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Portrait de Bachar el-Assad - Président de la République arabe syrienne

BLOG - 2 August 2018

Assad est, dans notre galerie de portraits, le plus ancien dans ses fonctions de dictateur. C’est aussi celui qui a le plus de sang sur les mains. Son avenir paraît assuré – ce qui en dit plus long que tout sur l’état de notre monde.

Début novembre 2007, le président Bachar el-Assad reçoit, non dans son palais de marbre qui domine Damas, mais dans un bureau obscur d’un quartier résidentiel de la ville, d’où il exerce vraiment le pouvoir au jour le jour, l’émissaire du président Sarkozy.

Le puissant secrétaire général de l’Elysée transmet au despote syrien tout le respect que lui porte le nouveau président de la République française. Celui-ci est disposé à renouer, dans certaines conditions bien sûr, des relations de coopération avec la Syrie. Bachar el-Assad est calme, souriant, affable, mesuré dans ses propos. Il s’exprime avec aisance dans un anglais convenable. Lui aussi ne voue que des sentiments amicaux à son homologue français. Pour l’un des témoins de cette scène, qui connaît un peu le président syrien, il est évident que la retenue dont fait preuve ce dernier dissimule une profonde jubilation intérieure. Assad n’en laissera rien paraître. Il savoure en silence ce moment de reconnaissance de son pouvoir, de réhabilitation de sa personne, d’adoubement de sa politique. Ce n’est qu’un début, mais l’autocrate héréditaire de Damas sait qu’il va sortir du froid dont les Occidentaux ont essayé de l’entourer les années précédentes.

"La culture occidentale de Bachar el-Assad n’est qu’un vernis superficiel qui n’a nullement entamé en lui le chef de clan alaouite, l’héritier d’une pratique du pouvoir qui ne fait confiance qu’à la force la plus brutale"

Lorsqu’il avait succédé à son père, le président Hafez al-Assad, à sa mort en 2000 – Bachar n’avait que 35 ans –, le président Chirac l’avait beaucoup encouragé et soutenu. On créditait alors le "jeune Président" d’intentions réformatrices et d’une volonté de paix. Tout au plus craignait-on que sa formation d’ophtalmologue à Londres, sa timidité, son discours verbeux et son allure désarticulée, ne fussent guère compatibles avec l’exercice du pouvoir dans un pays réputé fragile du fait de sa complexité ethnique et confessionnelle. On redoutait aussi qu’il fût entravé dans son action par la "vieille garde" sécuritaire héritée de son père.

Poids remarquable des légendes. En réalité, lorsqu’il accède au pouvoir, il a passé les six années précédentes – depuis la mort de son frère ainé Bassel, en 1994 – à se préparer à ses futures fonctions, sous la férule de son père. Celui-ci lui a confié par exemple le proconsulat au Liban – lieu de toutes les exactions et de tous les trafics pour les dirigeants syriens. Bachar el-Assad est un Michael Corleone qui aurait été en fait longuement initié. Hafez, avant de mourir, écarte lui-même une partie des grands seigneurs du renseignement (les Moukhabarat) qui pourraient faire de l’ombre à son fils. La culture occidentale de Bachar el-Assad n’est qu’un vernis superficiel qui n’a nullement entamé en lui le chef de clan alaouite, l’héritier d’une pratique du pouvoir qui ne fait confiance qu’à la force la plus brutale.

Au début de son règne, Bachar ouvre une parenthèse de relative liberté d’expression, mais la referme au bout de quelques mois. Il procède à des réformes dans le domaine économique, pour libéraliser l’économie, de manière sélective d’ailleurs (banques, assurances, import-export, téléphonie) pour le plus grand profit de la branche affairiste de sa famille. Les cousins Makhlouf notamment, mettent le pays en coupe réglée. Il achève de vider le parti Baath de tout pouvoir en dehors de celui de fournir des candidats aux fonctions officielles. Il reporte toujours à une date plus éloignée toute réforme politique. Il modernise bien, en un sens, la formule de gouvernement de son père : l’armée et le parti quittent plus ou moins le devant de la scène publique, les affairistes et les services de sécurité (déjà tout puissants sous Hafez) occupent tout le terrain ; la génération des fils, souvent formés à l’étranger, arrive progressivement aux affaires, encore plus avide de s’enrichir que la génération des compagnons d’Hafez. Les fondamentaux ne changent pas : le vrai pouvoir appartient à la famille Assad, manipulant un réseau d’allégeances et de corruption dont les alaouites, avec d’autres minorités (chrétiens, druzes, ismaéliens) sont le noyau dur, mais dans lequel la bourgeoisie sunnite ralliée a sa part de gâteau. La façade laïque du régime fournit un alibi à l’oppression des jeunes mécontents, aussitôt classés comme islamistes, mais là comme ailleurs le pouvoir abandonne en fait la société aux organisations religieuses, en échange d’une légitimation du système. Les opposants laïcs sont en prison, lorsqu’ils n’ont pas été simplement supprimés.

Les confidents de Bachar décrivent un homme effectivement sans arrogance dans ses rapports privés, mais fondamentalement sûr de lui et de son étoile, convaincu de sa supériorité sur ses contemporains, sans état d’âme dans l’exercice du pouvoir, y compris dans ses aspects les plus sordides, surtout peut-être dans ces aspects. Il a dans certains milieux damascènes, où l’on regrette son père, la réputation de ne pas savoir décider, de se montrer hésitant. En réalité, c’est peut-être vrai pour les questions de gestion administrative ou d’économie, qui ne l’intéressent pas, mais il est au contraire appliqué et déterminé quand il s’agit de "grande politique" : les affaires militaires et les relations avec l’étranger, la gestion des services, qui ont un droit de vie et de mort (sous la torture en général) à l’intérieur et une capacité de déstabilisation redoutable à l’extérieur.

"Malgré son allure de dictateur en carton-pâte, Bachar tient et se montre un homme de fer"

C’est à cet égard, dans la crise irakienne qui suit l’invasion américaine de 2003, que l’homme commence à donner toute sa mesure. Tout en collaborant ponctuellement avec l’administration Bush, qui n’hésite pas à externaliser auprès d’eux le "traitement" de tel ou tel "terroriste", les services syriens organisent une vaste opération de transfert en Irak de toutes sortes de radicaux islamistes sortis de leurs prisons ou venus de l’étranger. A cette époque, Assad se vante auprès de ses proches d'être le chef de la rébellion sunnite en Irak contre l’occupation américaine. Rétrospectivement, on peut penser que c’est cet exploit qui achève d’asseoir l’autorité du jeune président sur les "moukhabarat". Vis-à-vis des Occidentaux – le Secrétaire d’État Powell, ou plus tard le sénateur Kerry – il explique benoîtement que la longueur de la frontière avec l’Irak limite l’efficacité des contrôles de ses services.

Parallèlement, Bachar al-Assad rompt avec l’attitude de son père vis-à-vis de l’Iran. C’est ce qui étonne le plus les Syriens, aujourd’hui encore. Hafez avait mis en place une coopération stratégique avec la République islamique, pour cogérer le Hezbollah notamment, mais Bachar s’affiche proche des Iraniens et du Hezbollah, y compris sur un plan personnel. Cet animal de pouvoir froid, apparemment sans affect, admire Nasrallah, qu’il reçoit en son palais à Damas, ce qui eût été inconcevable sous Hafez. A partir des années 2004-2005, et surtout à partir de l’été 2006 et de la guerre au Liban, il offre de plus en plus d’espace aux Iraniens pour qu’ils développent leur influence à Damas. Il ne relâche en rien la tutelle que, via son armée et les services, il exerce sur le pays du Cèdre. Assad et son clan voient d’un mauvais œil la montée en puissance de Rafik Hariri, longtemps docile vis-à-vis de Damas, mais qui s’affirme au fil des années comme un leader sunnite capable de mobiliser ses coreligionnaires au-delà de l’étroit théâtre libanais.

L’assassinat d’Hariri en février 2005 retourne définitivement Chirac contre Assad et déclenche une action franco-américaine aux Nations-Unies pour déloger les Syriens du Liban. Là aussi, malgré son allure de dictateur en carton-pâte, Bachar tient et se montre un homme de fer. Il est obligé de jeter du lest en retirant les troupes syriennes du Liban. Il absorbe le choc de la victoire électorale des anti-syriens du mouvement du 14 mars. Cependant une longue et sanglante campagne d’attentats rappelle aux Libanais que la férule syrienne se poursuit par d’autres moyens. L’enjeu en 2007 est de restaurer un fonctionnement normal des institutions, cyniquement bloquées pendant des mois par le régime syrien et ses clients/alliés libanais. C’est ce qui amène l’émissaire du président français à Damas en novembre 2007. On connaît la suite s’agissant de la relation franco-syrienne : le 14 juillet 2008 sur les Champs-Elysées, Sarkozy à Damas, le couple Assad de retour à Paris, etc.

"La montée aux extrêmes de la violence viendra très vite, et cela d’abord du fait des autorités légales du pays"

Bachar al-Assad avait une étrange capacité de séduction sur ses interlocuteurs, Sarkozy comme avant lui Chirac, mais aussi Erdogan, l’Emir du Qatar, Kofi Annan et beaucoup d’autres. La phase de séduction était cependant toujours suivie d’une phase de désenchantement car les bonnes paroles, ou même les engagements précis de l’homme de Damas n’étaient jamais suivis d’effets. On retrouvera à chaque étape de la biographie de Bachar al-Assad cette duplicité systématique, sans que la finalité de celle-ci soit toujours perceptible. Sarkozy ne s’attendait pas au massacre de Deraa, au début de 2011, comme Chirac avait été surpris par l’assassinat de Rafik Hariri. En fait, tous les familiers des arcanes syriennes savaient qu’en cas de crise interne, les règlements de compte seraient sanglants. Le dos au mur, les alaouites, minorité détestée (10 % de la population), se battraient au couteau s’il le fallait. Or, lorsque le "printemps arabe" a atteint la Syrie, c’est d’emblée que le pouvoir a eu recours à la force la plus extrême, sans attendre d’être vraiment en difficulté.

Dès les premières escarmouches, des graffitis d’enfants à Deraa en mars 2011, Damas envoie la troupe et les moukhabarat utilisent leurs méthodes atroces. La montée aux extrêmes de la violence viendra très vite, et cela d’abord du fait des autorités légales du pays. Pour certains, les islamistes étaient en embuscade depuis longtemps. Le régime agitera très vite le "récit" d’un complot de l’étranger en conjonction avec les Frères musulmans. N’ouvrons pas ici un débat qui occupera les historiens. Ce qui retient notre attention, c’est le rôle personnel de Bachar el-Assad : comment un despote autoritaire moderne bascule-t-il dans le crime de masse ? Comment aussi, l’héritier d’une dynastie nationaliste en vient-il, dans une guerre civile féroce, à remettre les clefs de la souveraineté de son pays à des puissances étrangères ?

Un élément de certitude est que Bachar est le produit d’un système et d’une culture. Pour la plupart des Syriens, les massacres de 1982 à Hama (au moins 20 000 morts, sans emploi de l’arme chimique), concluant une révolte de plusieurs années, menée alors par les Frères musulmans, ont marqué au fer rouge la conscience politique du pays. D’un côté, la majorité arabe sunnite (73 % de la population avant la guerre) en a tiré la conclusion que tout soulèvement était inutile, qu’il fallait se soumettre et en même temps que les mosquées offraient l’ultime refuge à un minimum de liberté personnelle. C’est à partir de cette date que la piété populaire connut un nouvel essor. D’un autre côté, les soutiens du pouvoir retiennent de l’épisode de Hama l’idée que "ces gens-là, animés d’une haine inexpiable, se préparent à la revanche, une revanche qui viendra nécessairement un jour" (témoignage recueilli par l’auteur en 2007-2008 auprès de hauts responsables du régime).

Dans les semaines qui ont précédé le "printemps arabe", on a entendu Assad confier à des proches : "c’est mon père qui avait raison, les milliers de morts de Hama nous ont assuré trois décennies de stabilité". Compte tenu de son ADN, il était presque fatal que le régime des Assad réponde à la contestation par la violence, à la révolte par la terreur, à l’encerclement dans Damas assiégée, ce qui sera le cas dès 2012, par une stratégie de bombardement des villes, de siège des quartiers révoltés, de prise en otage des populations pour isoler l’opposition armée. La chance d’Assad – il a raison de croire en sa bonne étoile – a été de trouver à Moscou et à Téhéran des alliés déterminés à lui offrir les moyens de mener cette stratégie lorsqu’il fut clair qu’à armes égales, ses propres forces avaient perdu la bataille. Une autre chance, véritable cadeau des dieux, a été la montée en puissance à partir de l’été 2014 de l’organisation de l’État islamique (Daesh), avec laquelle il s’entendra très bien, qui lui permettra de gagner la "bataille des récits" et détournera les Occidentaux vers un combat plus directement compréhensible par leurs opinions que le soutien à la révolution syrienne.

A titre personnel, Bachar al-Assad a-t-il connu des moments de doute, ou d’hésitation ? Son addiction à la duplicité fait qu’il est difficile d’interpréter les indices dont nous disposons... Lors de la médiation de la Ligue arabe en 2011, il reçoit longuement un éminent juriste égyptien. Celui-ci lui explique qu’une sortie de crise pourrait résulter d’une réforme constitutionnelle qui lui permettrait de garder le pouvoir mais en re-calibrant ses prérogatives. L’idée sera souvent évoquée par la suite. Assad approuve, parait même enthousiaste, demande à son visiteur de prendre contact avec des constitutionnalistes syriens pour mettre au point des textes. Ali Mamelouk, le coordonnateur des services de renseignements, quelques jours plus tard, se chargera de faire comprendre aux juristes syriens qu’il est hors de question pour le Président de voir ses prérogatives réduites ou même encadrées.

"Il sera ce dictateur sérieux qui a dû affronter une situation vraiment difficile, mais avec lequel on peut, on doit même, trouver des solutions pour stabiliser cette région. "

En septembre 2013, pressé par ses parrains russes, il accepte de démanteler son arsenal d’armes chimiques dont il niait jusqu’ici l’existence. Il a l’intelligence politique de saisir que ce "deal" le remet en selle à un moment périlleux pour lui. L’une de ses forces est qu’il comprend la logique des décideurs occidentaux beaucoup mieux que ceux-ci ne comprennent sa propre logique. Dans son esprit, il est impensable bien entendu de vraiment détruire tout son stock d’armes chimiques. Il lui est probablement difficile aussi d’imaginer que les Occidentaux le croient quand il prétend avoir tenu parole. Il leur prête la même duplicité que la sienne : lors des frappes franco-anglo-américaines d’avril 2018, à la suite du recours au chimique dans la Ghouta, il juge, selon certains témoignages, que Trump, Macron et May ont simplement cherché à sauver la face vis-à-vis de leurs opinions mais n’ont nullement l’intention de lui faire très mal. Dans les années Obama, lorsque le président des États-Unis répétait régulièrement "Assad must go", les généraux proches de lui observaient que les Américains n’avaient jamais tiré un coup de fusil (ou un missile) contre les forces syriennes et donc que "Obama ne veut pas le départ d’Assad". Bachar et ses comparses se trompent-ils vraiment beaucoup dans leur lecture des dirigeants occidentaux ?

Un autre Assad va maintenant faire son apparition, qui est en même temps toujours le même. Une autre légende va s’imposer. Les plus de cinq cent mille morts syriens vont vite être oubliés. Les atrocités commises sous la direction d’Assad – que l’on songe au dossier César sur les milliers de corps martyrisés dans des prisons de Damas ou au documentaire de Manon Loizeau sur le sort des femmes dans les geôles du régime – vont être mises sur le compte des inévitables malheurs de toute guerre civile. Ali Mamelouk est déjà reçu en émissaire respectable à Rome. Les Russes, les Israéliens et Donald Trump sont d’accord pour le maintien en place du président Assad. Les Iraniens en sont ravis, qui savent que la famille Assad est leur seul appui dans le spectre des acteurs politiques syriens. Bachar ne doute pas que les Européens vont suivre le mouvement. Il sera ce dictateur sérieux qui a dû affronter une situation vraiment difficile, mais avec lequel on peut, on doit même, trouver des solutions pour stabiliser cette région. 

Malgré la reconquête du Sud de la Syrie - des forces du régime et de la Russie viennent de reprendre Deraa - quarante pour cent du territoire échappe encore au contrôle d’Assad. Ce dernier s’attend cependant à savourer d’autres moments d’adoubement. 

Il ne se jettera pas pour autant au cou des nouveaux amis qui se présenteront à lui, ou des vieux amis qui reviendront. Dans le manuel du parfait dictateur transmis par son père, il suffit le plus souvent d’attendre, de tenir, et l’alignement des étoiles s’effectue naturellement. Ses dix-huit ans de règne lui ont amplement démontré la véracité de cette règle. Tenir, mais aussi exploiter les opportunités : faire en sorte que le double parrainage russo-iranien, qui ne va pas sans rivalité, sur fond de connivence historique des Israéliens avec la famille Assad, lui offre des marges de manœuvre ; et surtout, profiter des déplacements massifs de population, à l’intérieur (plus de six millions de personnes) ou à l’extérieur (cinq à six millions), pour remanier les équilibres démographiques du pays, au moins dans certaines zones cruciales, au profit du régime et de ses parrains iraniens. Le président Assad s’est félicité qu’avec le départ des exilés, "la société soit devenue plus saine et plus homogène" (été 2017, à l’inauguration de la Foire de Damas). En des temps plus scrupuleux, on appelait cela du nettoyage ethnique. Assad signe maintenant des décrets privant les exilés de leurs biens. Il est courant que de rares exilés qui reviennent au pays soient abattus par les milices du régime.

Depuis quelques jours, des centaines de familles syriennes reçoivent enfin une notification officielle de la mort de milliers de leurs proches, entre 2011 et 2014, dans les prisons syriennes, très souvent sous la torture. Dans les discussions diplomatiques entre les grandes capitales, il n'est question que de favoriser la reconstruction du pays pour provoquer le retour des réfugiés.
 

Dessin : David MARTIN pour l’Institut Montaigne.

 

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