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#MeToo et activisme en ligne : nos cinq lectures clés

BLOG - 27 octobre 2017

Si vous n’avez pas encore entendu parler de #MeToo, c’est que vous n’étiez pas sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Le phénomène, qui n’a cessé de s’amplifier, témoigne du potentiel que constitue Internet pour renforcer le débat citoyen.

Ce cas partage des similitudes avec d’autres formes de mobilisations en ligne. On se souvient des mouvements des Indignados et Occupy Wall Street, ou des révolutions du Printemps arabe. Des milliers de personnes se sont emparées de leur clavier pour protester et dénoncer l’injustice, influençant ainsi l’opinion publique et les dirigeants. Dans ce contexte les réseaux sociaux sont source de pouvoir pour les citoyens, leur donnant un moyen de se saisir des problématiques qui les concernent. Cependant, nombre de commentateurs nous avertissent également quant aux aspects plus nuancés de l’activisme en ligne…

L’Institut Montaigne a sélectionné pour vous cinq lectures qui permettent de mieux appréhender ce phénomène.

Du pouvoir rendu aux citoyens : Manuel Castells

Il est courant d’entendre que les nouvelles technologies ont altéré les relations entre l’autorité politique et la participation citoyenne et favorisé l’émergence de nouvelles manières de s’organiser. La propagation des technologies de communication représente une opportunité pour chacun de faire entendre sa voix pour protester, demander de la transparence aux décideurs politiques et dénoncer des pratiques contraires à l’éthique. Nombre d’intellectuels renommés se sont penchés sur cette question, essayant de comprendre la manière dont les technologies de communication ont fait évoluer la nature des mouvements sociaux.

Dans son ouvrage Networks of Outrage and Hope: Social Movements in the Internet Age (Polity Press, 2012), le théoricien de la network society Manuel Castells analyse des événements tels que le Printemps arabe, le mouvement Occupy Wall Street, et d’autres mobilisations au Brésil, en Turquie, au Chili et au Mexique. Pourquoi de telles mobilisations massives sont apparues ? Selon lui, Internet a tenu un rôle clé dans l’émergence de ces mouvements. En contribuant à créer un "espace d’autonomie", il a permis la propagation de messages alimentés par l’indignation et l’espoir, et le regroupement de populations urbaines dans des espaces publics (et physiques) qui en résulte. Selon sa théorie, l’information en ligne circule le long de réseaux horizontaux capables de contourner les hiérarchies traditionnelles, permettant ainsi l’apparition de débats plus critiques qui remettent en cause les systèmes politiques et mènent au changement.

De l’action collective à l’action connectée : W. Lance Bennett et Alexandra Segerberg

Avant l’avènement des réseaux sociaux, s’engager pour une cause constituait une action collective, lors de laquelle les individus alignaient leurs identités à celle d’une communauté. Aujourd’hui, les modes d’expression personnalisés - tels que les réseaux numériques les rendent possibles - suivent une logique de connexion : l’individu choisit les causes auxquelles s’attacher et quand s’en détacher. C’est ce mode d’engagement flexible, adapté aux identités et vice versa, que décryptent W. Lance Bennett et Alexandra Segerberg dans leur ouvrage The Logic of Connective Action. Digital Media and the Personalization of Contentious Politics (Cambridge University Press, 2013).

Activisme contre slacktivisme : Malcolm Gladwell

Cette flexibilité fait l’objet de critiques. Parmis ceux qui pourraient être considérés comme pessimistes, le journaliste et auteur Malcolm Gladwell affirme qu’elle modifie la nature même de l’engagement. Dans son article de 2010 dans le New Yorker, intitulé "Small Change: Why the revolution will not be tweeted", il considère que les réseaux sociaux peuvent entraîner “le genre d’engagement qui n’apportera que de la reconnaissance sociale et des louanges”. En comparant l’engagement sur les réseaux sociaux aux sit-ins de Greensboro de 1960 lors du Mouvement des droits civiques, il est évident que participation n’équivaut pas à engagement, surtout lorsque la participation se fait derrière un écran. Ce qui a été rendu possible par l’avènement de Facebook est, pour Gladwell, ce que d’autres ont appelé le "slacktivisme", soit un activisme à faible risque et engagement minimal.

L’économie des plateformes : José Van Dijck

D’autres encore se demandent dans quelle mesure le pouvoir est dans les mains des individus sur Internet. Des auteurs ayant scruté l’économie de géants de la technologie comme Google ou Facebook soulignent l’influence du capitalisme de données sur le débat public. Un exemple proéminent de ce phénomène a été identifié par José Van Dijck, universitaire spécialisée dans les médias, qui affirme dans son livre The Culture of Connectivity. A Critical History of Social Media (Oxford University Press, 2013), que “les réseaux sociaux sont à la fois une source intense de pouvoir et un moyen d’exploitation inquiétant”. A travers l’étude de Facebook, Twitter, Flickr, YouTube et Wikipédia, elle relie les aspects culturels de ces plateformes à leur business model. L’architecture de YouTube – de son interface à ses algorithmes – encourage le partage de contenu afin d’identifier des tendances, de segmenter les audiences et de vendre des espaces publicitaires. Cela permet d’expliquer le succès de certains contenus.

Remettre en cause le "nous" en ligne : Nick Couldry

Quelle est la nature du "nous" en ligne ? Dans son article de 2015 "The myth of "us": digital networks, political change and the production of collectivity", Nick Couldry, professeur de Médias et Communication à la London School of Economics, soutient que les plateformes de réseaux sociaux sont trompeuses car elles font croire aux utilisateurs et aux régulateurs que ce qu’il s’y produit sont des débats naturels puisqu’ils émanent des individus eux-mêmes. Mais pour les raisons mentionnées plus haut, Nick Couldry avertit qu’il faut être très prudent lorsque l’on pense que ce qu’il se passe sur de telles plateformes est le reflet de processus politiques et sociaux plus vastes, sans considérer comment ce genre d’activité émane de ces plateformes à des fins de profits, plutôt qu’à des fins politiques ou sociales. Dans un monde où l’attention est rare, décider de ce que les internautes voient est aussi influent que produire du contenu.

 

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