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Les leaders politiques révélés par le Covid-19 : Keir Starmer, le moustique de Boris Johnson

ARTICLES - 13 Août 2020

Moment de vérité pour le Premier ministre Boris Johnson, moment d’opportunité pour le nouveau leader de l’opposition, Keir Starmer, la crise du Covid-19 bouleverse aussi la donne politique au Royaume-Uni. C’est ce qu’illustre magistralement ce subtil portrait croisé des deux leaders britanniques qu’a rédigé pour nous la grande journaliste et essayiste, Marion Van Renterghem.

Michel Duclos, conseiller spécial géopolitique, rédacteur en chef de cette série de l'été


Quand Boris Johnson a pris ses quartiers à la tête du parti conservateur puis à Downing Street, en juillet 2019, le chef de l’opposition travailliste d’alors était vraiment le cadet de ses soucis. Le nouveau Premier ministre britannique avait méthodiquement conquis le pouvoir, d’abord en s’emparant soudain de ce créneau porteur qu’était la cause du Brexit, puis en assassinant Theresa May, dont il avait été le ministre des Affaires étrangères, la faisant cuire à petit feu jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de lui céder sa place. Le leader archaïque d’un Labour en plein déclin, Jeremy Corbyn, n’était qu’un brin de paille sur son champ de bataille, et l’adversaire idéal dont il allait ne faire qu’une bouchée.
 
Il paraissait jusqu’ici impossible de trouver deux personnalités plus opposées que Corbyn et Johnson pour diriger les deux principaux partis politiques du Royaume-Uni. Le spectacle de leur contraste, pendant les quelques mois qu’ils ont passé face à face à la Chambre des communes, en était presque comique. D’un côté, avec sa maigreur austère et sa barbe grise taillée de près, la statue du commandeur d’une gauche ancienne et immuable, congelée dans le trotskysme des années 70 et décongelée telle quelle, raide et rigoureuse, préférant au réalisme du pouvoir l’intégrisme des programmes révolutionnaires. De l’autre, un être chevelu, bedonnant, bouillonnant, enthousiaste, charismatique, éruptif et rigolo, un Tory blond foutraque à l’accent posh déguisé en "volonté du peuple", un populiste sans foi ni loi comme on n’en avait jamais vu dans le Royaume. Avec ces deux-là, on croyait tenir l’échantillon du face-à-face le plus insolite et le plus contradictoire de la vie politique britannique.
 
Et puis est arrivé un troisième homme. Un troisième prototype qui ne ressemble ni à l’un ni à l’autre au point d’être à la fois le contraire de l’un et de l’autre. Aussi souple idéologiquement que Corbyn est intraitable, aussi travailleur, loyal et sérieux que Johnson est désinvolte, cynique et exubérant. Plus inattendu, aussi, que les deux ensemble. Keir Starmer. Personne n’avait vu venir ce troisième larron qui allait s’imposer comme le premier vrai adversaire de Boris Johnson, et qui sera peut-être le futur Premier ministre du Royaume-Uni. Personne n’aurait pu prévoir que la crise sanitaire, économique et sociale historique que nous sommes en train de vivre serait un moment de vérité si cruel sur l’incompétence de Boris Johnson au pouvoir, et à l’inverse un moment de révélation sur la combativité rigoureuse de Keir Starmer. Il a saisi l’occasion inespérée de passer d’un coup du statut de militant presque ordinaire à celui de leader, avec une assurance qu’on ne lui soupçonnait pas.

Et puis est arrivé un troisième homme. Un troisième prototype qui ne ressemble ni à l’un ni à l’autre au point d’être à la fois le contraire de l’un et de l’autre. Aussi souple idéologiquement que Corbyn est intraitable, aussi travailleur, loyal et sérieux que Johnson est désinvolte, cynique et exubérant.

Le nouveau chef du parti travailliste est un juriste de 57 ans, avocat engagé dans le combat des droits de l’Homme, cofondateur en 1990 du cabinet Doughty Street Chambers auquel appartient Amal Clooney, connu pour avoir brillamment défendu des activistes face à l’entreprise McDonalds et bataillé contre la peine de mort dans des pays d’Afrique et des Caraïbes. Marié à une administratrice du NHS, il n’a pas mis les pieds dans l’arène politique avant l’année 2015, où il remporta la circonscription londonienne de Holborn et St Pancras. Le dirigeant du Labour d’alors, Ed Miliband, lui avait confié "cette circonscription imperdable", raconte l’ancien ministre travailliste Denis MacShane, "une sorte de quartier parisien de la rive gauche où le gratin du Labour – avocats, journalistes, professeurs – vit et s’invite à dîner". Evidemment, Miliband n’imaginait pas une seconde que cette faveur amènerait Starmer à s’emparer du parti, et encore moins qu’il deviendrait lui-même un des ministres de son cabinet fantôme, cinq ans plus tard.

Un peu plus d’un mois avant son élection à la tête du Labour, un titre du Financial Times le désignait encore comme "l’ennuyeux Starmer" ("Boring Starmer"), reprenant une formule répétée même par ses meilleurs amis. Trois mois après sa victoire en avril 2020, le chef du service politique du journal, Jim Pickard, salue la rapidité avec laquelle ce personnage si terne avait déjà imprimé sa marque sur le parti, et l’hebdomadaire The New European, proche du New Labour de Tony Blair, le décrit comme "The Coming Starm" - c’est-à-dire, en jouant sur les mots, la tempête capable de repositionner le parti à nouveau vers le centre.
 
Terne et ennuyeux, Keir Starmer ? On ne peut pas dire qu’il dégage le moindre charisme. Ses discours sages ne font pas vibrer les foules et aucun n’est mémorable. Il est paré d’une coiffure étrange, avec des cheveux drus et gominés séparés par une raie de côté bien nette, comme un acteur américain d’un feuilleton des années soixante. Ses yeux sans cils et son sourire peu naturel lui donnent d’ailleurs un faux air de Dick York, alias "Jean-Pierre", le mari de Samantha dans Ma sorcière bien aimée (My Beloved Witch) - lequel ne donne jamais l’impression de briller par son esprit. Keir Starmer a le même air éberlué que Jean-Pierre, ce même douloureux plissement d’inquiétude sur le front, quand, assis devant la table centrale de la Chambre des communes et les deux "despatchboxes" (malles) qui séparent le Premier ministre et le chef de l’opposition, il semble faire un effort de concentration surhumain pour trouver un sens aux réponses de Boris Johnson, aussi flamboyantes qu’emberlificotées et imprécises. Keir Starmer, donc, ne paie pas de mine. Et pourtant… "Quand on pense qu’il n’est député que depuis quelques années, il a vraiment réussi très, très, vite. Je ne sais pas jusqu’où il ira, mais en tout cas, ça veut dire qu’il a quelque chose", admet l’ancien conseiller en stratégie de Tony Blair, Alastair Campbell.
 
La Chambre des communes, justement. C’est là que Keir Starmer s’est révélé. Sa chance, si l’on peut dire, fut d’y débarquer en pleine crise du Covid-19, gérée de manière calamiteuse par le gouvernement en place. Face à une pandémie de cette complexité et à la dévastation humaine, économique et sociale qu’elle n’a pas fini de générer, le leadership exige plus que jamais travail, précision, rigueur, empathie, éthique, vision politique et cohérence stratégique : autrement dit tout ce qui manque à Boris Johnson, cette formidable machine à gagner, plus faite pour l’enthousiasme des promesses de campagne et des slogans et que pour l’exercice de l’État. La traduction dans les sondages n’a pas tardé à se manifester. À la question "Quel serait selon vous le meilleur Premier ministre ?", posée par YouGov au cours du mois d’août, Starmer est arrivé pour la première fois en tête (34 %), devant Johnson (32 %).
 
Keir Starmer savait bien qu’il partait avec un handicap : le fougueux Boris Johnson est plus charismatique, plus politique, plus cynique, plus rusé, plus instinctif et meilleur orateur que lui. Il a compris qu’il ne servait à rien de l’attaquer, comme le faisait Corbyn, en lui opposant un carcan idéologique ou moral – dont Johnson, qui n’en a aucun, se fiche éperdument. Modestement, Starmer s’est contenté de le viser au talon d’Achille, et Boris Johnson en a trois : l’arrogance, la paresse, l’ignorance.

L’arrogance est celle des conservateurs britanniques passés par Oxford et Eton, éduqués dans la conviction qu’il sont supérieurs et "born to rule" ("nés pour gouverner"). Sa paresse est le signe d’un hédoniste très doué pour qui la vie consiste avant tout à jouer et à gagner, et qui au métier de Premier ministre a de loin préféré le temps de la conquête au fait de l’être pour de vrai. Quant à l’ignorance, chez ce brillant biographe de Churchill capable d’épater la galerie en récitant des tirades en grec et en latin, elle n’est pas un défaut de culture : elle est politique. Délibérée, son ignorance est l’outil indispensable d’un populiste qui a compris qu’à l’époque des réseaux sociaux, le pouvoir s’obtenait par la réduction des problèmes à des réponses simplistes, par la glorification du "peuple" contre "les élites", et donc par le dédain du savoir, de l’expertise, des faits.

La méthode Starmer est simple et cruelle, c’est celle du moustique. Tournicoter sans jamais se fatiguer avec un petit bruit qui rend fou. [...] Rappeler systématiquement les faits à un adversaire qui a fait de leur négation et du mensonge une stratégie de conquête.

La méthode Starmer est simple et cruelle, c’est celle du moustique. Tournicoter sans jamais se fatiguer avec un petit bruit qui rend fou. Revenir à votre oreille au moment même où vous pensez vous endormir. Rappeler systématiquement les faits à un adversaire qui a fait de leur négation et du mensonge une stratégie de conquête. Opposer à ses digressions et à ses esquives un calme imperturbable et une courtoisie exaspérante. Johnson le populiste est passé d’un coup de l’opposant le plus sectaire et le plus attendu (Corbyn) à l’ennemi le plus coriace, cet adversaire qu’il n’aurait pas imaginé dans ses pires cauchemars, celui dont il ne sait pas se débarrasser : Starmer le moustique, ou l’enquiquineur qui rappelle l’exactitude des détails au roi de l’esquive, du fake et du flou.
 
De semaine en semaine, chaque mercredi à midi, le nouveau chef de l’opposition arrive à la séance des questions au Premier ministre muni de sa rigueur de juriste et de ses dossiers méticuleusement épluchés. "La métaphore qui convient le mieux à Starmer est ‘’A safe pair of hands’’", note Jon Henley, journaliste au Guardian. C’est l’expression utilisée au cricket pour désigner les plus habiles à attraper la balle sans jamais la laisser tomber".
 
Il rattrape tout, en effet. Quand Johnson compare son adversaire à un vendeur de caleçons Calvin Klein pour se tirer d’une question sur les familles endeuillées par le virus, "l’ennuyeux Starmer" revient au cœur du sujet, l’air affligé. Quand Johnson accuse les aides-soignants de ne pas "respecter les procédures", Starmer lui demande à trois reprises de s’excuser. Quand Johnson ment effrontément devant les députés, il y répond pied à pied - dans la mesure du possible, tant la multiplication des mensonges est pour Boris Johnson un moyen comme un autre de noyer le poisson. Comment réagir à chaque fois qu’un Premier ministre, pour se dédouaner de ses défaillances, affirme à tort que la création de ports francs au Royaume-Uni n’est possible que grâce au Brexit (l’UE en compte une bonne vingtaine), qu’aucun pays n’a été capable de créer une bonne application en ligne contre le Covid-19 (les Allemands ont apprécié), que Starmer n’a jamais critiqué la Russie pour l’empoisonnement d’un espion en Angleterre (il a fait strictement le contraire), que le "deal" sur le Brexit était "prêt à mettre au four" (c’était il y a un an et on l’attend toujours), que le même Brexit garantirait dans la foulée un accord commercial mirifique avec le Japon ou l’Inde (qui doutent encore de l’intérêt pour eux de signer avec un Royaume-Uni hors de l’UE), et surtout - argument décisif pour quitter l’UE - avec les États-Unis (l’accord a totalement échoué), ou encore que sa gestion du Covid-19 est un "succès évident", quand le Royaume-Uni hérite du deuxième pire bilan de l’Europe en termes de morts par million d’habitants - après la Belgique ?

Quand Johnson ment effrontément devant les députés, il y répond pied à pied - dans la mesure du possible, tant la multiplication des mensonges est pour Boris Johnson un moyen comme un autre de noyer le poisson.

Les ripostes de Keir Starmer ont donné soudain une visibilité gênante à l’accumulation de ces contre-vérités, qui passaient jusque-là comme une lettre à la poste. Craignant que le match Starmer-Johnson ne dégénère en un K-O de leur champion, le gouvernement a exigé le retour du Parlement "en présentiel" plus tôt que prévu : dans un face-à-face sur Zoom, sans l’ambiance de ses députés qui rient à ses blagues ou crient "Hear! Hear!" pour le soutenir, "Boris" commençait à perdre l’énergie et l’enthousiasme oratoires qui font toute sa force. Ces séances des questions au Premier ministre viraient pour lui à la torture et il a vécu avec un grand soulagement la dernière, le 22 juillet, avant la pause de l’été. Bzzzzz. Sur vidéo ou en présentiel à Westminster, le moustique est toujours là, inlassable, exaspérant. 

Jusqu’à quand, et jusqu’où ? Être compétent, tenace, travailleur, raisonnable et efficace sont des qualités admirables pour tenir dignement son rôle d’opposant, mais elles n’ont jamais suffi à faire un chef d’État ou de gouvernement. Être un brillant avocat non plus, même si le métier a porté chance au seul dirigeant à avoir porté le Labour au pouvoir depuis 1976 et pendant trois mandats successifs, Tony Blair. Et même si Keir Starmer est d’autant plus légitime et combatif au Labour qu’il est tombé dedans quand il était petit, lui le fils d’une infirmière et du patron d’une usine d’outils du Surrey (sud de Londres) qui l’avaient appelé Keir en hommage à Keir Hardie, l’un des fondateurs du parti.Le Labour est aujourd’hui un parti blessé et déchiré, miné par les divisions, humilié par ses défaites successives. Il n’a plus remporté aucune élection générale depuis 2010. La dernière en date, en décembre 2019, lui a valu son pire score depuis 1935 et c’est ce fiasco historique qui a permis à Keir Starmer d’émerger : les 580.000 membres du Labour qui l’ont élu à 56,2 % des voix ont fini par admettre que la gauche radicale incarnée par Jeremy Corbyn les menait définitivement dans le mur. "L’ennuyeux Starmer" a fini par apparaître comme le centriste rassembleur dont ils avaient besoin. Plus à droite que Corbyn, dont il était le raisonnable "Monsieur Brexit" dans le cabinet fantôme, et plus à gauche que Blair, dont il avait critiqué jadis la décision de participer à la guerre américaine en Irak. Européen convaincu mais ultra-prudent sur le sujet par excellence qui fâche au Labour, comme d’ailleurs dans l’ensemble du pays : le Brexit. Les deux tiers des électeurs du parti s’étaient exprimés pour le maintien dans l’Union européenne, tandis que les deux tiers de ses députés représentaient des circonscriptions ayant voté pour la sortie de l’UE. Un casse-tête. Le nouveau leader se trouve face à "une montagne à gravir", comme il l’a reconnu lui-même juste après son élection.
 
L’art de ménager la chèvre et le chou a son charme et son utilité, mais il n’a qu’un temps. Pour transformer l’essai, comme au rugby, Keir Starmer doit maintenant passer à une autre dimension : la définition d’une vision politique. Il continue pour l’instant à donner des gages à la droite et à la gauche. Contre les Corbynistes, une position ferme et sans équivoque contre les manifestations d’antisémitisme dans le parti, envers lesquelles leur chef s’était montré plus que complaisant – et sur lesquelles lui-même s’était gardé de s’exprimer quand il était à ses côtés. Contre les Corbynistes encore, la composition d’un cabinet fantôme dont ils se trouvent sévèrement écartés des postes-clé. Pour eux, en revanche, les promesses d’une politique économique très ancrée à gauche – taxation augmentée des plus riches, abolition des frais d’inscription aux universités, nationalisation du rail, de la poste, de l’énergie et de l’eau. Mais les Corbynistes et la gauche du parti sont ceux qui restent les plus critiques à son égard. Tel Len McCluskey, le chef du plus grand syndicat britannique, également grand contributeur aux finances du Labour, qui ne manque pas de lui rappeler comme une menace le programme de ses engagements.

Définir le "starmérisme" n’est pas chose aisée quand aucune majorité ne veut plus ni du thatchérisme, ni du blairisme, ni du corbynisme, et que le johnsonisme en vogue est une chose polymorphe et fluctuante, passée d’un libéralisme libertaire aux slogans très idéologiques sur l’exceptionnalisme britannique, pour prétendre maintenant à un vaste "New Deal" : une politique d’investissements massifs dans les services publics qui vampirise le peu qui restait à la gauche, et qui la laisse sur le flanc. Starmer va devoir se distinguer et dessiner sa voie propre, lui qui refuse de se laisser enfermer dans des concepts et des références politiques du passé. "Je n’aime vraiment, vraiment pas toutes ces étiquettes", dit-il à Jim Pickard, dans le Financial Times. "Le coronavirus oblige à tout reconsidérer autrement. Les problématiques que nous affrontions il y a encore trois mois sont totalement différentes aujourd’hui à cause du virus".

Les deux tiers des électeurs du Labour s’étaient exprimés pour le maintien dans l’Union européenne, tandis que les deux tiers de ses députés représentaient des circonscriptions ayant voté pour la sortie de l’UE. Un casse-tête.

Pour le politologue Peter Kellner, ancien président de l’institut de sondages YouGov, "la stratégie de Starmer semble être de jouer le long terme et effectivement il a le temps. Non seulement les prochaines élections générales ne devraient pas avoir lieu avant 2024, mais le Covid a totalement changé la donne et permet à un leader de redéfinir sa politique. S’il estime qu’il faut renoncer à ces nationalisations, il le fera sans hésiter, en temps voulu". Alastair Campbell le presserait à s’engager plus vite. "Jusqu’à présent, il a posé les bases : avant l’été, il a atténué les divisions du parti, il a montré sa force au Parlement et s’est fait respecter dans l’opinion publique. Aucune erreur. Mais en septembre, il faut vite qu’il passe à un autre niveau et qu’il clarifie sa politique".
 
L’identité de son futur adversaire et concurrent pour Downing Street peut aussi réserver des surprises. La possibilité que Boris Johnson soit destitué avant le terme de son mandat par sa majorité parlementaire n’est pas exclue. "Les conservateurs ont l’habitude de se débarrasser de leurs leaders quand ils sont en fin de course", observe Peter Kellner : Margaret Thatcher en 1990, Iain Duncan Smith en 2003, Theresa May l’année dernière. S’il s’avère que Johnson, après avoir échoué sur le Covid, rate aussi sur le Brexit ; si on aboutit à un ‘’No Deal’’ et qu’il y a des files d’attente à Douvres et à Calais, des produits manquants dans les magasins ou autres ; si le Labour passe en tête dans les sondages ; si Starmer est reconnu comme plus compétent que Johnson… alors oui, il est possible que les conservateurs se débarrassent de lui".
 
L’actuel chancelier de l’échiquier, le brillantissime Rishi Sunak, serait actuellement le favori à sa succession. Le contrer serait alors, pour Keir Starmer, une autre paire de manche que Boris Johnson, dont la cote de popularité longtemps inébranlable résiste de moins en moins bien aux incohérences de son leadership dans la crise. Un confinement imposé trop tard, des passe-droits accordés à son conseiller Dominic Cummings pour ne pas le respecter, la perspective de détenir l’un des bilans les plus mortifères du Covid-19 en Europe doublé d’une chute historique de l’économie - tout cela quand celui qui avait promis de "libérer" le Royaume-Uni d’une "dictature" bruxelloise critique des décisions de justice britanniques, s’en prend à la BBC, s’arrange pour retarder la publication d’un rapport dévoilant de possibles ingérences russes dans la campagne du Brexit, se permet de nommer un oligarque russe, son propre frère et autres amis à la Chambre des Lords, seule chambre non-élue de l’UE… Le populisme de Boris Johnson commence à se voir. C’est la chance de Keir Starmer.
 

Illustration : David MARTIN pour l'Institut Montaigne

 

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