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Europe / Monde

L'Europe ne doit pas se montrer naïve avec la Chine

BLOG - 18 July 2018

Pékin ne cesse d'affirmer sa puissance, sur les plans diplomatique, économique et militaires. L'Europe doit en tenir compte.

Alors que l'Union européenne et la Chine se sont rencontrées à la mi-juillet à Pékin sur fond de guerre commerciale sino-américaine, quelques commentaires surprenants ont parsemé la presse française, ces dernières semaines, sur le thème des alliances : selon certains commentateurs, ce serait la fin des alliances occidentales, et il conviendrait que la France (et l'Allemagne, dans certains cas) regarde vers deux pays, la Russie et la Chine.

Dans un hebdomadaire, un éditorialiste issu du monde des affaires décrit avec passion "la Chine, première alternative crédible au capitalisme". Cette Chine, lit-on, "s'adapte à merveille au registre actuel de la puissance, non belliqueuse mais influente en empruntant la voie économique". 

Puissance chinoise

Or depuis  le 19e congrès du Parti communiste chinois, Pékin ne cesse d'affirmer sa puissance, laquelle s'est déclinée sur les plans diplomatique, économique et militaire : diplomatique, à travers l'augmentation, cette année, de 20 % du budget du ministère des Affaires étrangères et un déploiement sans précédent des outils de soft power que sont les instituts Confucius, les médias internationaux chinois (China Daily, CGTN, Voix de la Chine, etc.) et une présence renforcée dans les secteurs de l'éducation via diverses officines.

Economique, via les institutions de Bretton Woods (Banque mondiale, FMI) et d'autres structures internationales mises en place par la Chine, telle la Banque asiatique d'investissements dans les infrastructures, sans oublier une multiplication des investissements à l'étranger (en 2017, ils ont dépassé 136 milliards de dollars, avec une domination des entreprises étatiques chinoises).

Militaire enfin, à l'instar d'une forte participation chinoise aux opérations onusiennes, mais surtout de la base navale chinoise flambant neuve de Djibouti qui compte déjà 5.000 personnels de l'Armée populaire de libération.

Le secteur naval est d'ailleurs une spécialité de cette Chine nouvelle et conquérante : le port du Pirée à Athènes, plate-forme majeure de la Méditerranée, est désormais contrôlé à 67 % par Cosco, une société d'Etat chinoise (SOE). Plusieurs ports majeurs sur le plan stratégique sont en train d'être aménagés en Asie : le port de Gwadar au Pakistan ; le port en eaux profondes de l'Etat de Rakhine à l'ouest du Myanmar (dont CITIC, une autre SOE, a acquis 70 % du capital) ; et surtout le port sri-lankais de Hambantota, acquis récemment par la Chine pour un bail de 99 ans. L'activité de ce port "commercial" va bien au-delà du transport maritime : il accueille régulièrement, depuis plusieurs années, sous-marins et navires de la marine chinoise.

S'allier avec la Chine ?

On le voit, il ne s'agit pas ici uniquement d'économie mais d'une véritable stratégie globale dont elle n'est qu'un des volets. Faut-il dès lors s'allier avec une Chine qui offre - plus ou moins directement, selon l'appétence des pays récipiendaires - son "modèle" autoritaire et semi-capitaliste, dans lequel le parti-Etat au pouvoir décide, contrôle, sanctionne et récompense au gré des décisions de ses dirigeants ? 

Sur le plan économique, n'oublions pas que les investissements américains en Europe sont largement supérieurs aux investissements chinois ; idem pour les investissements européens aux Etats-Unis, extrêmement importants pour les deux rives de l'Atlantique.

Enfin, il y a la question des valeurs occidentales, de la démocratie, des libertés individuelles et de l'information qui restent - malgré tous les défauts de leurs sociétés - les marques de fabrique des Etats-Unis et de l'Union européenne. Certes, les messages issus de la Maison-Blanche ont pu brouiller les pistes. Mais n'oublions pas que les enjeux de long terme, pour les Européens, vont au-delà de la personne du président américain actuel.

 

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 14/07).

 

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