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Les trois Europes migratoires

BLOG - 23 Janvier 2020

Si la question des réfugiés a largement dominé le débat européen ces dernières années, la réalité des flux migratoires qui se développent à l’intérieur de l’Europe reste largement méconnue. Ces derniers temps, de nombreuses voix se sont cependant élevées pour dénoncer les conséquences de l’exode des européens de l’Est vers le reste du continent.

À l’exception de la République tchèque, de la Slovaquie et de la Slovénie, la plupart des pays de l’Europe centrale et orientale subissent aujourd’hui une crise démographique sans précédent.

Il est vrai que ces mouvements migratoires, qui poussent les Européens de l’Est à chercher du travail en Allemagne ou en Suède, s’inscrivent dans la logique du marché unique et du principe de libre circulation des personnes qui en est l’un des fondements.

Mais lorsque le trait s’accentue, sous l’effet de tendances démographiques de plus en plus marquées, et que les déséquilibres au sein du marché européen s’amplifient, il faut avoir la lucidité de s’interroger sur des évolutions qui s’éloignent du projet initial européen et risquent de conduire à son rejet.

Dans ce contexte, l’Institut Montaigne et Terra Nova ont décidé d’apporter un nouvel éclairage au débat européen sur les migrations.  

Une analyse des trajectoires démographiques des états européens

Les horloges de la démographie européenne sont loin d’être synchronisées !

Notre analyse s’attache à mettre en évidence les dynamiques démographiques et migratoires des pays de l’Union européenne (UE). L’analyse de chaque pays à travers le double prisme du solde naturel et du solde migratoire fait d’abord apparaître une grande hétérogénéité de situations. Les horloges de la démographie européenne sont loin d’être synchronisées !

    Sur cette base, comme en témoigne le graphique ci-dessous, trois "destinées européennes” se distinguent.

    • Une Europe frappée par un double déclin. De nombreux pays du Sud et de l’Est, tels que la Bulgarie, la Croatie ou la Roumanie, sont sur une pente de déclin démographique et se vident de leurs habitants en raison de soldes naturel et migratoire négatifs.
       
    • Une Europe dynamique et attractive. Plusieurs pays du cœur de l’UE, comme la Suède, le Danemark ou les Pays-Bas, enregistrent des soldes naturel et migratoire positifs, qui témoignent à la fois de leur vitalité et de leur attractivité. Si la France fait encore partie de cet ensemble, notre étude montre que l’Hexagone est désormais en passe de devenir une terre d’émigration.
       
    • Un ensemble de pays atypiques. La population y évolue sous l’effet de forces démographiques contraires puisque la natalité y est négative, alors que le solde migratoire y est positif, voire très positif. C’est notamment le cas de l’Allemagne et de l’Italie, mais pour des raisons différenciées.


    Alors que certaines régions de l’UE se vident peu à peu, marquées par des soldes naturel et migratoire négatifs, d’autres continuent de se remplir… Une situation qui emporte des déséquilibres croissants au sein de l’Union.

    Comprendre les conséquences des déséquilibres démographiques européens

    Les dynamiques naturelles et migratoires mises en évidence dans cette note ont des conséquences majeures sur l’ensemble des pays de l’Union. Pour les pays de départ, l’émigration d’une partie de leur population jeune et qualifiée est pénalisante, économiquement et socialement.

    Pour les pays de départ, l’émigration d’une partie de leur population jeune et qualifiée est pénalisante, économiquement et socialement.

    Contrairement à une idée reçue assez fréquente, l’émigration n’a pas pour effet d’augmenter les salaires des pays d’origine, mais bien de les diminuer à moyen et long terme. La perte de capital humain associée à l’émigration pèse lourdement sur le potentiel de croissance des pays d’origine.

    Ce "brain drain" constitue par ailleurs une perte sèche de capital humain, alors même que celui-ci a été financé par les contribuables du pays d’origine. L’émigration accentue par ailleurs l’atonie démographique des pays concernés, puisque ce sont en majorité les jeunes en âge de procréer qui quittent leur pays. La variété des dynamiques démographiques au sein de l’UE a des conséquences politiques sur l’ensemble des pays de l’Union.

    La variété des dynamiques démographiques au sein de l’UE a des conséquences politiques sur l’ensemble des pays de l’Union.

    La présence de migrants et les phénomènes d’émigration structurent bien souvent le rapport qu’entretiennent nos sociétés avec l’Europe. En Hongrie par exemple, le sentiment de double crise (émigration et natalité faible) a pu être transformé politiquement en un rejet de la politique européenne en faveur des migrants. Le rejet des "travailleurs de l’Est" a également joué un rôle important dans la campagne en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE.

    L’impact politique et économique de ces évolutions nécessite donc une analyse approfondie de ces trajectoires et, au niveau européen, une réflexion sur la réorientation de certaines politiques susceptibles de mieux accompagner, voire de compenser ces transformations.

    Poser les bases d’un nouveau débat sur les mobilités et l’intégration

    Au moment où les nouvelles équipes s’installent à la tête des institutions européennes, une question est dans tous les esprits : comment reprendre les discussions entre Européens sur la question de l’immigration ?

    Il nous semble qu’une nouvelle approche, privilégiant une observation plus lucide de la réalité migratoire en Europe et intégrant sa double dimension interne et externe serait à même de renouveler le débat. Sur cette base, il serait possible de définir une politique européenne plus à l’écoute des préoccupations de chaque partenaire et, à partir de là, mieux articulée pour prendre en compte leurs intérêts différenciés.

    Il ne s’agit pas de faire preuve de naïveté. Chacun sait que le choix d’une approche rénovée ne fera pas disparaître les oppositions entre États membres. Mais une discussion élargie à l’ensemble de la problématique migratoire peut ouvrir de nouveaux horizons de réflexions et de solutions. C’est dans cette perspective que l’Institut Montaigne et Terra Nova ont choisi de développer, dans les prochains mois, des réponses positives et nouvelles au nouveau débat européen sur les mobilités et l’intégration.


    Remerciements

    • Nicolas Bauquet, Directeur des études, Institut Montaigne  
    • Arthur Blancherets-Dirol, Rapporteur du groupe de travail sur les migrations
    • Roman Krakovsky, Rapporteur du groupe de travail sur les migrations
    • Yannick Prost, Enseignant-chercheur, Sciences-Po et Paris VII
    • Alain Scriban, Ancien haut-fonctionnaire, Commission européenne
    • Bruno Tertrais, Directeur adjoint, Fondation pour la recherche stratégique
    • Jean Paul Tran Thiet, Senior Fellow, Institut Montaigne
    • Leïla Vignal, Coordinatrice du pôle Europe, Terra Nova
    • Pierre Vimont, Chercheur associé, Carnegie Europe

    Ainsi que :

    • Alexandre Robinet-Borgomano, Responsable du programme Europe

     

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