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Comment Emmanuel Macron doit-il aborder son "baptême du feu" à l’international ?

Analyses - 23 Mai 2017

Comme l'histoire peut-être ironique. Il y a un peu plus de huit ans au lendemain de l'élection de Barak Obama aux États-Unis de nombreux Français se demandaient quand et comment ils pourraient eux aussi élire "leur " Barack Obama, qui serait sans doute issu des banlieues et probablement d'origine maghrébine.

Aujourd’hui ce sont les Américains qui n’ont pas voté pour Donald Trump, et ils sont quantitativement la majorité, qui se demandent avec un mélange de dépit et d’envie où ils pourraient bien trouver un " Emmanuel Macron américain ", c’est à dire un homme jeune, beau, distingué, cultivé, modéré, bref sinon une réincarnation de JFK, tout du moins, l‘opposé absolu de leur président actuel.

Dans la Russie de Poutine le questionnement est certes différent. Ceux qui se demandent comment la Russie pourrait être dirigée un jour par un "Macron russe " sont une infime minorité, s’ils existent. Par contre dans la classe dirigeante, il existe, de manière discrète certes, comme un début d’interrogation. Moscou devait-il prendre si clairement parti dans la campagne présidentielle en France, en faveur de François Fillon d’abord, de Marine Le Pen ensuite ? Il n’est pas bon de se trouver systématiquement du coté des perdants, en prenant ses désirs pour réalité, si l’on veut influer sur les évènements " après ".

Alors que le président français nouvellement élu s’apprête à rencontrer en l’espace de quelques jours les présidents américain puis russe ces quelques remarques préliminaires sont importantes. Elles constituent la toile de fond des entretiens à venir. Emmanuel Macron a, en quelque sorte, un avantage psychologique sur ses deux interlocuteurs. Cela d’autant plus qu’il n’est pas seulement le nouveau président de la France, mais le porteur d’espoir de l’Union européenne dans son ensemble. Cette Europe que Trump et Poutine avaient, chacun à leur manière, enterrée (" prématurément " ?) de manière définitive : en soutenant initialement le Brexit pour le président américain, en pariant sur le déclin final de l’Europe, sinon du monde occidental dans son ensemble pour le président russe.

Comment Emmanuel Macron doit-il aborder son " baptême du feu " à l’international, si l’on considère que sa rencontre avec Angela Merkel, au lendemain même de sa prise de fonction était d’une nature beaucoup plus "familiale " ? Trois mots me semblent devoir constituer les fils conducteurs de sa politique : modestie, fermeté, et enfin clarté, sans doute le plus important.

Le président français peut bénéficier d’une aura internationale exceptionnelle, il n’en est pas moins " le petit dernier ", le jeune et brillant novice. Il est sans doute plus facile de " séduire " Trump que Poutine. Il suffit pour cela, dit-on à Washington, de parler peu, et de façon ramassée : la capacité d’écoute et la patience du président américain est limitée ! Pas de grands discours donc, pas d’abstraction, du concret, du transactionnel, de l’empathie. Le nouveau président français est passé maitre dans l’art de créer des liens privilégiés avec ses interlocuteurs.

Au delà de la modestie, il y a la fermeté : dans les principes comme dans la négociation elle-même, qu’il s’agisse de l’Accord de Paris sur le climat ou de l’Accord de Minsk sur l’Ukraine. Une fermeté qui s’exprime avec clarté et qui suppose une vision stratégique qui diffère des contradictions criantes exprimées par le nouveau pouvoir à Washington et des visions purement tactiques du pouvoir russe.

Au lendemain de l’attentat de Manchester la lutte contre le terrorisme figurera de manière prééminente dans l’agenda des conversations. En choisissant de manière claire son camp dans la lutte d’influence et de puissance qui oppose l’Arabie Saoudite à l’Iran, l’Amérique de Trump s’est-elle dotée des meilleures cartes pour lutter contre Daech ? Une question que l’on peut également se poser dans le cas de la politique russe en Syrie. L’Europe derrière Macron et Angela Merkel serait-elle désormais seule à faire de la lutte contre le terrorisme une priorité absolue et réelle ?

Mais en Europe, la menace ne vient pas seulement du Sud, mais également de l’Est. Donald Trump multipliera sans doute les propos rassurants à Bruxelles. Après avoir déclaré obsolète l’Alliance, il voudra rassurer et charmer jusqu’à ses prochains Tweets déstabilisateurs sans doute. La Russie de Poutine est plus prévisible mais plus inquiétante dans sa volonté d’affaiblir et de tester ses adversaires ou tout ceux qu’elle considère comme des obstacles à sa volonté impériale de revanche, et ce de l’Ukraine aux Balkans en passant par le Moyen-Orient.

Précisément parce qu’il apparaît comme le double symbole du retour de la France en Europe, et de l’Europe dans le monde, Emmanuel Macron est attendu par ses interlocuteurs avec un mélange de curiosité et peut être aussi d’hostilité. Il lui appartient de démontrer sur la scène internationale qu’il n’est pas seulement l’héritier de Bonaparte, mais également celui de Talleyrand.

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