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Le nouveau bras de fer entre l'Iran et les États-Unis

ARTICLES - 1 Mars 2021

Comment traiter avec l'Iran des mollahs ? Donald Trump avait une réponse simple : appliquer le maximum de sanctions et de pressions, y compris l'assassinat ciblé d'un haut responsable militaire. Israël de son côté procédait à des cyberattaques et à la "neutralisation" de scientifiques iraniens responsables du programme nucléaire du régime.

Au lendemain de l'arrivée au pouvoir de Joe Biden, allons-nous assister à la reprise d'un véritable dialogue entre Washington et Téhéran et au retour des États-Unis dans le traité sur le nucléaire iranien (JCPoA), conclu à Vienne en 2015 ? Pour les Iraniens un tel scénario n'est possible que si l'Amérique lève au préalable les sanctions économiques et s'engage à revenir dans l'accord tel qu'il a été signé.

Pour Washington, l'Iran doit d'abord donner des signes de bonne volonté, comme autoriser le retour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) sur son territoire. Téhéran doit aussi accepter la renégociation du traité. Il devrait être prolongé dans sa durée, inclure le programme de missiles ainsi que l'engagement de Téhéran à réfréner son expansionnisme régional, de l'Irak au Yémen et du Liban à la Syrie.

Conservateurs iraniens

Le régime iranien veut alléger des sanctions américaines qui lui font mal, et gagner du temps, mais n'est nullement prêt à renoncer à ses ambitions nucléaires.

Un accord a été atteint il y a une semaine entre Téhéran et l'AIEA sur un retour progressif des inspecteurs. C'est un premier signe encourageant, mais un compromis global sera beaucoup plus difficile à atteindre. Nous sommes à la veille d'élections en Iran, qui risquent en juin prochain de renforcer le camp des conservateurs. Donald Trump a tout fait pour qu'il en soit ainsi. Du côté américain, au sein même du parti démocrate, il existe des forces très méfiantes - de manière légitime - à l'encontre de Téhéran : comment, pour eux, faire la moindre confiance au régime des Mollahs ? Le régime iranien veut alléger des sanctions américaines qui lui font mal, et gagner du temps, mais n'est nullement prêt à renoncer à ses ambitions nucléaires. 

"Il faut que tout change, pour que tout reste le même." La célèbre formule du Prince Salina, dans Le Guépard peut-elle s'appliquer à la relation entre Washington et Téhéran et plus globalement à la question du nucléaire iranien ? En ce début 2021, les fondamentaux restent les mêmes. Obsédé par la chute d'un Saddam Hussein, qui en Irak ne disposait pas d'arme de dissuasion massive, le régime iranien semble prêt à continuer de s'appauvrir et de s'isoler au nom de la possession de l'arme nucléaire.

Suicide iranien ?

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Les Occidentaux espèrent toujours faire entendre raison aux Iraniens : "Pourquoi disposer d'une arme, qui si elle était utilisée par vous contre Israël - comme vous le mettez en avant régulièrement - signifierait l'annihilation totale de votre pays ? Les Israéliens sont aussi déterminés à ne pas vous laisser acquérir "l'arme absolue", que vous l'êtes à l'obtenir." Et Jérusalem dispose dans le golfe Persique, de sous-marins d'origine allemande dotés de têtes nucléaires, qui en termes stratégiques constituent l'équivalent d'une force de seconde frappe.

Les Israéliens se refusent à vivre à l'ombre d'un Iran nucléaire. Moins d'un siècle après la Shoah, Israël n'entend pas avoir à faire face à nouveau à une menace existentielle. Le rapprochement entre une partie croissante du monde arabe et Israël n'est-il pas basé sur le refus commun d'un Iran nucléaire et, de plus, expansionniste ? À l'inverse, la stratégie des mollahs est fondée sur une forme d'irrationalité calculée : "Ne me provoquez pas, je suis prêt à me suicider et à entraîner dans ma chute, des dommages collatéraux considérables, pour l'ensemble de la région."

Changement de paradigme

Mais si les fondamentaux demeurent les mêmes, de multiples "variations", au sens musical du terme, sont intervenues récemment. L'équilibre des forces et des volontés politiques s'est sensiblement modifié tant sur le plan local, régional que mondial. Confronté au scénario d'une reprise probable des négociations entre les États-Unis et l'Iran, l'acteur qui y est fondamentalement le plus hostile, Israël, fait preuve, jusqu'à présent, d'une remarquable modération.

Est-ce parce que, psychologiquement, l'État hébreu ne s'est jamais senti aussi fort, mélange des accords d'Abraham avec des pays arabes et du bilan de la politique de vaccination du pays ? Est-ce parce que le calendrier électoral - les Israéliens retourneront aux urnes le 23 mars - l'emporte sur toute autre considération ?

Israël se fait discret

De fait le contraste psychologique entre Israël et l'Iran est significatif. Au moment où Israël passe avec la mention très bien le test des vaccinations, l'Iran, le pays le plus affecté de la région par l'épidémie, continue de compter ses morts et de faire face à ses faiblesses structurelles en matière de lutte contre la pandémie. Israël peut d'autant plus adopter un profil bas qu'il ne croit guère à la possibilité d'une reprise rapide de négociations qui déboucherait sur un accord. Pourquoi s'opposer avec véhémence à l'administration Biden, si Téhéran exige des concessions immédiates et inacceptables du type "arrêtez-moi, ou je fais un malheur" ? Si les plus radicaux des mollahs iraniens "font le job", autant faire preuve de discrétion à Jérusalem.

Restent les positions des États-Unis, des Européens (Allemagne, France, Royaume-Uni) et des deux autres acteurs signataires de l'accord de Vienne sur le nucléaire, la Russie et la Chine. Pour Washington, la reprise des négociations avec l'Iran, et les pays parties à l'accord de Vienne est symboliquement importante. C'est un signe du retour international de l'Amérique. Il s'agit aussi de trouver un nouvel équilibre fait d'ouverture et de fermeté entre Téhéran et Ryad. Mais le dossier iranien n'a pas pour Biden en son début de présidence, la même priorité qu'il pouvait avoir pour Obama, à la fin de son second mandat. 

Pour Washington, la reprise des négociations avec l'Iran, et les pays parties à l'accord de Vienne est symboliquement importante.

Personne ne veut d'une bombe nucléaire iranienne

Sur le plan international, l'Asie s'est substitué toujours plus au Moyen-Orient dans la hiérarchie des priorités externes de l'Amérique. Et réconcilier les Américains avec eux-mêmes est clairement plus important que renouer le dialogue avec un régime certes difficile et dangereux, mais qui commence à être perçu comme sur le déclin. En fait en dehors des Iraniens eux-mêmes (et encore pas tous), personne ne veut d'un Iran nucléaire, ni la Russie, ni la Turquie, ni la Chine. L'isolement de Téhéran sur cette question est de moins en moins splendide.

Avec l'aimable autorisation des Echos (publié le 28/02/2021).

Copyright : SAUL LOEB / AFP

 

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