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Exemple : Education, Europe, Santé
  • Une France convalescente,
    une France du « proche »
    Baromètre des Territoires 2021

    Document de travail - Novembre 2021

Le Baromètre des Territoires est né en octobre 2018, du besoin de comprendre et décrypter les opinions de nos concitoyens en partant de ce qui fait leur quotidien et au plus près de l’endroit où ils vivent. Étude d’ampleur réalisée auprès de 10 000 personnes, avec un échantillon représentatif pour les 12 régions métropolitaines, la 2e édition du Baromètre des Territoires est publiée par Elabe et l’Institut Montaigne, en partenariat avec la SNCF.

Après deux crises aussi majeures qu’inédites et à quelques mois d’une échéance électorale qui occupe déjà tous les débats, comment vont les Français, comment va la France, comment nos concitoyens (re)vivent-ils ensemble ?

Les Français évaluent positivement leur vie personnelle :

  • 78 % (+ 5 par rapport à 2018) des Français se disent heureux dont 38 % très heureux (+ 5 par rapport à 2018)
  • 70 % (+ 3 par rapport à 2018) font le récit d’un équilibre trouvé entre temps de vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle
  • 57 % (+ 10 points par rapport à 2018) des Français sont optimistes pour leur avenir personnel.

Dans la plupart des régions, cette vision positive s’étend aussi au territoire local :

  • 66 % (= 2018) trouvent qu’il fait "bon vivre" dans leur quartier ou leur commune
  • 66 % (+ 7 par rapport à 2018) estiment que l’endroit où ils vivent va plutôt bien

Dès que l’on s’éloigne de la sphère personnelle et locale, les traces du pessimisme se font sentir, même si la situation semble s’améliorer légèrement :

  • 68 % (- 10 par rapport à 2018) jugent la société actuelle injuste (dont 28 % très injuste)
  • 54 % (- 9 par rapport à 2018) sont convaincus qu’en France la réussite sociale est jouée d’avance et dépend beaucoup des origines des gens
  • 60 % en 2021 (- 10 points par rapport à 2019) sont pessimistes sur l’avenir de la société française (dont 26 % très pessimistes).

Il semble donc bien que ce soit dans le "premier cercle" (social - la famille, les proches - et géographique) que les Français aient puisé les ressources de la résilience à la suite de la crise sanitaire.

Si les Français trouvent que la France va - un peu - mieux, la question du pouvoir d’achat reste pour eux un enjeu majeur. Et les fractures demeurent :

Seul un tiers des Français estime que ce qui rassemble les Français est plus fort que ce qui les divise. Environ 7 Français sur 10 ont le sentiment qu’il n’est plus possible de débattre sereinement, et même de débattre tout simplement.

  • Si l’étude pointe un recul sensible du sentiment de déclin économique qui s’exprimait dans la plupart des territoires en décembre 2018 (c’est sur la difficulté de retrouver un emploi que l’évolution est la plus nette : si 41 % en font encore le constat, c’est 13 points de moins qu’en 2018), les zones rurales et les petites agglomérations sont en revanche nettement plus fragiles sur le plan économique (seuls 18 % des habitants des zones rurales estiment qu’il y a de plus en plus d’entreprises qui se créent - contre 31 % dans les grandes agglomérations - et 18 % que les commerces qui ferment sont repris et rouvrent rapidement - contre 39 % dans l’agglomération parisienne et 30 % dans les autres grandes agglomérations).
  • Le développement du télétravail pourrait être le terreau de nouvelles inégalités sociales et territoriales. Il a ainsi coupé la France en deux : si 4 actifs sur 10 ont un métier "télétravaillable", 76 % des cadres sont concernés, pour 41 % des professions intermédiaires, 37 % des employés et seulement 9 % des ouvriers, et d’un point de vue géographique, si 53 % des habitants de l’agglomération parisienne et 42 % de ceux des autres agglomérations de plus de 100 000 habitants ont fait du télétravail pendant la crise sanitaire, seuls 30 % y ont eu accès dans les agglomérations moyennes et zones rurales.

Risque de désunion de la société, attente forte d’un chemin pour faire face à la menace du dérèglement climatique dont chacun partage le diagnostic, persistance des fractures territoriales entre régions mais surtout entre espaces métropolitains et territoires épars : cette nouvelle édition pointe un certain nombre de défis que les pouvoirs publics devront relever.

Échantillon de 10 054 personnes, divisé en 12 sous-échantillons régionaux de 800 individus (1 200 en Île-de-France), représentatifs de la population résidente de chaque région administrative métropolitaine âgée de 18 ans et plus.

Constitution de l’échantillon

La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas appliquée par région aux variables de genre, âge, catégorie socio-professionnelle et taille d’agglomération.

Mode de recueil et dates de terrain

Interrogation par Internet entre le 10 septembre et le 7 octobre 2021.

Questionnaire

L’enquête est composée de 5 parties : "Regard sur sa vie quotidienne, sa qualité de vie, ses aspirations individuelles", "Lien social", "Vivre ensemble", "Regard sur son territoire" et "Vision de la société".

Au total, le questionnaire comprend une centaine de questions.

Marges d’erreur

La taille d’échantillon de 10 000 individus permet d’obtenir des marges d’erreur très faibles, comprises entre 0,3 et 1 point de pourcentage.

Après la crise sanitaire, les Français redéfinissent leurs priorités et sacralisent leur "premier cercle" social et géographique

Les Français semblent aspirer à tourner la page du coronavirus (67 % en octobre pensaient que l’on en parlait trop), et à se recentrer sur leur intimité familiale et personnelle. Parmi les éléments essentiels cités pour définir une vie réussie, ils évoquent le fait d’être en bonne santé (8,6 sur 10), le fait de se sentir bien dans son corps (8,1) et d’avoir des relations régulières avec sa famille (7,9).

Loin des envies de tour du monde, ils aspirent également à être bien chez eux : 2 Français sur 3 décrivent leur lieu de vie comme un endroit qui va bien, dans lequel il fait bon vivre. Autre tendance importante, qui souligne cette aspiration à s’ancrer dans un territoire : 8 % ont déménagé à la suite de la pandémie et 19 % ont envie de franchir le pas. Ce désir s’accompagne d’un mouvement consensuel pour une souveraineté permettant de produire tout ce dont on a besoin en France ou en Europe.

À rebours du pessimisme national, près de 8 Français sur 10 se disent heureux, et le sentiment de déclin économique est en baisse. Cependant des motifs d’insatisfaction et d’inquiétude demeurent, sur la qualité du lien social, l’insécurité, l’accès aux services publics et aux lieux de culture et de loisirs.

Pouvoir d’achat, histoire d’une France à l’euro près

Le pouvoir d’achat reste une forte préoccupation personnelle des Français. 36 % d’entre eux se restreignent pour boucler leurs fins de mois et 39 %, sans se restreindre, ne peuvent mettre d’argent de côté... En octobre, au moment où l'enquête a été réalisée, donc avant le plein impact de la hausse des prix de l’énergie, le Baromètre montrait une relative décrispation de la société française sur cette question qui reste pourtant majeure.

Ces inégalités entraînent de grandes différences dans le sentiment de bien-être : 87 % des individus qui n’ont pas à se restreindre se déclarent heureux et 69 % d’entre eux ont le sentiment d’avoir choisi leur vie, contre respectivement 65 % et 43 % parmi ceux qui doivent se restreindre.

L’étude fait cependant apparaître que le contrat social qui reste fragile ne s’est pas fissuré davantage pendant la crise du Covid-19. Si 54 % estiment que la réussite sociale est jouée d’avance, ce chiffre est en recul de 9 points. Le sentiment de vivre dans une société injuste s’il reste nettement dominant (67 %) est en recul de 11 points par rapport au pic de colère de la crise des Gilets jaunes.

Autre risque d’inégalité qui apparaît fortement : le rapport au télétravail. 76 % des cadres ont un métier télétravaillable contre seulement 37 % des employés. C’est le cas de 53 % des habitants de l’agglomération parisienne contre 30 % dans les agglomérations moyennes et rurales.

Une France désunie qui aspire au respect

Seuls 34 % des Français estiment que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les divise. 7 Français sur 10 estiment qu’il n’est plus possible de débattre sereinement et même de débattre tout simplement. La crise sanitaire, la question vaccinale sont des sujets de clivages forts et des motifs d’indignation apparaissent : le harcèlement de rue, la conduite alcoolisée...

Les Français aspirent à une société du respect : avec une note de 8,8 sur 10 en moyenne c’est la valeur la plus appréciée par les Français devant l’honnêteté (8,6), la justice (8,5) ou encore la sécurité (8,5).

La question de l’environnement est perçue comme fondamentale : la conviction de l’impact de l’environnement sur la santé et celle de ses proches est très largement partagée (87 %), installant dérèglement climatique et pollutions au premier rang des menaces pesant sur le "premier cercle". Mais si l’urgence à agir ne fait plus débat, le "chemin praticable" pour y parvenir coupe quant à lui la France en deux et alimente l’inquiétude qui pèse sur notre avenir commun : 6 Français sur 10 jugent le modèle économique actuel incompatible avec les enjeux soulevés par le défi écologiques et les trois quarts considèrent que nous sommes dans l’obligation de changer nos modes de vie.

Enfin, pour changer la société, les Français font d’abord confiance aux entreprises (63 %), devant l’exécutif local (maires 58 %, présidents de région 52 %) et l’exécutif national (Président de la République 55 %).

L’enquête d’ampleur menée dans le cadre de ce Baromètre des Territoires 2021 permet de saisir les deux grandes dimensions sous-jacentes qui structurent les opinions, les parcours de vie, la vie quotidienne des Français : situation financière et rapport à son territoire.

Cela amène à "découper" la France en 4 catégories et adopter une grille de lecture qui va au-delà des simples critères habituels tels que le genre, l’âge, la profession, la présence politique, etc.

  • Les Affranchis
  • Les Enracinés
  • Les "Sur le fil"
  • Les Assignés

Par rapport à décembre 2018, ils sont devenus plus nombreux dans le groupe des "Enracinés" (+ 9 points). Ce groupe est aujourd’hui le plus conséquent des quatre (31 % des Français). Ce mouvement s’est fait au détriment des Français "sur le fil" principalement (- 7), deuxième groupe le plus important. Les "affranchis" représentent 20 % des Français (- 1), alors que les "assignés" pèsent aujourd’hui 24 % (- 1).

 

 

Ces résultats s’expliquent de la manière suivante :

  • La crise Covid et notamment la sacralisation du proche ont provoqué un mouvement d’enracinement.
  • Par rapport à décembre 2018, au plus fort de la crise des Gilets jaunes, la décrispation autour des questions du pouvoir d’achat a permis à un certain nombre de "sur le fil" de voir les inquiétudes du quotidien perdre en intensité. La défiance envers les institutions est elle aussi moins importante qu’au plus fort de la crise des "gilets jaunes"
  • En revanche, ce mouvement n’a quasiment pas permis aux "assignés" de basculer dans une meilleure situation. Ce sont les "sur le fil", au capital socio-économique et culturel plus important que les "assignés" et moins asphyxiés par les difficultés du quotidien, qui ont pu en profiter.

Les "Affranchis" (20 % de la population)

Les "Affranchis" sont maîtres de leur destin et peuvent franchir les obstacles et difficultés de la vie sans peine. Ils disposent d’un capital économique et culturel élevé, ils évoluent avec aisance dans le monde actuel, s’adaptent facilement aux changements. Ils se sentent bien là où ils habitent, mais leur ancrage territorial est faible : leur territoire de vie, c’est avant tout celui qui leur permettra de saisir les opportunités et d’être "là où il faut".

Les "Enracinés" (31 % de la population)

Les "Enracinés" mènent une vie qui leur convient, leur situation personnelle leur permet d’aborder l’avenir avec une relative sérénité. Pour eux, le lieu de vie tient une place majeure dans leur bien-être. Leur quartier, leur commune, c’est leur cocon. Ils y vivent depuis longtemps ou ont enfin réussi à s’y installer. Bien là où ils sont, leur bonheur ne passe pas par des rêves d’ailleurs mais bien par le "bon vivre" de leur territoire de vie.

Les "Assignés" (24 % de la population)

Les "Assignés" sont asphyxiés au quotidien et englués dans les difficultés, notamment financières. Elles sont des embûches continuelles qui entravent la maîtrise de son destin et empêchent de "sortir la tête de l’eau". Leur territoire de vie est le lieu de l’amoncellement des difficultés : manque de dynamisme économique, lien social détérioré, sentiment d’insécurité, cadre de vie dégradé... S’ils en rêvent, pour autant, leur capital socio-économique ne leur permet pas de se déplacer vers des horizons meilleurs, ils sont "assignés à résidence".

Les "Sur le fil" (25 % de la population)

Les "Sur le fil" ont une vie parsemée d’embûches et peinent à s’affranchir de leur situation socioéconomique et des inégalités territoriales. Pour autant, leur situation n’est pas figée (groupe le plus jeune, 63 % ont moins de 50 ans) et ne relève pas du même niveau de difficultés que les "assignés".

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