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Europe / Monde

Pourquoi Angela Merkel doit rester à la tête de l'Allemagne

BLOG - 27 novembre 2017

Les avanies de la "vieille politique" et de ses petits calculs ont rattrapé l'Allemagne. Si elle semble affaiblie par son échec à former une première coalition, Angela Merkel doit rester à la tête du pays. L'avenir immédiat de l'Europe en dépend.

Pour la première fois depuis la création de la République fédérale en 1949, l'Allemagne traverse une crise politique inédite pour elle, mais somme toute banale pour la plupart de ses voisins européens. Au sortir d'une élection législative, les partis n'arrivent pas à forger une majorité de gouvernement. Mais le cas allemand est différent et perçu comme tel.

La situation politique incertaine de l'Allemagne nous interpelle pour au moins trois raisons : le statut du pays en Europe, celui d'Angela Merkel personnellement, enfin l'évocation inévitable mais très excessive de la République de Weimar. Plus de soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans l'inconscient européen, l'Allemagne n'est toujours pas un Etat comme les autres. Qu'elle soit stable et prospère et l'on s'inquiète de son excès de force. Qu'elle fasse preuve de vulnérabilité sur le plan de sa politique intérieure et l'on s'angoisse de sa faiblesse. L'idéologie n'est d'ailleurs pas absente des commentaires, prématurés, sur "la chute de la Maison Merkel". Son incapacité à se succéder à elle-même est un avertissement à tous ceux qui voudraient placer l'éthique au-dessus de la politique. En ouvrant les portes de l'Allemagne à un million de réfugiés , Angela Merkel se serait fermé les portes de la Chancellerie... N'en déplaise aux Cassandre, ce scénario, même s'il n'est pas exclu, n'est pas le plus probable. Et ce pour une raison essentielle qui se résume en un nom, Steinmeier. C'est lui et lui seul qui peut convaincre le SPD de rouvrir des négociations avec la chancelière.

Le président - qui dans la Constitution allemande a un rôle très largement protocolaire - est redevenu un acteur clef du système. Avant Steinmeier, il y eut Richard von Weizsäcker, président de 1984 à 1994. Son discours du 8 Mai 1985 , commémorant le quarantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et célébrant la défaite du national-socialisme, est peut-être, à l'heure de la renaissance de l'extrême droite avec l'AfD, une des contributions morales les plus importantes de ces dernières décennies, un avertissement de l'Allemagne des Lumières au risque de retour de la barbarie.

Aujourd'hui le rôle du président Frank-Walter Steinmeier n'est plus simplement symbolique, mais directement politique. Animé comme pouvait l'être en son temps Richard von Weizsäcker par le sens de ses responsabilités morales aux yeux de l'histoire et par celui de la dignité de l'Etat, il entend en quelque sorte "sauver la mise" de la chancelière. Si Angela Merkel est encore chancelière d'Allemagne demain, ce qui constituera le meilleur scénario pour l'Allemagne et l'Europe, ce sera grâce à lui.

Drame shakespearien

Le monde a été le témoin, au cours des derniers jours, de l'équivalent germanique d'une pièce de Shakespeare, une sorte de "Comédie des erreurs", qui serait risible si elle n'affectait la première puissance économique d'Europe, qui est aussi un, sinon "le", pilier de stabilité du modèle de démocratie libérale à l'heure du Brexit et de Trump. Tous les acteurs de cette pièce semblent avoir fait preuve, à un moment donné et à des degrés divers, d'un mélange d'arrogance, de rigidité, de précipitation, sinon plus simplement de petits calculs partisans ou/et personnels. Le parti SPD, derrière son président Martin Schulz, porte une part de responsabilité, même s'il peut apparaître demain comme le "faiseur de roi" ou plutôt, dans le cas d'espèce, de "reine". Pourquoi après l'échec des négociations, qui devaient se traduire par une coalition dite "Jamaïque" entre la CDU-CSU, les libéraux du FDP et les Verts, avoir déclaré sans attendre que jamais le SPD ne rouvrirait de négociations avec le parti d'Angela Merkel ? L'ancien président du Parlement européen, le candidat malheureux des dernières élections législatives, apparaissait ainsi spontanément plus soucieux de son parti que de son pays, contrairement à la "posture" qu'il présentait de lui-même et de ses partisans au sein du SPD.

Angela Merkel semble aussi porter sa part de responsabilité. Aurait-elle perdu la main ? Manque-t-elle de l'énergie nécessaire ? Ou a-t-elle simplement fait preuve d'hubris dans ses tractations avec les autres "petits partis", convaincue que son image internationale la mettait au-dessus des contingences du commun des mortels ? La part de responsabilité la plus grande revient sans doute au chef du Parti libéral-démocrate (FDP), Christian Lindner. Animé du désir de regrouper les déçus des partis traditionnels, ne s'est-il pas comporté lui-même de la pire des manières, cachant de petits calculs partisans derrière de grandes déclarations de principe aux accents nationalistes ? En dépit de sa jeunesse, ne s'est-il pas montré comme le représentant le plus caricatural de la "vieille politique" ?

Pilier allemand en Europe

Quel qu'en puisse être sa conclusion ultime, "Grande Coalition" ou "gouvernement minoritaire", cette "Comédie des erreurs" n'en laissera pas moins des traces sur l'équilibre politique allemand et européen. Dans l'Europe actuelle, il n'y a pas seulement moins de Grande-Bretagne depuis le référendum de juin 2016, mais également un peu moins d'Allemagne. Poutine, Trump, sans oublier Orbán, se sont probablement réjouis trop tôt en attendant la fin de carrière imminente de la chancelière. Mais Angela Merkel n'est plus tout à fait ce qu'elle était, et l'Allemagne n'apparaît plus comme le pilier absolu de stabilité qu'elle a pu être au cours des douze dernières années.

Pourtant la chancelière et son pays n'en demeurent pas moins toujours, pour le bien de l'Europe en général et celui de la France de Macron en particulier, comme l'étalon de réserve de la cause démocratique. Les Allemands peuvent sembler indifférents au sort d'Angela Merkel, pas le reste des Européens

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 24 novembre)

 

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