
"Il y a une sorte de découragement face à l'insécurité liée au trafic de drogue, un vrai sentiment d'impunité." La députée (EPR) aspire à une nette augmentation du nombre de policiers municipaux à Lille ("250 au minimum", contre près de 170 aujourd'hui), armés et mieux formés, ainsi qu'au renforcement des brigades de médiation sociale dans la rue."
Source : Le Point
L'Institut Montaigne chiffre le coût de cette proposition à 3,4 M€ par an. Le candidat indique quant à lui un coût de 0,9 M€ sur la même temporalité.
Préoccupation au cœur de la campagne des municipales, la sécurité occupe une part croissante du budget des collectivités. En particulier, les dépenses de polices municipales constituent la principale dépense de fonctionnement des communes en matière de sécurité. Or entre 2017 et 2024, les dépenses de fonctionnement des polices municipales ont augmenté en moyenne de +41 % contre +16 % de croissance pour les dépenses de fonctionnement des autres services publics. On constate également une part croissante de polices municipales armées, passant de 48 % des agents disposant d’une arme de poing en 2012 à 58 % en 2023.
Lille compte 165 agents de police municipale, soit autour de 1 policier pour 1 464 habitants. Si la police lilloise n’est pas dotée d'armes à feu, cette question est toutefois au cœur des débats des municipales 2026. À ce titre, Violette Spillebout promet de porter la police municipale à 250 agents et de l’armer.
Si sur le plan de la faisabilité, la mesure ne soulève pas d’obstacle juridique particulier, son coût annuel moyen sur le mandat 2026-2032 atteint 3,4 M€, dans l’hypothèse d’une montée en charge progressive des effectifs sur 6 ans. En outre, si l’objectif était atteint, le budget de fonctionnement de 85 policiers supplémentaires représenterait 5,1 M€ par an à partir de 2032, correspondant à 245,4 % du budget sécurité de la Ville de Lille en 2024.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate a indiqué que le recrutement et l’armement des policiers municipaux pourrait être étalée sur 4 ans, contre 6 ans dans le présent chiffrage.
Coût
estimé
Candidat
0,9 M€
Institut Montaigne
3,4 M€
Temporalité
Par an
Au niveau national, l’État a encouragé le renforcement du rôle des polices municipales, notamment à travers les travaux parlementaires sur la sécurité globale et sur l’élargissement progressif de leurs prérogatives. À ce titre, le Sénat a adopté le 10 février 2026 le projet de loi relatif à l'extension des prérogatives, des moyens, de l'organisation et du contrôle des polices municipales et des gardes champêtres. Ce texte, s’il est adopté par l’Assemblée nationale, pourrait permettre aux policiers municipaux, sur accord du maire, de constater une série de délits comme l’usage de stupéfiants, l’outrage sexiste et sexuel ou le port d’armes blanches, et de procéder à des contrôles d’identité.
Plus largement, cette proposition s’inscrit dans la montée en puissance des politiques de sécurité locale engagées depuis la fin des années 2010, avec l’augmentation des effectifs de police municipale (+ 40 % au niveau national entre 2013 et 2023) et la généralisation progressive de l’armement (58 % des agents disposaient d’une arme de poing en 2023, soit 10 points de plus en 10 ans). Pour autant, cette montée en puissance demeure principalement à la charge financière des collectivités locales : les dispositifs nationaux de soutien (dotations, subventions ciblées) restent limités et ne couvrent qu’une part marginale des coûts de fonctionnement et d’équipement.
Lille compte 165 agents de police municipale en 2024, soit environ 1 policier pour 1 400 habitants. Sur le mandat précédent, la ville a connu une augmentation de ses effectifs de 43 %, avec 115 agents en 2020. Se différenciant de la plupart des grandes métropoles, la police municipale de Lille n’est pas dotée d’armes à feu. Toutefois, la question de l’armement de la police municipale lilloise est au cœur des débats pour les élections municipales de 2026, marquée par les promesses de doter la police d’armes à feu.
La mesure vise donc à renforcer la présence visible et continue de la police municipale sur l’espace public et à améliorer la réactivité face aux incivilités et aux atteintes à la tranquillité publique. L’armement des agents est présenté comme un levier d’adaptation des moyens municipaux à l’évolution des missions et du contexte sécuritaire, sous réserve d’une doctrine d’emploi et d’une coordination effective avec les forces de sécurité de l’État.
L’augmentation des effectifs et l’armement de la police municipale ne soulèvent pas d’obstacle juridique majeur, ces leviers relevant des compétences communales, les principales contraintes étant d’ordre budgétaire, opérationnel et de coordination avec l’État.
À Lille, les effectifs de la police municipale s’élèvent à 165 agents, selon les derniers chiffres de la mairie. Le chiffrage repose sur l’hypothèse d’un recrutement graduel permettant de porter les effectifs de la police municipale lilloise à 250 agents à l’horizon 2032, soit 85 recrutements supplémentaires. Cette montée en charge est supposée linéaire sur la période, afin de tenir compte (1) des contraintes de recrutement et de formation, (2) des capacités d’encadrement et d’absorption budgétaire de la Ville et (3) des pratiques observées lors de la montée en charge initiale depuis 2021.
Dans une étude publiée en octobre 2025, l’Observatoire des Finances et de la Gestion Publique Locales estime à 60 636€ les dépenses de fonctionnement annuelles par agent de police municipale dans les communes de plus de 100 000 habitants. Ce montant inclut déjà les frais de formation et l’achat d’équipements et des dépenses diverses. Nous considérons qu’il inclut également le coût incrémental d’équipement lié au recrutement des policiers municipaux.
Sur cette hypothèse, recruter 85 agents représente donc une dépense annuelle de fonctionnement supplémentaire de 60 636 * 85 = 5,15 M€.
Faute de précisions, l’évaluation a été réalisée en supposant que le recrutement de 85 agents résultait de la création d’un nombre identique d’emplois, sans redéploiement interne à la collectivité.
Violette Spillebout propose également d’armer la police municipale. Le coût de l’armement des agents dépend de deux éléments : le coût d’acquisition des équipements et de leur entretien, ainsi que la formation des agents.
Si la candidate ne précise pas le détail des armements choisis, il peut être déduit du contexte politique une volonté de doter les agents d’armes létales.
Nous retenons comme hypothèse le choix d’armes de poing semi-automatiques standard (par exemple de type Glock 9 mm), correspondant à l’équipement le plus couramment utilisé au sein des polices municipales. Le prix catalogue en 2026 est en moyenne de 817€. En prenant en compte la négociation liée aux volumes, le prix unitaire de référence peut être estimé à environ 700€.
La généralisation du port d'armes pour les agents de la police municipale entraînerait également des dépenses de formations préalables obligatoires, prévues par l’article R511-19 du Code de la sécurité intérieure.
Les policiers municipaux devraient d’abord suivre une formation juridique sur le port et l’usage des armes, dont le prix fixé par le Centre national de la fonction publique territoriale se situe en moyenne autour de 328€. Ensuite, la formation spécifique à l’arme choisie s’élèverait en moyenne à 1 125€ dans ce cas, comme nous en faisons l’hypothèse.
L’autorisation de port d'armes, pour être conservée, nécessite le tir de 50 cartouches par an sur deux séances conformément à l’article R511-21 du Code de la sécurité intérieure. La prix de la formation d’entraînement au maniement des armes (son montant varie ensuite en fonction de la prise en charge des frais liés aux équipements et intervenants : équipements mis à disposition par le CNFPT ou par la collectivité, modalités de recrutement de l’intervenant…) se situe en moyenne à 110€ par séance. On considère ensuite que la formation des agents nécessitera un investissement dans les infrastructures (stands de tir, formation de moniteurs…). En prenant un projet d’investissement comparable, réalisé par une autre métropole et ajusté à l’inflation à un taux forfaitaire de 15 %, on peut estimer ce coût à 1 380 000€.
|
Coût unitaire (€) |
Nombre |
Total |
|
|
Arme de service (Glock 9mm) |
817 |
250 |
204 250 |
|
Formation initiale |
1 453 |
250 |
263 250 |
|
Formation continue |
220 x 6 ans = 1 320 |
250 |
6 600 000 |
|
Infrastructures de tir |
1 380 000 |
||
|
Total |
2 277 500 |
Au total, l’armement de 250 policiers municipaux représente un investissement de 2,3 M€ sur 6 ans de mandat soit une moyenne de 379 583€ par an.
Trajectoire et coût moyen sur la période
|
Année |
Recrutement et fonctionnement |
Armement |
Total annuel |
|
Année 1 |
0,9 M€ |
379 583€ |
1,2 M€ |
|
Année 2 |
1,7 M€ |
379 583€ |
2,1 M€ |
|
Année 3 |
2,6 M€ |
379 583€ |
3,0 M€ |
|
Année 4 |
3,4 M€ |
379 583€ |
3,8 M€ |
|
Année 5 |
4,3 M€ |
379 583€ |
4,7 M€ |
|
Année 6 |
5,2 M€ |
379 583€ |
5,5 M€ |
|
Coût moyen annuel (sur 6 ans) |
3,0 M€ |
379 583€ |
3,4 M€ |
Porter la police municipale à 250 agents armés sur le mandat représente donc un coût moyen annuel de 3,4 M€.
Contactée, l’équipe de campagne de la candidate a indiqué que le recrutement et l’armement des policiers municipaux pourrait être étalée sur 4 ans, contre 6 ans dans le présent chiffrage.
Ville de Lille, "Insécurité : qui contacter ?"
Sénat, "Rapport d'information n°671 sur 25 propositions pour donner aux polices municipales les moyens de lutter contre l'insécurité du quotidien", mai 2025
Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales (OFGL), "Les enjeux financiers des polices municipales - Nouveaux éclairages", octobre 2025
CNFPT, "Bulletin d'inscription - Formation préalable à l'armement"
CNFPT, "Tarifs des formations des policiers municipaux à comter du 1e janvier 2024"
Armurerie Pistolier, "Tarifs administratifs"
France 24, "L'armement des policiers municipaux, un débat qui n'en est presque plus un", janvier 2026
Institut Paris Région, "Les polices municipales dans les plus grandes villes de France : panorama factuel", novembre 2019