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Évaluations de CP : la résilience de l'école française à l'épreuve de la pandémie

Trois questions à Christophe Gomes

INTERVIEW - 18 Mars 2021

Annoncée par le Premier Ministre le 12 mars 2020, la fermeture brutale des écoles, collèges et lycées intervient comme l’ultime recours dans la lutte contre la propagation du Covid-19 en France. Élèves et professeurs doivent dorénavant composer avec une école entièrement virtuelle. Les traces de cette période sont vives, et la continuité pédagogique initialement espérée ne semble pas avoir libéré tout son potentiel. Aussi, les évaluations de CP menées en septembre 2020 révèlent un décrochage important et une baisse du niveau particulièrement prononcée chez les élèves issus de l’enseignement prioritaire. La dernière salve d’évaluations, menée en janvier 2021, fait état de signes encourageants suite au maintien des établissements scolaires ouverts à l’automne. Pourtant, les écarts persistent entre les écoliers. Christophe Gomes, Directeur de la plateforme Agir pour l’École, revient avec nous sur ces résultats et nous aide à les décrypter. 

Dans un entretien au Monde, le ministre de l’Éducation nationale dresse le bilan des évaluations réalisées sur 800 000 élèves de CP en janvier. Après une érosion des performances scolaires de ces élèves en septembre du fait du confinement, un rattrapage clair semble s’être amorcé suite au retour des écoliers à l’école. Ces résultats reflètent-ils le succès de l’école physique, où l’échec de l’école virtuelle ?

Nous ne pouvons pas comparer l’incomparable. Durant le premier confinement, plusieurs outils éducatifs ont connu un investissement important (près de 5 millions d’euros pour le CNED) et d’autres ont été utilement détournés (Discord). Pourtant, les enseignants ont souvent manqué de familiarité avec ces outils, et n’ont ainsi pas pu en exploiter pleinement le potentiel. À ce titre, on ne peut pas réellement parler d’une "école virtuelle", tant la période de confinement a été plus marquée par un basculement d’urgence au numérique que par une évolution tactique en sa direction

Le dédoublement des classes est un pilier fondamental [dans les progrès de l'école]. 

Dans le même temps, il faut reconnaître le progrès net qu’a connu l’école physique ces dernières années. Ce progrès est observable dans les démarches et les repères proposés aux élèves pour accompagner l’apprentissage des fondamentaux. Le dédoublement des classes est un pilier fondamental de cette amélioration.

Une évolution des pratiques doit venir compléter cette mesure, pour permettre à la réforme de libérer tout son potentiel pour la réussite éducative. À l’heure actuelle, nous n’en sommes pas encore tout à fait là, comme en attestent les écarts entre les écoliers de l’éducation prioritaire et les autres élèves.

L’hétérogénéité du rattrapage entre les élèves reste, quant à elle, inquiétante. En matière de compréhension orale, d’exercices de soustraction et de résolution de problèmes, les écarts semblent se creuser entre les écoliers de l’éducation prioritaire et les autres. Quelles défaillances du système français éducatif ces résultats pointent-ils, et comment les résorber ?

Cet écart important est de nature à inquiéter. S’il est observable au CP, on le retrouve également lors de l’entrée des écoliers en sixième à en juger par les récentes mesures. Une part importante des élèves n’est pas au niveau de l’entrée au collège à ce stade, et certains n’ont même pas atteint le niveau attendu en CE2 ! À ce titre, l’égalité des chances ne semble pas être une réalité à l’heure d’aujourd’hui en France.

Des progrès ont été faits en la matière ces dernières années. La taille des classes dans les secteurs de scolarisation les plus en difficulté a longtemps rendu peu réaliste l’atteinte des objectifs par absolument tous les élèves. Le dédoublement des classes vient alléger la pression subie par les enseignants dans ces secteurs, mais cette mesure ne saurait à elle seule résorber les écarts importants que nous observons entre les écoliers.

Pour maximiser l’impact de cette mesure, il convient de travailler conjointement sur la pratique en classe, par le biais des outils proposés, sur l’accompagnement et sur la formation. Il s’agit ainsi de s’assurer que ce qui est déployé pendant le temps d’apprentissage est efficace, suffisamment fréquent et intense pour amener aux attendus ceux pour qui le chemin est particulièrement long et difficile. 

L’égalité des chances ne semble pas être une réalité à l’heure d’aujourd’hui en France.

Il en va de même pour l’appropriation des mesures de niveau réalisées, qui doivent être l’occasion pour l’administration et pour les enseignants de réévaluer les méthodes éducatives employées. C’est à ce prix que nous verrons une véritable inflexion des écarts de niveau qui existent entre les écoliers.

Après un passage au numérique éducatif à marche forcée pendant le premier confinement, comment encourager le maintien et le développement des outils numériques les plus vertueux employés par les enseignants ?

Pour beaucoup, cette transition brutale a été l’objet d’une véritable crispation. À l’heure où l’école fermait ses portes pour le premier confinement, professeurs et étudiants ont dû se familiariser avec des outils nouveaux sur des configurations disparates. Le rythme était également bien différent de celui connu en classe. Dans ces conditions, retour à l’école rime parfois avec abandon de cette familiarisation précoce, qui se retrouve bien souvent remisée à l’urgence et aux cas extrêmes.

Il est certain que le travail de formation et d’équipement des établissements scolaires français reste incomplet. Pour autant, l’urgence réside ailleurs. Il est aujourd’hui crucial d’apporter une plus grande exigence à la cartographie et au tri des tâches et ressources employées en fonction de leur adaptabilité aux deux formes d’enseignement. L’évaluation est, bien évidemment, un élément incontournable du développement de nouveaux outils pédagogiques. Néanmoins, il convient de rester pragmatiques, et d’accepter que tout n’est peut-être pas transférable à la classe virtuelle.

 

Copyright : Martin BUREAU / AFP

 

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