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LRM : un OPNI

BLOG - 20 novembre 2017

Le Conseil national de La République en Marche a élu samedi 18 novembre à main levée et à l’unanimité moins deux abstentions son délégué général pour trois ans, Christophe Castaner, ainsi que 20 membres du bureau exécutif. LRM, dont tous les commentateurs et certaines voix dissidentes en interne se plaisent à dire qu’elle connaissait une sorte de baby blues après la victoire à la présidentielle et aux législatives, est-elle de nouveau en ordre de marche, si l’on ose dire ? 

"Qu’est-ce exactement que ce mouvement ? Difficile de le dire tant nous manquent des données empiriques"

Pour cela il faut repartir aux origines de ce si jeune mouvement. Quel était le projet initial d’En Marche ! au moment de sa création en avril 2016 ? Soutenir son créateur dans son entreprise qui, au départ, semblait insensée tant elle défiait les règles bien établies de la science politique et l’histoire de tous les scrutins présidentiels précédents. Rompre avec les partis classiques, notamment le Parti socialiste et Les Républicains, en voie d’épuisement, sclérosés, éloignés des préoccupations des Français, qui ne se reconnaissaient plus en eux. Construire pour cela un mouvement ni de droite ni gauche ou et de droite et de gauche, puisque ce clivage était considéré comme obsolète, avec des propositions concrètes, pragmatiques, répondant aux attentes des citoyens, tout en inventant de nouvelles formes de participation et en déployant l’ensemble des ressources du numérique. Ces objectifs innovants ont été atteints et de manière spectaculaire avec l’accession à l’Elysée d’Emmanuel Macron. Durant la campagne présidentielle, En Marche ! a attiré des centaines de milliers de personnes dont on connait encore peu de choses mais qui soit avaient déjà eu des expériences politiques antérieures assez diversifiées, soit réalisaient de la sorte leur première expérience d’engagement. Une sorte de melting pot se réalisait, qui estompait l’hétérogénéité des participants, autour d’Emmanuel Macron, de son projet de relancer la France et l’Europe, de sa volonté de promulguer une grande quantité de réformes, d’insuffler de l’optimisme et de redonner du goût à la politique.

Au-delà des polémiques lancées par des minorités d’adhérents insatisfaits par l’évolution de LRM, frustrés de ne pas avoir été désignés candidats à la députation et dénonçant l’absence de démocratie interne, largement relayées par les médias, qu’est-ce exactement que ce mouvement ? Difficile de le dire tant nous manquent des données empiriques. On peut néanmoins avancer quelques éléments de réponse à propos de cet OPNI (objet politique non identifié) et pointer les dilemmes que devront résoudre le nouveau délégué général et son équipe de direction.

"Comment se situer par rapport au gouvernement ? Comment s’institutionnaliser pour durer ?"

LRM s’inscrit dans un contexte français et européen de transformation profonde des partis politiques, et par conséquent de nos régimes démocratiques. La crise des partis traditionnels est avérée. Elle se marque par le déclin de leurs performances électorales, le déclin vertigineux du nombre de leurs adhérents, la raréfaction de leur présence sur le terrain, leur perte de rayonnement idéologique et culturel et le rejet dont ils sont l’objet de la part de l’opinion. De ce fait, se produisent trois grandes évolutions toutes caractérisées par une personnalisation extrême, ce qui correspond à la démocratie du public qui triomphe désormais. Les partis classiques eux-mêmes se personnalisent. Tel fut le cas par exemple de l’UMP avec Nicolas Sarkozy, qui a amplifié une tradition bonapartiste typique de cette famille politique. Matteo Renzi en Italie fit de même avec le Parti démocrate, ce qui suscita là, en revanche, de fortes résistances. Par ailleurs, des partis personnels naissent. Le meilleur exemple a été fourni en 1994 par Silvio Berlusconi lorsqu’il s’est lancé en politique en fondant Forza Italia qui, au début, est en plus lié à son entreprise. Enfin, des leaders sans parti émergent, contestant non seulement les partis, mais encore affirmant vouloir inventer des formations inédites. A l’instar de Beppe Grillo en Italie lançant en 2009 le Mouvement 5 étoiles. Et, dans un genre très différent, bien sûr, Emmanuel Macron avec En Marche ! Ces formations combinent une forte verticalité, autour du leader, et une grande horizontalité, au nom de la démocratie participative supposée se réaliser aisément via le numérique. Toutefois, l’équilibre entre ces deux tendances s’avère instable et source de vives tensions.

D’autant que maintenant LRM est au pouvoir. De ce fait, elle doit résoudre un certain nombre de questions fondamentales. Comment se situer par rapport au gouvernement ? Comment s’institutionnaliser pour durer ? Quelle définition plus précise donner au "macronisme" s’il existe, afin de forger un ciment culturel commun aux adhérents et de fournir une offre politique cohérente aux électeurs ? C’est dire que ce mouvement qui prétend ne pas être un parti comme un autre se retrouve confronté aux problèmes les plus classiques de tout parti. Il lui faut se forger une identité, jouer le rôle d’intermédiaire entre la société et le pouvoir en faisant remonter les attentes de ses électeurs et, en retour, en leur expliquant les décisions gouvernementales, sélectionner des candidats pour les différents scrutins ce qui signifie une forme de professionnalisation de la politique, instaurer des règles claires de discussion collective et de résolution des conflits. LRM n’échappera pas aux luttes de pouvoir, aux affrontements politiques, par exemple entre les marcheurs plutôt de gauche, du centre, de droite, ou entre les jeunes et les plus âgés. Les conditions dans lesquelles il est né, autour d’Emmanuel Macron et pour lui, font que ce moment génétique marqué par l’importance du charisme du créateur pèsera longtemps sur la trajectoire de ce mouvement-parti. Il ne devra donc pas simplement se colleter à la fameuse loi d’airain de l’oligarchie établie par Roberto Michels dans un livre célèbre publié en 1911 selon laquelle tout parti crée sa propre caste. Il lui faudra aussi gérer la routinisation du charisme cher à Max Weber et éviter que LRM se contente d’établir une monocratie alors que ses soutiens ont été séduits et attirés par les possibilités d’être associés à l’élaboration de politiques innovantes et de vraiment agir en commun. 
 

 

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