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Trump, symptôme de la maladie de la démocratie américaine

BLOG - 4 Mai 2020

La série télévisée, The Plot against America (Le Complot contre l'Amérique) est-elle le signe avant-coureur de la maladie de la démocratie américaine ? Une maladie dont Donald Trump n'est certes pas la cause, mais qu'il a amplifié et continue d'aggraver en pleine crise sanitaire et économique.

The Plot against America (Le Complot contre l'Amérique). C'est le titre d'un roman de Philip Roth publié en 2004, entremêlant la grande Histoire et le destin d'une famille juive américaine du New Jersey au début des années 1940. Dans cette dystopie, Philip Roth décrit la montée du fascisme et de l'antisémitisme après la victoire de Charles Lindbergh sur Franklin Roosevelt aux élections présidentielles de 1940. Le livre était puissant et dérangeant, mais son présupposé semblait tellement exagéré. "Cela ne pouvait se produire ici", (It Can't Happen Here) pour reprendre le titre du roman d'anticipation publié par Sinclair Lewis en 1935 et qui dénonçait déjà la dérive fasciste des États-Unis.

Avertissement ultime

En 2020 The Plot against America est devenu une mini-série télévisée réalisée par les auteurs de The Wire (Sur Écoute). À la veille des élections présidentielles de 2020 et en pleine épidémie de coronavirus, Le Complot contre l'Amérique est surtout d'une troublante actualité. La fiction précéderait-elle la réalité, devenant une forme d'avertissement ultime, pour tous ceux qui jouent les autruches, et se refusent à voir les dérives de l'Amérique ? Le président Underwood, le sombre héros de la série House of Cards, n'avait-il pas symboliquement "ouvert la voie" à l'élection de Donald Trump en 2016 ?

En 2020, la série The Plot against America, contribuera-t-elle à ouvrir grand les yeux des Américains sur la menace que fait peser Donald Trump sur la démocratie ? À l'aune de la personnalité du 45e président, le récit de Philip Roth paraît beaucoup moins fantasmagorique.

Donald Trump n'est certes pas la cause, mais le symptôme de la crise de la démocratie américaine. Il en est aussi une source d'approfondissement et d'accélération spectaculaire. Si l'on prend une à une les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, chacune a contribué à sa manière, à l'affaiblissement du modèle démocratique américain. Les années 1950 avec la montée du maccarthysme, les années 1960 avec la série d'assassinats de personnalités politiques, à commencer par John Fitzgerald Kennedy, les années 1970 avec le scandale du Watergate qui conduit à la démission de Richard Nixon, les années 1980 avec l'Irangate, les années 1990, avec l'affaire Monica Lewinsky qui ébranle la fin des années Clinton.

Conservatisme radical

Au début des années 2000, les attaques contre la démocratie américaine viennent principalement de l'extérieur, avec les attentats du 11 septembre 2001. Aujourd'hui les attaques les plus sérieuses contre la démocratie viennent de la présidence des États-Unis elle-même. Cette fois il n'est plus possible de fermer les yeux. Il y a quelque chose de pourri, non plus dans le royaume du Danemark, mais à Washington.

La comparaison avec les empereurs décadents de la Rome du Bas-Empire ne peut plus être rejetée d'un simple revers de la main. Et la décadence ne fait pas qu'affecter le pouvoir exécutif. L'évolution du Parti républicain, vers toujours plus de conservatisme radical, ne s'est pas faite non plus en un jour. Mais aujourd'hui le parti d'Abraham Lincoln apparaît presque comme l'héritier des tenants de la Confédération. Dans la crise du coronavirus, le président des États-Unis semble reprendre les arguments du Sud confédéré contre l'État fédéral en voulant se décharger sur les États, des responsabilités du dé-confinement.

La comparaison avec les empereurs décadents de la Rome du Bas-Empire ne peut plus être rejetée d'un simple revers de la main. Et la décadence ne fait pas qu'affecter le pouvoir exécutif.

Dans certaines manifestations anti-confinement au goût nauséabond de racisme, les drapeaux de la Confédération sont toujours plus visibles. Il serait injuste de faire porter à Donald Trump la responsabilité unique de cette dérive. La corruption de la politique par l'argent, la bipolarisation croissante de la société, l'explosion des inégalités sociales, la politisation inexorable de la Cour suprême, toutes ces évolutions qui mettent en cause la démocratie ne sont pas le produit d'un homme, mais le résultat d'une longue dérive qui ne se limite pas, bien sûr, aux seuls États-Unis, mais affecte à des degrés divers l'ensemble des pays démocratiques.

Loyauté absolue à Trump

Pourtant la crise du coronavirus montre à quel point ce qui est en jeu lors des élections de novembre est l'avenir même de la démocratie aux États-Unis. Certes, même au sein du Parti républicain, les "recommandations médicales du docteur Trump" font plus que troubler les membres les moins radicaux du parti. Tout comme le fait, que le critère de loyauté absolue à Donald Trump, l'homme, et non plus aux institutions de la République, l'emporte sur toute autre considération.

L'épidémie a déjà fait plus de morts que la guerre du Vietnam. L'argument de la croissance et de la prospérité à leur plus haut niveau, ne peut plus être utilisé alors que l'Amérique fait face à la plus grave crise économique depuis la grande dépression des années 1930. Donald Trump comptait sur sa bonne étoile. Elle l'a brutalement abandonné à quelques mois des élections.

Le plus dur est à venir

Mais rien n'est joué encore : le plus dur est à venir sur le plan économique et peut-être sanitaire. Sur le plan politique enfin les avertissements de Philip Roth ne sauraient être pris à la légère. Ce que décrit Philip Roth dans son roman rappelle ce qu'analyse Saul Friedländer dans sa monumentale étude sur "l'Allemagne nazie et les Juifs". Le ralliement plutôt passif d'abord, engagé ensuite, d'une population qui dans sa majorité, n'est ni raciste, ni antisémite, mais qui par peur et sous le coup de la crise économique et du sentiment de déclin qui l'anime, se cherche des boucs émissaires à l'intérieur et des ennemis à l'extérieur pour dépasser son propre sentiment d'échec. Les "intuitions des artistes" sont à prendre au sérieux. Elles se révèlent souvent plus justes que les analyses des experts.

 

 

Copyright : JEFF KOWALSKY / AFP

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 04/05/2020)

 

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