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Autriche : un chancelier pour l’Europe ?

BLOG - 25 Juin 2018

A partir du 1er juillet prochain, l’Autriche présidera le Conseil de l’Union européenne (UE) pour une durée de 6 mois, succédant à la Bulgarie. Alors que se clôt à Bruxelles un mini-sommet européen exceptionnel sur les migrations et sans qu’aucun accord n’ait été trouvé, le gouvernement conservateur autrichien disposera très prochainement d’une position de choix pour peser sur les équilibres européens et sur le calendrier politico-médiatique du continent.
 
L’État membre occupant la présidence du Conseil de l’UE a pour charge de préparer et de présider l’ensemble des dix formations différentes du Conseil, à l’exception des réunions des ministres des affaires étrangères que préside le Haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. La présidence du Conseil européen – réunion de l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement de l’UE – est quant à elle assurée par un responsable politique élu pour une durée de 2 ans et demi, renouvelable. 

Au centre du jeu 

Le plus jeune chef de gouvernement européen, Sebastian Kurz (31 ans), à la tête d’une coalition entre sa formation, le Parti populaire autrichien (ÖVP), et le parti d’extrême-droite, le Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), n’a eu de cesse au cours des dernières semaines que de multiplier les échanges avec ses partenaires européens. Qu’il s’agisse de ses alliés du groupe de Visegrád (le V4, composé de la Pologne, de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Tchéquie), ou encore de ses deux puissants voisins, l’Italie, gouvernée depuis plusieurs semaines par une coalition entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, ou la Bavière, dirigée par le Ministre-président Markus Söder de l’Union chrétienne-sociale (CSU), l’Autriche est au centre des discussions. Avec un objectif simple : rassembler tous les opposants à la politique migratoire européenne actuelle et faire adopter par l’UE des mesures plus fermes pour limiter l’arrivée de migrants sur le territoire européen.

En janvier 2018, au pouvoir depuis quelques semaines seulement, Sebastian Kurz déclarait, à l’occasion d’une visite du Premier ministre Viktor Orbán à Vienne, vouloir être un “pont” entre l’Est et l’Ouest, entre les pays de Visegrád et les grandes nations d’Europe occidentale. Mercredi 13 juin dernier, le jeune chancelier annonçait lui-même la création d’un "axe" entre son gouvernement, le Ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini et son homologue allemand Horst Seehofer, de la CSU : première victoire sur la scène européenne pour Sebastian Kurz, dont on peut penser qu’elle a participé à la déstabilisation actuelle de l’alliance entre la CDU et la CSU en Allemagne. Mais l’influence politique et idéologique de Sebastian Kurz semble aller encore plus loin, selon le quotidien allemand Die Welt, le Ministre-président de la Bavière Markus Söder aurait demandé à la chancelière Angela Merkel de ne pas venir soutenir son allié de la CSU, à laquelle il appartient, durant la campagne électorale pour les élections législatives régionales de Bavière d’octobre 2018. A la place, il préférerait la venue de Sebastian Kurz, dont la ligne politique concernant les migrations lui semble plus à même de limiter la montée du parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD).

Outre l’alliance avec le groupe de Visegrád – certains commentateurs ont pu même se demander si l’Autriche ne pourrait pas en devenir le cinquième membre –, la constitution d’alliances fortes avec le gouvernement italien, comme au sein de la coalition gouvernementale allemande, semble placer l’Autriche au centre du complexe jeu politique européen.

Une présidence qui tombe à point nommé

Le gouvernement autrichien a publié un document de près de 70 pages pour présenter le programme et les priorités de sa présidence. Non sans habileté, Sebastian Kurz a choisi comme devise pour sa présidence "Une Europe qui protège", se mettant ainsi dans la continuité de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron et de ses grands discours européens. Pour le jeune chancelier, l’Europe doit protéger davantage les citoyens dans trois domaines prioritaires : la sécurité et les migrations, la prospérité et la compétitivité par la numérisation, la stabilité du voisinage européen et le rapprochement des Balkans occidentaux, mais également de l’Europe du Sud et de l’Est, avec l’UE.
 
Comme ses alliés populistes et conservateurs du groupe de Visegrád, le gouvernement autrichien ne prône aucunement une sortie de son pays de l’Union. Dès les premières lignes du programme de la présidence autrichienne, il est rappelé que les États européens "font face à de nouveaux défis, qu’aucun pays ne peut répondre efficacement seul", reprenant ainsi à son compte le principal argument des défenseurs du projet européen depuis sa création. A la différence des partis eurosceptiques français qui défendent – peu ou prou – une déconstruction européenne, l’Autriche du chancelier Kurz, comme un bon nombre des gouvernements de la région, reconnaît la nécessité pour leur pays d’être membre de l’Union. Récemment, le Premier ministre hongrois, dans un discours d’hommage à Helmut Kohl, déclarait :  "(…) la Hongrie est devenue membre de l’Union européenne. Nous sommes reconnaissants à l’Allemagne pour cela."

Fort de son habileté politique, d’une image modérée et moderne auprès des opinions publiques et d’une partie des classes dirigeantes européennes, mais également d’un contexte politique européen très favorable, Sebastian Kurz est en position de force pour entamer sa présidence.

Pour quels objectifs politiques ? 

  • Sur le plan interne, comme Matteo Salvini en Italie, Sebastian Kurz a compris qu’en créant les conditions d’une querelle européenne sur les questions migratoires, il renforcerait sa popularité et conforterait le pouvoir de son gouvernement. De plus, cette action européenne en faveur d’une plus grande fermeté de l’UE lui permet de se hisser au niveau des grands dirigeants européens – Emmanuel Macron et Angela Merkel – tout en apportant les preuves de l’isolement politique relatif de ces derniers.
     
  • Sur le plan européen, tout le monde a maintenant en tête les élections pour le renouvellement du Parlement européen en mai 2019 et chacun s’attend à ce que les questions migratoires deviennent le principal thème de la campagne. Dans ces conditions, Sebastian Kurz dont la formation, l’ÖVP, est membre du Parti populaire européen (PPE), comme la CDU, la CSU, la Fidesz en Hongrie ou Les Républicains en France, devrait insister pour que le PPE appuie sur cette question durant la campagne. La présidence de l’UE devrait permettre à l’Autriche de conserver ce thème en première position du calendrier politique de l’Union et de rapprocher Bruxelles des pays d’Europe centrale et orientale les plus critiques des décisions prises ces dernières années, notamment la Hongrie et la Pologne. 
     
  • Sur le plan international, l’Autriche paraît également vouloir jouer le rôle de "pont" entre l’Est et l’Ouest. Le jeune chancelier a ainsi accueilli le Président russe Vladimir Poutine au début du mois de juin et, à l’occasion d’une conférence de presse avec le Ministre de affaires étrangères Sergueï Lavrov, a pu évoquer une levée "progressive" des sanctions européennes. Avec le nouveau gouvernement italien et la Hongrie de Viktor Orbán, le président russe pourrait bientôt disposer de trois soutiens de choix au sein de l’UE. Néanmoins, la puissante Pologne – elle aussi en première ligne des pays réclamant une politique migratoire européenne plus ferme – demeure très opposée à toute influence russe en Europe et permet de limiter le passage d’un rapprochement idéologique à un rapprochement géopolitique entre le groupe de Visegrád, les pays d’Europe centrale et Moscou. 

    A l’Ouest, Donald Trump paraît également vouloir soutenir les pays qui, comme lui, souhaitent une fermeture des frontières et une politique migratoire ferme. Un échange téléphonique avec Viktor Orbán a ainsi eu lieu ces dernières semaines sur ces questions, et l’ambassadeur des Etats-Unis en Allemagne n’a pas hésité à déclaré vouloir soutenir les droites dures européennes. 

    Signe que le soutien aux gouvernements anti-immigration d’Europe est désormais un objectif partagé des politiques européennes du Kremlin et de la Maison-Blanche, c’est à Vienne que pourrait se tenir le possible sommet entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Signe également de la situation centrale qu’occupe maintenant l’Autriche de Sebastian Kurz et de son gouvernement d’alliance entre droite conservatrice et extrême-droite, quelques mois seulement après son arrivée au pouvoir. 

 

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