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Quelles stratégies économiques et sanitaires pour sortir du confinement ?

BLOG - 26 Mai 2020

Nous accueillions le 30 avril dernier, dans le cadre d’un Webinar de l’Institut Montaigne, Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics, en échange avec Eric Chaney, notre conseiller économique. Comment organiser la période pour réussir au mieux le déconfinement entamé ? Voici les principaux points évoqués à cette occasion par nos deux intervenants.
 
Les projections des stratégies économiques et sanitaires de sortie de confinement sont fondées sur des informations extrêmement imprécises, en particulier le nombre de personnes infectées et immunisées. L’Institut Pasteur estime par exemple le nombre de personnes immunisées en France entre 5 et 20 %. L’incertitude sur la donnée est accompagnée d’une grande incertitude sur l’évolution de la pandémie et donc de la valeur des paramètres du modèle. À partir de modèles d’épidémiologie standard, il est tout de même possible de développer des scénarios de l’évolution de la pandémie en fonction de la politique de suivi.

La politique de "laisser faire"

La politique de "laisser faire", telle qu’elle était menée par Boris Johnson à l’arrivée de l’épidémie au Royaume-Uni par exemple, n’impose pas de restriction des contacts sociaux et élève donc le taux de reproduction du virus de 3 à 4 par personnes affectées. Dans ce cas de figure, l’épidémie se propage rapidement et l’on assiste à une vague d’infection atteignant à son pic 35 % de la population simultanément et une rapide saturation du système de santé. 
 
Le maintien de l’activité économique limite la perte de PIB, mais entraîne un fort taux de mortalité, soit 2,5 % des personnes infectées. Si on "valorise" la vie humaine autour de 1 million d’euros par personne (pour tenir compte de l’espérance de vie résiduelle des gens malades, 3 millions d’euros correspondant à une vie entière selon France Stratégie), cela provoque une perte de PIB annuelle de 60 % combinée à la perte économique entraînée par la faiblesse de l’activité par ailleurs. 
 
Ces projections en pertes humaines et économiques viennent donc contredire les raisonnements qui refusent l’arrêt de l’économie en faveur du confinement. Le contrefactuel (qui correspondrait à 3 millions de morts aux États-Unis et à 1 million de morts en France) serait absolument dramatique en termes de vies humaines. 

La politique de suppression forte

Ce modèle se construit sur un confinement extrêmement long avec une perte économique considérable.

La politique du confinement forte, telle que celle qui été mise en place en France, impose le confinement d’essentiellement 80 % de la population, dont la moitié parvient à maintenir une activité de création de valeur. Cette politique vise à diminuer le taux d’infection, préserver la capacité des lits d’hôpitaux et maintenir un taux de mortalité des personnes infectées à moins de 1 %. Cependant, ce modèle de confinement entraîne une perte économique extrêmement sévère.

Si l’on suit l’hypothèse selon laquelle la durée pour oblitérer le virus dans une population est de 250 jours, la perte d’activité des 40 % de personnes confinées ne pouvant pas travailler représente au total une perte de l’ordre de 21 % annuel. En revanche, le taux de mortalité est extrêmement faible, de l’ordre de 3 personnes pour 10 000. 
 
Ce modèle se construit donc sur un confinement extrêmement long avec une perte économique considérable. C’est cette perte économique aujourd’hui trop importante qui pousse la France à déconfiner. 

La stratégie de "flatten the curve"

Cette stratégie de confinement, qui refuse le confinement massif et les pertes économiques associées, choisit de ne confiner qu’une partie de la population, afin d’effleurer la capacité maximale des lits d’hôpitaux. En France, ce système reviendrait à confiner 35 % de la population. Grâce à la proportion croissante de personnes immunisées, le taux d’infection diminue progressivement et l’économie se stabilise. Ce scénario de confinement partiel conduit à une perte d’économie beaucoup moins importante, limitée à une baisse de 7 % mais entraîne un taux de mortalité très fort, de l’ordre de 3 personnes sur 1000. Suivant l’estimation de la vie humaine à 1 million d’euros, cette perte globale de la vie humaine représenterait environ 15 % du PIB annuel français. 

La stratégie du stop and go

Ce système propose d’instaurer une politique de confinement fort chaque fois que le taux des lits d’hôpitaux accueille un seuil critique, qui est levée lorsque ce taux d’utilisation atteint 10 % de sa capacité maximale. Suivant ce scénario, la première vague d’épidémie est relativement limitée. En France, le confinement imposé à partir du 17 mars, peut-être trop tôt, a ainsi fortement limité la propagation du virus. Après 50 jours, quand les lits d’hôpitaux sont libres, le confinement est levé à 90 % de la population, avec le maintien de 10 % de la population confinée. Cependant, ce déconfinement précoce provoque une deuxième vague d’épidémie qui va très rapidement saturer le système de santé. 

Cette résurgence de l’épidémie va conduire à une deuxième décision de confinement autour du jour 100, soulageant progressivement les hôpitaux et réduisant le taux d’utilisation des lits d’hôpital jusqu’au seuil fixé à 10 %, et a un deuxième déconfinement. À ce stade, l’immunité collective n’a toujours pas atteint les 60 % de la population requis à la fin de l’été, ce qui entraîne une troisième vague d’épidémie qui, cette fois-ci, ne saturera pas les lits d’hôpitaux. Grâce à l’immunité croissante de la population, le virus sera définitivement oblitéré au bout de 444 jours.

Dans ces différentes hypothèses de politiques économiques présentées, le choix semble donc résider entre une quantité de morts invraisemblables et une perte économique énorme.

Une politique de confinement ciblé

Dans ces différentes hypothèses de politiques économiques présentées, le choix semble donc résider entre une quantité de morts invraisemblables et une perte économique énorme. Il existe néanmoins un dernier scénario, qui donne un peu plus d’espoir. Cette dernière solution est plus éthiquement discutable mais permet d’organiser la construction d’une immunité collective en ciblant les populations à déconfiner en fonction du taux de mortalité par tranche d’âge. Ainsi, seules les catégories les moins vulnérables sont autorisées à reprendre l’activité. Cette immunité collective se construit progressivement en déconfinant les catégories de travailleurs, d’élèves et adultes de moins de 65 ans, tout en maintenant les seniors confinés. Cela permet de maintenir un taux de mortalité faible et de limiter la perte économique à moins de 5 %. Une fois qu’une base de 80 % de la population considérée comme la moins vulnérable est immunisée, le confinement des seniors et personnes vulnérables peut à son tour être levé, avec une politique de distanciation sociale soutenue. 
 
Cette dernière solution transfère le risque de létalité (de facto, plus faible) sur les catégories déconfinées en premier, avec un gain de vies sauvées extrêmement important. 

 

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