basse
583 M€
Hypothèse haute
630 M€
Paris connaît une crise du logement sans précédent. Au 1er janvier 2024, la capitale comptait 271 906 logements sociaux au sens de la loi SRU, représentant 23,1 % des résidences principales. Malgré une progression de 126 544 logements sociaux financés entre 2001 et 2024, la demande est forte : 292 000 ménages sont inscrits comme demandeurs, dont la moitié n’habite pas Paris.
Le contexte de production s’est dramatiquement dégradé : après un pic à 7 500 logements financés en 2016, la production s’est effondrée à environ 2 800-3 000 logements par an sur la période 2018-2024, soit une division par près de trois. Paradoxalement, le budget municipal consacré au logement social a doublé sur la même période, passant de 400 M€ à 800 M€ en 2025, illustrant l’explosion des coûts et la difficulté croissante à produire.
Sur le plan de la rénovation énergétique, Paris s’est engagée dans le cadre de son Plan Climat voté fin 2024 à atteindre 100 % de logements rénovés d’ici 2050. Le budget municipal alloué à l’aide à la rénovation énergétique du parc privé a été porté à 28,4 M€ en 2025, contre 13,8 M€ en 2024. Une étude de l’APUR de mars 2024 montre que les logements sociaux ayant fait l’objet d’une rénovation énergétique réalisent des économies d’énergie moyennes de 28 %.
Une opération de logement social est financée par trois sources principales. La principale (77 % en 2023) par les prêts à taux avantageux de la Caisse des Dépôts, d’Action Logement et des banques commerciales, puis par les subventions des collectivités, de l’État, d’Action Logement (7 %), et enfin par les fonds propres des bailleurs sociaux (16 %). Ces proportions varient selon les caractéristiques des opérations (construction, acquisition, réhabilitation), la tension du marché locatif, le prix de l’immobilier et du foncier ou encore la richesse de la commune.
La Ville de Paris dispose de compétences étendues en matière de logement, notamment via le droit de préemption - qui est devenu le principal levier de création de logements sociaux (avec un budget de 250 M€ en 2025). En 2023, la Ville a préempté plus de 600 logements. Cependant, la faisabilité de la mesure d’E. Grégoire se heurte à trois obstacles :
Sur le plan budgétaire, la Ville dispose d’une capacité d’investissement totale de 1,7 Mds€ par an (budget 2025), dont 800 M€ pour le logement. Même en maintenant cet effort maximal pendant 6 ans, cela ne représenterait que 4,8 Mds€, soit à peine le tiers de l’estimation basse . Un tel écart nécessiterait soit un endettement supplémentaire (la dette de la Ville s’élève déjà à 9,5 Mds€ en 2025) ou des financements extérieurs importants.
Pour estimer le coût de construction de 60 000 logements publics (30 000 sociaux et 30 000 abordables), nous nous appuyons sur les données de coûts de production à Paris. Selon l’étude de la Banque des Territoires de décembre 2024, le prix de revient moyen d’un logement social à Paris est de 3 940€/m² en zone À bis.
En supposant une surface moyenne de 60 m² par logement (cohérente avec les données nationales où la surface moyenne des logements sociaux est passée de 69,5 m² en 2014 à 66,5 m² en 2020), le coût unitaire d’un logement social serait de :
3 940€/m² × 60 m² = 236 400€ par logement social
Pour les logements abordables (BRS, logements intermédiaires), nous retenons une hypothèse de coût similaire.
Contactée, l’équipe de campagne du candidat précise que les structures de coût diffèrent grandement selon les dispositifs, notamment du fait de la dissociation foncier/bâti et des effets de levier propres à ces montages. Calcul du coût total de construction :
Total construction = 14,18 Mds€
Ce chiffrage doit être affiné en tenant compte de deux éléments :
Fourchette coût construction : 11,34 Mds€ - 17,01 Mds€
Selon la répartition des financements décrite plus haut, le coût net restant à financer par la collectivité locale serait de 5 % du coût brut en moyenne. Cette estimation est une fourchette plutôt basse, car elle ne prend pas en compte la garantie d’emprunt ou les préemptions/acquisitions, mais seulement les subventions directes des collectivités :
Au total, le coût du volet construction dépend étroitement des montages retenus (construction neuve, acquisition-amélioration, mobilisation du foncier public), du niveau d’intervention des bailleurs sociaux et des concours de l’État. Le chiffrage présenté doit donc être lu comme un ordre de grandeur économique du programme et non comme la dépense budgétaire directe qui serait supportée par la Ville. Celle-ci dépendra in fine de la structure de financement (subventions, prêts de long terme, mobilisation du foncier, participation des opérateurs) et du rythme effectif de production. Contactée, l’équipe de campagne confirme que la Ville n’a pas vocation à porter seule le financement des opérations, celles-ci reposant structurellement sur une ingénierie multi-acteurs (bailleurs sociaux, prêts de long terme, subventions d’État, montages fonciers).
La rénovation de 200 000 logements (sociaux et privés) nécessite d’estimer un coût moyen cohérent avec la nature des travaux effectivement annoncés.
Une étude d’Ithaque avance un coût moyen de 742€/m² pour une rénovation complète permettant de sortir un logement du statut de passoire thermique à Paris. Ce niveau correspond à des rénovations lourdes et globales (isolation complète, changement de système de chauffage, ventilation, menuiseries, traitement des ponts thermiques), souvent en copropriété complexe et en site occupé.
Les Rapports annuels sur la situation financière des organismes HLM 2021-2023 donnent un chiffre un peu plus élevé, avec un coût qui culmine à plus de 50 000€ par logement social (+ 60 % en 10 ans). Ce chiffre peut encore doubler pour des réhabilitations structurelles complètes. Cette estimation est par ailleurs cohérente avec le rapport de la Cour des comptes "Le soutien aux logements face aux évolutions climatiques et au vieillissement de la population". Le rapport se concentre sur les aides destinées aux propriétaires privés (comme MaPrimeRénov'). S'il mentionne des estimations générales pour le coût d'une rénovation globale performante (entre 60 000€ et 70 000€ selon l'Ademe, ou entre 45 000€ et 90 000€ selon I4CE), ces chiffres sont cités dans le contexte du parc privé et non pour les bailleurs sociaux.
Nous retenons une estimation de 750€ / m² pour une rénovation intermédiaire, sur une surface moyenne de 65 m² par logement : 200 000 × 65 × 750 = 9 750 M€.
Le coût total des travaux est ainsi estimé à 9,75 Mds€ sur 6 ans.
Le candidat ne précise pas comment seront réparties les rénovations entre logements privés et logements sociaux.
Dans le cas des logements sociaux, le coût budgétaire pour la Ville de Paris est apprécié distinctement, la maîtrise d’ouvrage et le portage financier des opérations demeurant principalement assurés par les bailleurs sociaux.
Dans le cas des logements privés, il existe de nombreux dispositifs d’aides à la rénovation énergétique (MaPrimeRénov’, aides de l’ANAH…). Pour la rénovation, MaPrimeRénov’ peut couvrir jusqu’à 50 % pour les ménages très modestes.
On retiendra donc que une part globale de la ville dans les rénovations des logements privés et sociaux à 30 %. Au-delà, la collectivité devient quasi co-maître d’ouvrage financier, situation rarement observée et souvent critiquée par les juridictions financières. Les ratios observés dans les opérations suivies par l’ANCOLS placent généralement la contribution locale en-dessous d’un tiers du coût total et la Cour des comptes, dans le rapport cité plus haut, souligne explicitement que la maîtrise de l’investissement reste chez les bailleurs, les collectivités jouant un rôle d’effet levier, non de portage intégral.
Avec une participation de 30 % pour la rénovation, la Ville de Paris doit fournir un effort d’investissement de 2,93 Mds€ sur le mandat.
Hypothèse basse : 0,57 Mds€ (construction) + 2,93 Mds€ (rénovation) = 3,50 Mds€
Hypothèse haute : 0,85 Mds€ (construction) + 2,93 Mds€ (rénovation) = 3,78 Mds€
Les exemples parisiens récents montrent des écarts considérables. L’opération de l’avenue George V (23 logements sociaux + 7 privés + commerces) a coûté 48 M€. Cette opération exceptionnelle ne peut toutefois être extrapolée à l’ensemble du programme. À l’inverse, certaines acquisitions-améliorations peuvent descendre à 150 000€ par logement. Cette forte variabilité (du simple au double voire au quintuple) rend toute estimation très dépendante des choix effectifs faits par l’exécutif local.
Batiweb, Les candidats à la mairie de Paris et le logement, février 2026
Public Sénat, Emmanuel Grégoire présente son projet pour les municipales à Paris, février 2026
Banque des Territoires, Le prix de revient des logements sociaux face aux tensions inflationnistes - Éclairages n°33, décembre 2024
Cour des Comptes, Le soutien aux logements face aux évolutions climatiques et au vieillissement de la population, octobre 2023
Le Moniteur, Hausse continue du coût de production des HLM, 28/10/2021
Paris Habitat, Réhabilitation et offre nouvelle : les principales opérations de 2025, octobre 2025
Ithaque, 742 euros, c’est le coût moyen au m² de la rénovation énergétique d’un appartement à Paris, 2024
Hello Watt, Paris : les copropriétés rénovées économisent 379 € par an, avril 2025
Hellio, Énergie : combien consomment les logements sociaux à Paris ?, octobre 2025
APUR, Les derniers chiffres du logement social à Paris - Note n°275, mai 2025
Ville de Paris, Budget : Paris maintient son engagement pour répondre aux crises climatiques et du logement, novembre 2024