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Des déserts médicaux aux oasis de santé

22 Mars 2017




Ce jeudi 23 mars, à l’Académie de médecine, la Convention on Health Analysis and Management (CHAM), l’Institut Montaigne et Santé au 55 Faubourg réunissaient les responsables Santé des principaux candidats à l'élection présidentielle de 2017 : Olivier Véran pour En Marche!, Noam Ambrourousi pour La France Insoumise, Nicolas Leblanc pour le Parti socialiste / EELV et Valérie Boyer pour Les Républicains

Mickaël Ehrminger (Front national) a annulé sa participation.
 

Quatre thèmes ont été débattus à cette occasion :

1) Comment fédérer les professionnels au service du patient ?
Avec Gérard Raymond, président de la Fédération française des diabétiques ;

2) Comment attirer les professionnels de santé dans les territoires ?
Avec Pierre de Haas, ancien président de la Fédération française des maisons et pôles de santé ;

3) Comment profiter des innovations et mettre en lien hôpitaux et médecine de ville ?
Avec Michel Claudon, président de la Conférence nationale des présidents de commission médicale d'établissement (CME) de CHU ;

4) Urgences et territoires : comment concilier proximité, compétence et rapidité ?
Avec Pierre Carli, médecin chef au Samu de Paris.

Déserts médicaux : de quoi parle-t-on ?


L’accès aux soins est aujourd’hui la première priorité en matière de santé. Les déserts médicaux désignent des zones du territoire où la concentration de professionnels de santé est insuffisante par rapport aux besoins du territoire. Cette désertification est croissante compte tenu des départs à la retraite de nombreux médecins non remplacés, de la baisse du temps médical disponible, de la hausse des délais d’attente et de la croissance des besoins de la population. Elle ne touche pas que les zones rurales et périurbaines mais commence également à être une réalité dans les grandes villes. Le dispositif de lutte contre les déserts médicaux mis en place par le ministère de la Santé touche près de 12 millions de Français. La situation s’aggrave notamment dans la médecine générale et d’après le Conseil de l’Ordre, si rien n’est fait, la France aura perdu un quart de ses généralistes entre 2007 et 2025.

Les déserts médicaux : un enjeu prioritaire pour tous les candidats


Pour tous, le politique doit accompagner, voire coordonner les acteurs du monde de la santé et donner une impulsion et une cohérence aux politiques de santé, afin d'assurer le respect du principe de continuité territoriale. Dans chaque territoire doit être mis en place un système de santé adapté et choisi par les professionnels de santé du territoire, au service des patients.

A part Nicolas Leblanc (PS), les autres représentants des candidats s’accordent sur l’inefficacité du numerus clausus en France jugé décourageant et inadapté, notamment par Olivier Véran (EM). Celui-ci qui souligne que ce système encourage les étudiants français à "délocaliser leurs études" avant de revenir exercer sur le territoire.

2Maisons de santé et centres de santé : le regroupement des professionnels en débat


Unanimement, les candidats proposent de regrouper les professionnels pour rendre leur exercice plus attractif. Olivier Véran (EM) comme Noam Ambrourousi (FI) souhaitent 2 000 maisons de santé de plus sur le territoire, Nicolas Leblanc (PS) en vise 1 500.

Les modalités sont en réalité assez différentes : là où l’exercice libéral et les statuts plus souples sont mis en avant par Valérie Boyer (LR) et Olivier Véran (EM), Nicolas Leblanc (PS) indique que l’exercice salarié est à envisager pour permettre de lutter contre les déserts médicaux. Le recours au salariat et aux médecins fonctionnaires au sein de centres de santé est mis en avant par le représentant de France Insoumise.

Mesures coercitives ou liberté des médecins ?


Valérie Boyer (LR) et Olivier Véran (EM) affirment la ferme opposition de leurs candidats face aux mesures coercitives. Ils jugent primordial de préserver le caractère libéral de la médecine en laissant aux médecins le choix du lieu de leur installation.

Les représentants de France Insoumise et du Parti socialiste n’excluent pas l’intervention de l’Etat et le recours aux mesures coercitives. Nicolas Leblanc (PS) envisage ainsi de retirer leurs conventionnements aux médecins qui voudraient s’installer en zone surdotée. Noam Ambrourousi (FI) n’exclut pas non plus de recourir à des mesures contraignantes, en cas d’échec des dispositions incitatives, que Jean-Luc Mélenchon souhaite cependant privilégier. Il considère également que l’origine sociale des médecins est un facteur non-négligeable des déserts médicaux et pense donc que la mixité sociale au sein des études de médecines pourra jouer.

Valérie Boyer (LR) veut mettre fin au tiers payant pour restaurer la confiance avec les professionnels de santé là où Olivier Véran (EM) souhaite le rendre "généralisable mais pas généralisé " afin de laisser la liberté aux acteurs de s’en emparer. Pour Nicolas Leblanc (PS), il s’agit d’une mesure qui va dans le sens de la simplification et d’un meilleur accès aux soins.

Le numérique est une priorité pour l’ensemble des représentants des candidats


Fédérer le monde médical au service du patient passe aussi par une meilleure utilisation du numérique et des nouvelles technologies dans le cadre de la télémédecine (gain de temps médical) ou encore du dossier patient numérique. Les professionnels de la santé doivent être formés à ces enjeux.

Valérie Boyer (LR) considère que les nouvelles technologies peuvent faire le lien entre la médecine de ville et l’hôpital, et que celles-ci sont un important facteur de libération du temps médical. Nicolas Leblanc (PS) voit dans la télémédecine un important levier d’accès aux soins et encourage l’émergence de nouvelles pratiques telles que les télédiagnostics. Selon lui, l’hôpital doit être au centre de ces nouvelles pratiques et son financement doit être revu à cet effet.

Olivier Véran (EM) déplore de son côté que la France soit toujours en retard sur les innovations et a pour objectif de mieux les anticiper. Il souhaite développer la recherche interventionnelle pour une meilleure organisation et développer les expérimentations. Comme Valérie Boyer (LR), il affirme que les nouvelles technologies peuvent permettre de désencombrer les urgences et rappelle qu’Emmanuel Macron a promis 5 milliards d’euros pour "numériser le système de santé".  Noam Ambrourousi (FI) prône de son côté l’unification des systèmes informatiques pour faciliter les parcours patients.

Des études médicales à réformer


Tous les les candidats s’accordent sur l’importance de former tous les professionnels de santé aux nouvelles technologies et à la médecine générale encore peu valorisée dans les parcours de formation des médecins.

Olivier Véran (EM) et Valérie Boyer (LR) veulent encourager les stages dans les cabinets libéraux. Nicolas Leblanc (PS) s’est également exprimé sur la volonté de son candidat de développer les stages en ambulatoire, afin de faire connaitre et apprécier les différentes modalités d’exercice. Noam Ambrourousi (FI) déclare de son côté qu’il faut former les médecins aux traitements spécifiques, réformer les études et encourager les stages en médecine de ville pour l’ensemble des professionnels de santé (pas uniquement les médecins).

Les urgences : comment concilier rapidité et qualité de soins ?


Les urgences ont longtemps été cantonnées au seul périmètre hospitalier. La médecine générale et son rapport à l'urgence doivent aujourd'hui être repensés, d'un point de vue à la fois organisationnel et financier. Les mutations profondes qu'ont connu les urgences ces dernières années ont entraîné des attentes nouvelles de la part des patients (demande de prise en charge rapide, composante sociale, santé mentale, etc.). Ces demandes doivent être intégrées grâce à un meilleur continuum entre la ville et l'hôpital.

Pour Olivier Véran (EM), l’enjeu de la tarification est central pour permettre un meilleur parcours de soin et une véritable coordination ville-hôpital. Le paiement à l’acte doit également être entièrement revu pour France Insoumise.

Donner plus de temps aux professionnels de santé


Valérie Boyer (LR) rappelle que son candidat souhaite augmenter le temps de travail à l’hôpital et rétablir le jour de carence pour redonner des moyens aux hôpitaux. A l’inverse, Noam Ambrourousi (FI) est fermement opposé à l’augmentation du temps de travail et souhaite embaucher massivement à l’hôpital pour répondre aux besoins des patients.

Valérie Boyer propose de libérer le médecin de certaines tâches en déléguant les compétences, notamment aux infirmières cliniciennes, et en réduisant les contraintes administratives. 

 

 

 

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