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Politique d’influence de la France dans le monde : l’urgence numérique

BLOG - 17 Octobre 2018

L’émergence des outils numériques a modifié en profondeur les règles du jeu de la politique d’influence des Etats. L’accès aux contenus de toutes sortes (éducatifs, culturels, scientifiques) via des plateformes en ligne les met en situation de concurrence avec des organisations privées pour saisir l’attention et transmettre leurs messages. Gilles Babinet appelle ici les pouvoirs publics à revoir leur ambition à la hausse pour redéfinir la politique d’influence de la France grâce au numérique.

La préparation du budget de l’Etat 2019 bat son plein au Parlement et plusieurs discussions se focalisent sur les moyens que l’Etat alloue aux opérateurs de la politique d’influence de la France dans le monde. Certains députés et sénateurs craignent que notre pays perde "sa capacité d’influence" car les moyens de certains opérateurs diminuent, stagnent ou n’augmentent que légèrement. Comme si l’influence de la France à l’étranger dépendait vraiment d’une baisse ou d’une hausse d’un ou deux millions d’euros de la subvention de l’Etat à tel ou tel opérateur. Quel manque d’ambition ! Malheureusement, c’est ce raisonnement de court-terme qui aveugle nos politiques depuis de nombreuses années, et qui les empêche de prendre la hauteur nécessaire pour analyser les enjeux et les objectifs d’une politique d’influence efficace au XXIème siècle. 

Ignorer les phénomènes numériques et continuer à passer des heures à palabrer sur les moyens budgétaires de l’Institut Français, de l’AEFE ou de France Médias Monde, c’est passer complètement à côté des enjeux et contribuer au déclin de notre influence à travers le monde. 

Le numérique a pourtant radicalement changé la donne. Partout dans le monde, l’accès à des contenus culturels, médiatiques, scientifiques, éducatifs n’a jamais été aussi important. MOOCs, réseaux sociaux, Netflix, Amazon… La concurrence et les offres n’ont jamais été aussi importantes. Que le temps où les centres culturels étrangers et les radios internationales étaient les seules ouvertures vers l’étranger dans de nombreux pays semble loin !

Or, la France n’a pas pris la mesure de l’importance du numérique en matière de soft power. Ses décideurs n’ont pas, sauf rares exceptions, perçu l’impact du numérique et n’ont pas su anticiper les changements à opérer pour adapter nos moyens et nos outils d’influence aux usages et aux enjeux actuels. Ailleurs, pourtant, le virage est pris depuis longtemps. Ainsi, quand RFI et France 24 mettent encore largement en avant leurs audiences TV et radio, BBC World service ne jure que par ses audiences online qui sont en très forte croissance et qui dépassent largement les audiences TV-Radio.

Dans ce contexte, il est urgent de "parler en vérité"

Alors que le numérique a déporté les enjeux de la création et du contrôle de réseaux de diffusion (satellites, émetteurs, centres culturels, établissements d’enseignement, etc.) vers la production et la diffusion de contenus, l’urgence consiste bien à rendre accessible, partout dans le monde, le maximum de contenus français grâce au numérique.

Qu’on l’accepte ou pas, qu’on soit d’accord ou pas, Facebook est devenu le principal mode d’accès à l’information dans de très nombreux pays. Amazon, un passage obligé pour accéder à une offre de livres illimitée avec laquelle aucune bibliothèque ne peut rivaliser. Idem pour Youtube en matière de vidéos, ou de Netflix en matière de films et de séries. Sans oublier Spotify ou Deezer (un service français, rappelons-le) en matière de musique.

Ignorer ces phénomènes et continuer à passer des heures à palabrer sur les moyens budgétaires de l’Institut Français, de l’AEFE ou de France Médias Monde, c’est passer complètement à côté des enjeux et contribuer au déclin de notre influence à travers le monde. 

Il est temps aujourd’hui de redéfinir notre politique d’influence dans le monde en repensant les priorités géographiques, les cibles, les instruments, les outils, les acteurs.

Alors que l’enjeu porte sur notre capacité à produire et diffuser des contenus grâce au numérique, notre politique d’influence ne peut plus reposer uniquement sur quelques opérateurs publics placés sous la tutelle du Ministère des Affaires Étrangères. Entreprises, start-up, universités, grandes écoles, groupes de médias privés et publics, musées, lieux culturels, centres de recherche : il faut sonner la mobilisation générale pour faire en sorte que nos contenus culturels, médiatiques, scientifiques, éducatifs, etc… soient très largement accessibles sur le web, les réseaux sociaux et les grandes plateformes. Retrouvons de l’ambition ! Et appuyons-nous sur l’ensemble des talents et forces créatrices de notre pays.

Si nos contenus sont absents ou invisibles sur les grands carrefours d’audience d’aujourd’hui, où une bonne partie de la planète passe quotidiennement, notre influence régressera inexorablement. 

Si nos contenus sont absents ou invisibles sur les grands carrefours d’audience d’aujourd’hui, où une bonne partie de la planète passe quotidiennement, notre influence régressera inexorablement. 

Création d’agrégateurs de contenus, simplification des systèmes de gestion des droits d’auteurs, traductions en langues étrangères, négociation politique avec les GAFA en matière de diversité culturelle : la nouvelle donne numérique impose une remise à zéro intégrale de notre politique publique en matière d’influence à l’étranger. Seule cette profonde réflexion, sans complexe et sans interdit – et qui doit associer des acteurs aussi divers que les entreprises, les créateurs, les artistes, le monde de l’enseignement et de la recherche, les intellectuels, les start-up, les Français de l’étranger sans oublier les diplomates… – permettra de définir à la fois une vision, et sa déclinaison opérationnelle, à même de redonner à la France sa capacité d’influence dans le monde.

Alors que l’influence de la France a longtemps ciblé les élites, cet aggiornamento de la politique d’influence devra, en outre, prendre davantage en compte les sociétés civiles et les opinions publiques étrangères, en particulier les jeunesses du monde auxquelles le résident de la République a choisi de s’adresser régulièrement.

 

Crédit photo : Tim Mossholder / Unsplash

 

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