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Relations entre l’Afrique, l’Europe et la France : (presque) un nouveau départ…

BLOG - 18 décembre 2017

Le 27 novembre dernier, Emmanuel Macron entamait sa première tournée africaine. Avant de se rendre en Côte d’Ivoire, pour le sommet Union européenne-Union africaine, et au Ghana, le président français a prononcé un discours très attendu devant les étudiants de l’université de Ouagadougou au Burkina Faso. Que retenir de ce déplacement ? Que signifie-t-il pour l’avenir des relations entre la France, l’Afrique et l’Europe ? Ludovic Morinière, rapporteur du groupe de travail de l’Institut Montaigne Prêts pour l’Afrique d’aujourd’hui ? nous livre son analyse. 

Quel bilan tirer de la visite présidentielle en Afrique ?

Le bilan est plutôt positif. Emmanuel Macron a tenu un discours franc et direct, il a abordé des sujets forts, qui ne sont pas toujours faciles à évoquer, tels que la situation des jeunes filles en Afrique, la place de la religion dans le développement du continent, la lutte contre la corruption dans les grands contrats, le rôle des présidents et des États africains. 

Hormis les deux visites symboliques de la centrale photovoltaïque au Burkina Faso et l’inauguration du chantier du métro d’Abidjan, l’essentiel des annonces ignorait les éléments économico-industriels au profit de sujets de société et de sécurité. Il faut garder à l’esprit que le dynamisme d'autres puissances comme la Chine mais aussi l'Inde, l'Allemagne et les pays anglo-saxons concurrence largement la France sur ce terrain. Même si le volume des activités des entreprises françaises ne réduit pas constamment, leur part de marché en pourcentage diminue. Ceci-dit, le pari du président est de viser le long terme. Il suggère un investissement davantage culturel, autour de la recherche et de l’éducation, ainsi que du sport et de la santé. Jusqu’à présent, l’histoire et la langue nous garantissaient une place naturelle dans ces domaines et il n’a pas toujours été jugé important d’y investir. A la lumière de l’explosion démographique annoncée en Afrique, ce choix n’est certainement pas dénué d’intérêt, ni inutile pour l’avenir des relations de la France avec les pays africains. 

Notons tout de même que de nombreux sujets centraux tels que la lutte contre le terrorisme et les crimes perpétrés en Libye, la nécessité d'accélérer le G5 au Sahel, les villes durables, le numérique et la restitution du patrimoine africain ont été avisés. Par ailleurs, le souhait de l’Élysée de ne plus se laisser enfermer dans un passé colonial se concrétise : la visite du président au Ghana témoigne de la volonté de travailler avec tous les pays d'Afrique, au-delà des pays francophones, pratique déjà largement répandue parmi nos entreprises.

Peut-on y voir un véritable "nouveau départ" dans les relations franco-africaines ?

La position de la France durant les quinquennats précédents a souvent été perçue comme maladroite ou hypocrite, tant le mélange des genres entre relations industrielles et étatiques est ancré dans les échanges franco-africains. 
 
Dans le rapport Prêts pour l'Afrique d'aujourd'hui ?, publié en septembre par l'Institut Montaigne, nous expliquons qu’il est impératif de laisser nos inhibitions derrière nous en faisant collectivement le choix d’un discours de restart. Si ce sentiment de culpabilité face à l'histoire de la colonisation et à l'ancienne "Françafrique" continue d’entretenir la sensibilité des acteurs, la plupart des jeunes, des entrepreneurs et de certains hommes et femmes politiques en Afrique souhaite marquer un nouveau départ dans les relations franco-africaines. Dans ce contexte, il me semble qu’Emmanuel Macron a su prononcer un discours de vérité, en assumant son souhait de ne plus proposer de "politique africaine" tout en mettant les africains face à leurs responsabilités. Sans réduire le rôle de la France sur le continent, il a réorienté ce dernier sur la jeunesse, le soutien aux PME, la lutte contre le terrorisme, la culture et le sport. Il s’agit de rétablir l'équilibre entre une relation France-États d’une part, qui serait moins ambitieuse, mais plus réaliste et calquée sur ce que la France peut apporter, et une relation Europe-Afrique d’autre part, plus logique car à l'échelle de deux continents très divers.

Tout dépend désormais de la mise en oeuvre de ce projet. Le gouvernement doit s’atteler à transformer ce discours en actions, en dépit des questions délicates de programmation budgétaire, de moyens, etc. 

Que faut-il retenir du sommet Union européenne-Union africaine ? Le besoin d'Europe, au-delà des discours, a-t-il des chances concrètes de se matérialiser dans les mois et années qui viennent ?

C'est difficile à dire seulement deux semaines après la fin du sommet. Le thème de cette rencontre entre les deux continents portait sur "l’investissement dans la jeunesse pour un avenir meilleur", une priorité pour l'Afrique comme pour l'UE. Les participants se sont entendus sur la nécessité de faciliter les migrations des étudiants, des chercheurs et des entrepreneurs qui représentent un levier pour le développement de l'Afrique et la France a proposé un visa de circulation de longue durée pour les étudiants africains. Néanmoins, peu de grandes décisions semblent avoir été prises ou en tout cas rendues publiques à cette date. 

En effet, plus que sur la jeunesse c’est sur la crise Libyenne que se sont focalisées les décisions importantes. La réunion extraordinaire du premier soir sur le trafic d'êtres humains en Libye a donné lieu à une évacuation immédiate des réfugiés, à la mise en place d’un organe dédié (dirigé par la Commission des droits de l’homme de l’Union africaine et aidé par l’Union européenne), à l’engagement de poursuivre les trafiquants d’êtres humains, de saisir leurs comptes ainsi qu’à la mobilisation de forces spéciales. Comme le précisait Carlos Lopes dans son article dans Jeune Afrique le 11 décembre, "un sommet entre Africains et Européens qui parle d’esclavage en lieu de parler d’immigration, c’est quand même spectaculaire !".

Par ailleurs la société civile n'était pas suffisamment, voire pas du tout représentée, alors que l'importance du rôle des ONG dans l'éducation et l'accompagnement à la création d'emploi pour les jeunes en Afrique est connue par tous. 

Enfin, un autre exemple du manque de décisions concrètes prises pendant ce sommet : le plan d’investissement extérieur de l’Union européenne qui permettra de mobiliser au total 44 milliards d’euros d’ici 2020. S’il a été accueilli favorablement par l’Union africaine, il n’a pas été officiellement acté dans sa mise en œuvre. 

Avant d’envisager un nouveau départ dans les relations entre l’Afrique et l’UE et de prendre des engagements plus concrets, en cohérence avec la vision exprimée par Emmanuel Macron, les deux parties semblent attendre de renégocier les accords de Cotonou, dont la fin est prévue pour 2020.
 

 

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