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Le Covid-19 est-il un game-changer géopolitique ?

BLOG - 19 Mars 2020

L’immense tempête du Covid-19 n’en est sans doute qu’à ses débuts. Elle n’a pas encore atteint vraiment le Sud global par exemple, ou les innombrables poches de misère absolue de cette planète (au Bangladesh, au Yémen, au Soudan-Sud, dans les camps de réfugiés au Pakistan ou en Inde, Idlib etc.). On n’aperçoit pas encore tous ses effets économiques, conjoncturels et structurels, de toutes façons gigantesques. Il serait donc hasardeux d’avancer dès maintenant une théorie générale de la géopolitique de la pandémie. Ne convient-il pas cependant de commencer à réfléchir à ce que pourrait être l’impact du virus sur la politique internationale ?

Nous proposons à cet effet de partir d’un constat : la pandémie agit comme un révélateur des caractéristiques du nouveau monde qui est le nôtre. Et notamment de deux de ces caractéristiques : la faiblesse de la gouvernance globale (en matière sanitaire en l’occurrence), d’une part ; le basculement du centre de gravité des rapports de force vers la Chine et l’Asie en général, d’autre part. Toutefois, en déroulant le fil de la réflexion, on en reviendra une fois de plus à l’Amérique, cette star déchue de l’ancien monde, dont la trajectoire sera peut-être modifiée en profondeur par l’épreuve qui s’impose en ce moment à tant de pays.

Une crise révélatrice du nouveau monde

Sur le terrain de la gouvernance globale, la crise du Covid-19 apparaît d’abord comme une crise de la capacité d’anticipation de la communauté internationale. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder sur YouTube une conférence de Bill Gates de 2015. Tirant les leçons du combat pour circonscrire la diffusion d’Ebola, l’ancien patron de Microsoft estimait que "cette fois nous avons eu de la chance". L’épidémie s’était déclarée dans une région (l’Afrique de l’Ouest) assez peu connectée, en dehors de grandes concentrations urbaines ; des équipes internationales avaient pu intervenir rapidement ; et surtout la maladie se transmettait par les fluides. La prochaine fois, indiquait Bill Gates, si nous ne sommes pas prêts, la maladie pourrait coûter des millions de morts et avoir un impact économique énorme. Elle pourrait en effet "se propager par les airs, atteindre des gens qui ne sentiraient qu’avec retard les premiers symptômes, seraient capables de prendre le train et l’avion". Nous y sommes. Un rapport encore plus ancien de la CIA ("rapport sur l’état du monde en 2025" publié en 2009) précisait : "Si une maladie pandémique se déclare, ce sera dans une zone à forte densité de population, de grande proximité entre humains et animaux, comme il en existe sur certains marchés en Chine ou dans le Sud-Est asiatique, où les populations vivent près du bétail". Il ne manquait aux prédictions de la CIA qu’une indication topographique : un marché de Wuhan. Ce que craignaient le plus les analystes du renseignement américain, c’était "une nouvelle maladie respiratoire humaine virulente fortement contagieuse".


Ajoutons que depuis quelques années, d’autres voix, tout à fait officielles comme la Banque mondiale par exemple, avaient sonné l’alerte. Et surtout, les "avertissements en grandeur réelle", identifiés comme des "urgences sanitaires internationales" par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), n’avaient pas manqué : H1N1 en 2009, poliomyélite en 2014, Ebola en 2014, le Zika en 2016, Ebola de nouveau en 2019. Pourquoi dans ces conditions, cette absence de réponse coordonnée au plan international ? On peut invoquer l’idée que le risque sanitaire n’a jamais suscité la mobilisation internationale qui aurait été justifiée simplement parce que d’autres sujets d’inquiétude retenaient l’attention des décideurs politiques. Ainsi la crise financière de 2008 avait fait l’objet d’une réaction à la fois créative (invention du G20) et solidaire des grands pays. Un autre moment de convergence internationale a été la COP 21 et l’Accord de Paris sur le changement climatique. Avec quelques années de recul, il est à craindre qu’en réalité ces deux épisodes aient constitué l’exception.

L’OMS ne joue pas le rôle central qu’elle devrait jouer.

Et que ce que nous observons au jour le jour dans la gestion du Covid-19 corresponde beaucoup plus à la vérité de la gouvernance mondiale aujourd’hui : la globalisation des échanges a continué sur sa lancée ces dernières années, à un rythme moins soutenu d’ailleurs, mais parallèlement un mouvement de fragmentation et de tension sur le plan politique l’a emporté dans la politique mondiale.

La "compétition entre puissances" - dominée en pratique par la rivalité entre les États-Unis et la Chine (ainsi que la Russie) - est devenu le facteur dominant. Les institutions internationales sont entrées dans une phase de dévitalisation, en partie du fait du retrait américain, en partie en raison de la discorde entre grandes puissances. C’est ainsi que dans la crise du Covid-19, l’OMS ne joue pas le rôle central qu’elle devrait jouer. Elle a été informée trop tard par la Chine, au détriment de la capacité de réagir des autres États ; puis elle a dû se plier aux injonction chinoises avant de déclarer l’état de pandémie ; dans ses consignes actuelles, elle donne le sentiment de devoir se faire l’écho d’une "ligne chinoise" sur la lutte contre le virus. La Chine, au passage, tire les bénéfices de l’investissement qu’elle a consenti ces dernières années dans le système onusien. On arrive à notre second point de départ : la place prise par la Chine et l’Asie dans les affaires du monde.

C’était devenu depuis des années un lieu commun de constater la montée en puissance de la Chine et de l’Asie. Le Covid-19 en fournit une illustration en quelque sorte négative mais immédiatement palpable par nos opinions. La politique d’opacité initiale de Pékin, on l’a déjà noté, a beaucoup contribué à la diffusion de la pandémie. Mais le plus frappant se situe ailleurs : d’une part, en raison de ce que sont aujourd’hui les chaînes de valeurs, l’arrêt d’une grande partie de l’économie chinoise a eu et continue d’avoir des effets majeurs sur l’économie mondiale ; à la différence de 2008, la crise financière à laquelle nous faisons face aujourd’hui est seconde par rapport à une crise de l’offre et une crise de la demande de l’économie réelle. D’autre part, la "compétition entre puissances", non seulement fait passer au second plan la solidarité internationale, mais surtout se traduit par une étonnante concurrence en termes de "soft power" entre la Chine et ses principaux rivaux.

Nous avons assisté de ce point de vue à un spectacle sans précédent : la République populaire d’abord en difficulté au début de la crise, du fait de son attitude initiale de répression des "lanceurs d’alertes" de Wuhan ; obligée de fermer ses usines ; puis paraissant vaincre l’épidémie grâce à des mesures autoritaires de quarantaine, combinées avec un usage sans précédent de l’intelligence artificielle ; enfin, sortant de l’épreuve alors que les Européens, devenus le principal foyer d’infection, tardent à mettre en œuvre des mesures drastiques et que l’administration Trump fait la démonstration de son incompétence brouillonne. La Chine aujourd’hui relance son économie alors que les bourses s’effondrent en Occident, elle contre les insinuations xénophobes déplacées de Donald Trump dans un combat de désinformation absurde, et surtout elle fait figure de planche de salut pour l’Italie ou la Serbie, en partie du fait des maladresses de leurs partenaires européens – avant certainement d’apparaître dans le monde émergent dans le rôle de puissance secourable qui était jadis le rôle naturel des États-Unis.

Peut-être les Chinois ont-ils intérêt à ne pas pousser trop loin cette guerre de propagande, car ils ne sont pas à l’abri d’un rebond du Covid-19 ou d’autres péripéties. Pour le moment en tout cas, le débat entre autoritarisme, populisme et libéralisme est relancé dans nos démocraties. Il est trop tôt pour savoir comment ce débat va tourner : pour les uns, l’ampleur de la crise conduit à une réhabilitation des experts, des institutions et de la coopération internationale ; elle dévalorise l’approche à l’emporte-pièce des populistes. D’autres en revanche, d’inspiration souverainiste, font valoir que les institutions européennes se sont révélées peu pertinentes et ont dû elles-mêmes se rallier à des mesures de rétablissement des contrôles aux frontières

L’espèce de Guerre froide non déclarée qui couvait depuis un certain temps montre son vrai visage sous l’éclairage cru du Covid-19.

Ce que nous voudrions noter à ce stade, c’est la jonction qui s’opère devant nos yeux entre la compétition géopolitique et la concurrence des modèles, conformément aux leçons qui se dégageaient des études de l’Institut Montaigne sur les "nouveaux autoritaires"1 : le "modèle chinois" apparaît dans cette affaire comme une référence pour le courant anti-libéral global tandis que la Chine tente sans vergogne de capitaliser sur sa "victoire contre le virus" pour promouvoir son système politique. L’espèce de Guerre froide non déclarée qui couvait depuis un certain temps montre son vrai visage sous l’éclairage cru du Covid-19.

Encore faut-il apporter à ce constat général toutes sortes de nuances. Essayons de dégager quelques premiers repères. En premier lieu, à peu près tous les gouvernants ou tous les régimes sont confrontés avec le Covid-19 à une sorte de stress test. C’est le cas pour des régimes déjà en difficulté comme l’Iran, particulièrement exposé à une crise s’ajoutant à d’autres. Téhéran vient, pour la première fois, de demander l’aide du FMI. S’agissant de M. Poutine, la crise va-t-elle l’aider pour faire passer ses réformes constitutionnelles assurant la prorogation de son pouvoir ou va-t-elle compliquer l’étrange bataille dans laquelle il s’est engagé en matière pétrolière contre l’Arabie saoudite et, indirectement, les États-Unis ? Mais le même constat s’applique aux dirigeants démocratiques dont la crédibilité auprès de leurs opinions se trouve directement en jeu. Donald Trump ne voit-il pas ses chances de réélection diminuées ? En second lieu, le Covid-19 confirme que les frontières sont beaucoup plus floues dans la compétition des modèles d’aujourd’hui que dans la "vraie" Guerre froide de jadis : en termes de politiques, l’Italie, l’Allemagne, la France ne suivent pas une ligne très différente de la Chine, même si la mise en œuvre est évidemment moins privative des libertés individuelles que ce n’est le cas en République populaire. C’est d’ailleurs là une illustration du basculement du monde vers l’Asie : ce n’est pas dans une Amérique en déficit tragique de leadership que l’on trouve un contre-modèle à l’approche chinoise de la lutte contre la pandémie, ni dans une Europe en proie à l’hésitation, c’est en Asie même, où la Corée du Sud et Taïwan, ainsi que le Japon à certains égards, font la démonstration d’une politique rigoureuse et efficace sans recours à un contrôle social liberticide.

Enfin, comme nous le notions là aussi dans notre étude sur les néo-autoritaires, les profils personnels comptent dans ce monde des populistes et des autoritaires. Un Bolsonaro, au Brésil, sombre dans le ridicule devant le Covid-19 alors que Modi, en Inde, se montre jusqu’ici (provisoirement peut-être) sous le jour flatteur du "pilote dans l’avion". Salvini peine à trouver son rôle, exploitant la vague anti-Bruxelles de l’opinion italienne mais bloqué dans sa capacité de critiquer le gouvernement de M. Conté par la popularité de celui-ci. Boris Johnson ? A chacun de juger.

Une contre-offensive occidentale ?

De ces premières réflexions, peut-on, au moins de manière préliminaire, dégager un modèle pour l’avenir ? En quoi y a-t-il lieu d’envisager un changement de paradigme géopolitique ?

Par prudence, on se bornera à évoquer trois scénarios d’évolution possibles.

  • Le retour en arrière : la crise est surmontée, à un coût beaucoup plus élevé que lors du SRAS (2003) mais sans laisser beaucoup plus de traces. Une certaine inertie de la communauté internationale, retournant à ses querelles habituelles, l’emporte, quitte à modifier à la marge certaines politiques dans le domaine circonscrit de la santé mondiale ; compte-tenu de ce que nous savons aujourd’hui de la violence de la crise, ce n’est pas le scénario le plus probable ; dans les deux autres, il y a bien changement de paradigme ;
  • La confirmation de la montée de la Chine : dans cette hypothèse, la pandémie actuelle marque la consécration de lignes de forces que l’on a vu se mettre en place ces dernières années. Elle peut même, selon l’expression de Dominique Moïsi, constituer un "accélérateur". Les Occidentaux surmontent beaucoup plus difficilement que l’Asie les difficultés de la crise sanitaire. Le flambeau de l’initiative et du leadership passerait pour de bon à la Chine, d’abord dans le domaine des "enjeux globaux" (dont la santé fait partie, comme le développement ou le changement climatique), mais aussi bien sûr sur le plan économique (l’ "atterrissage économique" dans l’après Covid-19 sera aussi important que la victoire contre la pandémie), technologique (5G), voire un jour militaire.
  • Un sursaut occidental : l’élection de M. Biden à la Maison-Blanche n’est pas impossible. Or, dans le camp démocrate, quelques bons esprits considèrent l’affaire du Covid-19 comme un Wake-up call. Ils n’établissent pas un parallèle entre cette crise et celle de 2008 ou encore la crise d’Ebola. La comparaison qui leur vient à l’esprit, ce sont les attentats du 11 septembre 2001, qui avaient déclenché un changement de paradigme dans la politique américaine. A partir de là, toute l’action extérieure (et en partie intérieure d’ailleurs, cf. le Homeland Security Department) avait été réorientée vers le contre-terrorisme. C’est cette réorientation qui avait entraîné l’erreur fatale de l’invasion de l’Irak et une extension démesurée des engagements militaires des États-Unis dans le monde. Obama avait tenté de se dégager en partie du paradigme de l’après 11-septembre, au moins de sa dimension de "sur-extension militaire" (Afghanistan, Irak, refus d’agir en Syrie). Trump s’efforce d’aller encore plus loin tout en gardant la rhétorique du contre-terrorisme et sans avoir été capable d’imaginer un paradigme de rechange, si ce n’est un isolationnisme belliqueux.

Dans cette optique, la tâche d’une future administration américaine serait de réinvestir les institutions internationales et de renouer avec le rôle naturel de l’Amérique comme leader de la gouvernance globale. Là où toutefois Obama avait su travailler avec la Chine sur certains sujets (la préparation de la COP 21 notamment) l’intention serait bien de contrer la montée en puissance de la République populaire, l’un des rares sujets de consensus bipartisan dans la classe politique américaine. Notons cependant que, même dans l’hypothèse de l’arrivée aux affaires d’une administration démocrate, la pente naturelle des Américains sera de jouer la compétition avec la Chine davantage sur le terrain commercial ou du hardpower que sur celui des enjeux globaux et du soft power.

D’où une feuille de route toute tracée pour l’Europe : il lui appartient d’être à l’avant-garde de la revitalisation de la gouvernance globale, comme d’ailleurs le président Macron s’efforce de le faire en tentant de ranimer le G7 et le G20 pour faire face aux conséquences notamment économiques de la pandémie. Elle doit aussi tenter de convaincre les Américains d’adopter ce "nouveau paradigme" géostratégique dont on vient de parler ; celui-ci offrirait en outre la possibilité de reconstruire la relation transatlantique tout en associant des pays comme la Corée du Sud ou le Japon, qui figurent dans l’ "alliance pour le multilatéralisme" animée par l’Allemagne et la France.

Micro-géopolitique et méta-géopolitique

Impossible à ce stade, on l’aura compris, de trancher entre ces scénarios. Et cela d’autant plus que ces grandes évolutions possibles – disons  "macro-géopolitiques" - peuvent être infléchies ou déviées par des effets beaucoup plus "micro-géopolitiques" de la crise du Covid-19. Mentionnons quatre d’entre eux, qui peuvent très bien se combiner. 

  • L’effet d‘éviction tout d’abord : dans les prochains mois, il sera difficile aux décideurs politiques et aux opinions de porter leur attention sur autre chose que la gestion du Covid-19. D’ores et déjà, les frappes contre des bases américaines en Irak (qui se poursuivent) et l’intention de Washington de retirer une partie de ses forces dans ce pays passent à peu près inaperçues.
  • L’effet d’aubaine : un acteur opportuniste peut profiter de cette situation pour opérer un "coup" qu’il n’aurait pas osé en d’autres circonstances. On pense de nouveau à la confrontation irano-américaine au Proche-Orient mais aussi à la tension en mer de Chine ou encore aux prises de gage dont Poutine est familier dans l’étranger "proche" de la Russie. 
  • L’effet d’escalade : un incident local peut toujours dégénérer en un conflit plus général, mais dans les circonstances actuelles, les éléments de tension (cf  "guerre des narratifs" et expulsion des journalistes américains de Chine) qui se multiplient entre Pékin et Washington peuvent être en eux-mêmes facteurs d’intensification de la confrontation entre les deux puissances.
  • L'effet d’opportunité : on ne peut pas exclure enfin que la pandémie offre aussi une occasion de faire avancer des propositions constructives (un nouvel effort sur la question iranienne, par exemple ?), dans la mesure où les grands décideurs responsables ne sont peut-être pas d’humeur à ouvrir, par temps de COVID-19, de nouveaux conflits.

Dans le même esprit, nous souhaiterions conclure en évoquant la dimension méta-géopolitique de notre sujet. Une experte américaine (Alanna Shaikh) a déclaré que le "coronavirus est l’avenir de l’homme". Il faut entendre par là que c’est l’ensemble de nos modes de vie actuels – surconsommation, chaînes de valeurs, urbanisation, mobilité, rapport à la nature, etc. – qui est finalement à l’origine de crises sanitaires de plus en plus graves mais aussi de catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes. Les deux sont en effet difficilement séparables. Le Covid-19 surgit après que les grands incendies en Australie ont frappé. Dans les deux cas, une même leçon : un changement de cap non pas seulement géopolitique mais civilisationnel peut seul sauver l’humanité.


                                             
Copryright : Adrian DENNIS / AFP

1 Voir aussi le livre collectif : Le Monde des Nouveaux Autoritaires, Institut Montaigne et éditions de l’Observatoire

 

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