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Europe / Monde

Les élections en Italie, un moment clef pour l'Europe

BLOG - 26 February 2018

Très incertaines, dominées par le retour de Berlusconi, les élections italiennes se déroulent dans un contexte économique et social douloureux. Elles pourraient déboucher sur un nouveau point de fixation populiste en Europe.

C'est en 1841 - il n'avait pas trente ans - que Giuseppe Verdi composa un de ses opéras les plus célèbres, "Nabucco". Un opéra qui, à travers le fameux choeur des Hébreux dans le désert "Va, pensiero", deviendra le chant de ralliement des patriotes italiens dans leur combat libérateur contre le joug autrichien. En 2011, lors du cent cinquantième anniversaire de "Nabucco", célébré en grande pompe à l'Opéra de Rome, la représentation sous la direction du grand chef italien Ricardo Muti se transforma en un happening démocratique contre Silvio Berlusconi, alors président du Conseil, présent dans la salle. Le lendemain, la presse italienne titra "Silvio Berlusconi renversé par Verdi". Il serait plus juste de dire qu'il fût renversé par lui-même, victime de ses excès, de sa vulgarité, de l'ambiance de décadence morale et culturelle et de corruption financière accompagnant son "règne".

Résultats incertains

A la veille des  élections législatives du 4 mars prochain en Italie, ces rappels historiques ne sont pas futiles, ils traduisent l'ironie de l'Histoire. Aujourd'hui, contrairement à 1841, les Italiens ne se mobilisent pas contre l'Autriche. Mais ils sont peut-être sur le point de s'inspirer du "modèle autrichien" en votant de facto pour une coalition entre la droite et l'extrême droite. Et en 2018, contrairement à 2011, Silvio Berlusconi est de retour, dans le rôle d'un potentiel "faiseur de rois". N'est-il pas, à quatre-vingt-un ans, le plus parfait symbole d'une Italie vieillissante et cynique qui, après l'avoir rejeté, revient vers lui, par conviction pour les uns, par absence d'alternative satisfaisante pour les autres ?

A une semaine des élections - alors que les sondages d'opinion ne peuvent plus être rendus publics -, les résultats sont plus incertains que jamais. Comment prévoir le résultat d'un vote lorsque le mode de scrutin, dans sa complexité nouvelle, paraît presque incompréhensible, même aux plus cultivés des Italiens ? Deux affirmations seules paraissent probables et elles sont loin d'être rassurantes. D'abord, le taux d'abstention sera particulièrement élevé, surtout chez les jeunes. Ensuite, au lendemain du scrutin, l'Italie n'apparaîtra pas seulement divisée politiquement et socialement, mais aussi géographiquement, avec le Mouvement populiste des cinq étoiles (M5S), particulièrement fort dans le Sud, et l'extrême droite de la Ligue, très puissante dans un Nord dont une partie, la Vénétie, rêve d'indépendance. L'Italie risquerait-elle de redevenir ce qu'elle a été pendant des siècles, à savoir une simple "expression géographique" ?

Si ce questionnement paraît très excessif, il n'en demeure pas moins que, dans une forme de compétition négative, l'Italie pourrait s'emparer à nouveau du titre de primus inter pares dans la liste des "hommes malades de l'Europe".

Il suffirait pour cela que l'élection ne débouche sur aucune majorité de gouvernement, condamnant les Italiens à revoter dans un système devenu incapable de produire des majorités. Variante de ce scénario, des jeux d'alliances entre formations politiques, qui feraient de l'Allemagne un modèle de simplicité et de rationalité en comparaison de la sophistication autodestructrice de l'Italie. Le scénario d'une "alliance à l'autrichienne" entre la droite de Forza Italia de Berlusconi et l'extrême droite de la Ligue du Nord de Salvini contribuerait à faire de l'Italie une forme de contre-modèle au sein des pays fondateurs de l'Union européenne. Il en serait de même si le score du parti populiste Cinque Stelle lui permettait non pas d'atteindre les 40 % nécessaires pour former une majorité de gouvernement - c'est hautement improbable -, mais rendait envisageable, ce qu'il refuse officiellement, la constitution d'une coalition autour de lui.

Le rejet du "système" est tel dans une partie importante de l'électorat italien que l'incapacité du Movimento populiste à gouverner lorsqu'il se trouve dans des positions de responsabilité, comme à la mairie de Rome, ne dissuade pas la majorité de ses sympathisants à voter pour lui.

Le seul scénario un peu positif verrait la victoire d'une certaine forme de continuité. Le Premier ministre en place  Paolo Gentiloni se succéderait à lui-même, porté par une coalition entre la droite de Forza Italia de Berlusconi et le centre-gauche du PD (Partito Democratico) de l'ancien Premier ministre Matteo Renzi. Principal obstacle à ce scénario, somme toute presque rassurant comparé à tous les autres, le discrédit dans lequel est tombé Matteo Renzi lui-même. Il s'est produit à son égard un phénomène que Stendhal aurait qualifié de "décristallisation".

Pour juger de la qualité d'un homme, dit-on, il convient de soustraire de ses compétences la trop haute opinion qu'il a de lui-même. La formule s'applique sans doute, pour partie au moins, à Matteo Renzi et contribue à expliquer la chute brutale de sa popularité, au-delà de l'échec du référendum constitutionnel de 2016.

Spirale négative

Pour autant, les marchés financiers ne reflètent pas l'inquiétude que devrait légitimement donner la situation politique, économique et sociale de l'Italie. Ils ne croient plus à la victoire des populistes "anarchistes" du Mouvement 5 étoiles. Et ils semblent faire abstraction des conditions objectives d'un pays qui, avec un taux de chômage des jeunes proche de 33 % et une croissance économique désormais inférieure à la moyenne des pays membres de l'Union, risque de s'engager dans une spirale négative, faite de cynisme et de paralysie.

Ce qui est certain, c'est que les résultats des élections législatives du 4 mars en Italie sont d'une très grande importance, non seulement pour le pays lui-même  mais également pour la cause démocratique dans le monde. L'Italie de l'après-4 mars renforcera-t-elle l'Europe de Macron ou celle d'Orban, la cause de la démocratie classique ou celle de la démocratie illibérale ?

Avec l'aimable autorisation des Echos (paru le 26/02/18).

 

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