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Premières impressions sur la réponse du système administratif français à la crise du Covid-19

BLOG - 20 Avril 2020

L’épidémie sanitaire mondiale met à rude épreuve la solidité des systèmes administratifs nationaux dans tous les domaines.

Sans porter le moindre jugement, qui serait malséant alors que la lutte contre la maladie est en cours, il est néanmoins intéressant de pointer, dès maintenant, quelques évidences concernant la réponse immédiate de l’organisation administrative française à cette crise inédite, globale, et d’une ampleur exceptionnelle.

La première constatation est évidemment l’omniprésence de la puissance publique, en général, et de l’État central et déconcentré en particulier. Ceci n’est pas étonnant compte tenu de la tradition politique et administrative française. On a donc vu se déployer l’État sanitaire, l’État économique, l’État social, l’État en charge de l’ordre public, l’État en charge de la mise en œuvre des réglementations d’urgence… Inutile ici d’approfondir ce point d’évidence tant il a sauté aux yeux de chaque Français : quand l’essentiel est en jeu, c’est l’État qui organise la Nation. Il sera, à cet égard, indispensable et crucial de mesurer auprès des Français leur propre ressenti non seulement sur cette présence étatique, mais aussi et surtout sur son degré de préparation et de réactivité.

D’un point de vue strictement administratif, il est ici intéressant de regarder la mise en œuvre des "plans de continuité", c’est-à-dire, en fait, l’aptitude du système administratif à passer d’une gestion quotidienne à une gestion de crise, cela pour assurer la continuité du service public. Et il faudra évaluer les différents dispositifs mis en place dans les différents secteurs. Bien sûr pour faire face à d’éventuelles autres crises. Pour s’inspirer de ce qui a bien fonctionné et savoir adapter le reste en conséquence. Et puis, au-delà, la vérification de la résistance d’une organisation à une crise est un bon outil pour l’aménager de sorte qu’elle soit davantage efficace et robuste en période normale.

À cet égard et sur un plan plus technique, on voit d’ores et déjà à quel point le maintien en situation de crise des fonctions administratives est dépendant des technologies. À commencer par le télétravail, avec ce qu’il implique d’ordinateurs portables en nombre suffisant, d’applications informatiques permettant un travail réellement réparti, de couverture numérique du territoire. En fait, cette crise peut être l’occasion de porter le niveau quantitatif et qualitatif du numérique au sein de l’administration à celui rencontré dans le secteur concurrentiel. Ce qui en fera un outil puissant et consensuel d’une meilleure organisation du travail administratif sur tous les plans.

Cette crise peut être l’occasion de porter le niveau quantitatif et qualitatif du numérique au sein de l’administration à celui rencontré dans le secteur concurrentiel.

Une seconde constatation vient de l’observation des complémentarités et des coopérations qui sont apparues progressivement. Dans un premier temps, logiquement, c’est l’État central et déconcentré qui est intervenu, très largement seul. Et puis, progressivement, le secteur privé ou libéral a été sollicité, évidemment en matière médicale, mais également de façon beaucoup plus large en matière économique. Par ailleurs, la vie quotidienne du pays continue aussi d’être assurée par des entités non publiques.

Saurons-nous conserver ces ponts établis entre les différents secteurs pour le fonctionnement vital du pays lorsque le quotidien reviendra ? Il serait intéressant que les coopérations mises en œuvre entre tous ces différentes acteurs s’inscrivent dans la durée et l’action quotidienne. Il serait bon que les mécanismes et les procédures exceptionnels sollicités pendant cette crise et qui ont donné satisfaction deviennent la référence en mode normal de fonctionnement.

Une troisième observation : ce qui précède s’applique naturellement aux relations entre l’État et les collectivités territoriales ainsi qu’aux différents acteurs socio-économiques. Au moment où des mécanismes juridiques et financiers d’une ampleur inédite sont mis en œuvre pour éviter la disparition des petites entreprises ou organiser le chômage partiel, le sujet du relais local est essentiel pour garantir une action efficace de proximité. En effet, la mise en œuvre opérationnelle sur le terrain sera la condition de la crédibilité de l’action publique.

Ceci est non seulement valable pour le traitement immédiat de la crise mais le demeurera après la crise sanitaire pour favoriser le redémarrage économique. La coopération entre les différents acteurs publics d’une part et avec les acteurs socio-économiques d’autre part doit évidemment reposer sur la collaboration et la complémentarité mais ne pas hésiter à s’engager dans la co-construction.

Une dernière remarque. En forme d’interrogation.

Pourquoi alors ne pas conserver, lorsque la situation redeviendra normale, ces circuits courts, directs, réactifs, modulables, qui auront fait la preuve de leur efficacité.

D’une part, l’État va, légitimement, engager des sommes considérables pour aider, préserver, consolider, construire… Pour que cet argent atteigne ses objectifs, le système administratif le mettant en œuvre doit faire preuve d’adaptabilité, de confiance, de réactivité, de souplesse, de simplicité, de différenciation selon les situations. Pour que ce financement soit utile et utilisé, il faut donc moins de normes, moins de contrôles, moins d’uniformité… que d’habitude. Le succès en dépend. Et si cela marche, pourquoi alors ne pas conserver, lorsque la situation redeviendra normale, ces circuits courts, directs, réactifs, modulables, qui auront fait la preuve de leur efficacité. Une action fondée sur la confiance et non sur la méfiance. En fait, une simplification des normes et des procédures imposées par les circonstances et qui s’inscrirait dans la durée.

D’autre part, ces sommes considérables pèseront naturellement sur nos finances publiques, dont les curseurs auront cependant substantiellement bougé. Émancipée de certains critères de l’avant-crise, la "nouvelle dépense publique" se doit d’être d’autant plus d’être utile et pertinente. Satisfaire les investissements nécessaires, reconnaître les situations légitimes : ceci implique de définir de solides priorités dans les politiques publiques afin d’éviter l’éparpillement.

 

Copyright : JEFF PACHOUD / AFP

 

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